DE L'ANCIEN TESTAMENT VII
dire, il y en a dans tous les camps. Mais il serait injuste de faire retomber sur des hommes de bonne volont6 la responsabilite d'un etat de choses qu'ils n'ont pas cree", qu'ils ont subi, comme nous 1'avons tous fait a quelque degre", et dont ils sont les premieres victimes.
Plus heureux, quelques-uns de nos exegetes, ils ne sont pas encore legion, ont pu, grace a des circonstances tres speciales, mettre en valeur des talents personnels remarquables, acquerir une formation excellente et devenir des hommes de premier merite. Les conclusions de leurs travaux et leur philosophic religieuse sont parfois discutables; il faut reconnaitre qu'ils sont au courant des derniers progres de la critique textuelle et de la critique litteraire, et des donnees les plus recentes de 1'histoire et de Farcheologie.
Mais il est un point sur lequel tous se rencontrent : les uns et les autres se sont adresses k un public qui n'etait pas prepare a les entendre, qui n'avait pas en mains les pieces du proces, qui etait par consequent incapable de les juger sinon sur le terrain des principes philosophiques ou theologiques. Lors de la publication de quelques-unes des syntheses dont je parlais tout a 1'heure, nous avons assiste k un spectacle singulier : ici elles ont suscite une hostilite marquee , la elles ont provoque des enthousiasmes ardents ; mais ici et la, souvent, je ne dis pas toujours, on s'est prononce pour des motifs respectables sans doute, mais tout priori. Beaucoup d'adversaires ont combattu, uniquement parce qu'ils croyaient la foi en danger ; beaucoup de partisans ont soutenu, parce que les conclusions leur semblaient s'accorder avec leurs vues philosophiques personnelles. Des deux c6tes on s'est laisse guider quelquefois par des motifs plus exterieurs encore.
De la question de fond, de la question de savoir si les theories proposees etaient reellement la consequence rigoureuse , 1'explication necessaire des textes et des faits , on s est generalement trop peu soucie et pour cause.
vill LES APOCRYPHES
Pour 1'aborder, ou bien on aurait du recourir aux originaux soit de la Bible, soit de la litterature apocryphe, soit de la litterature historique et religieuse des peuples voisins du peuple juif ; ou bieh il aurait fallu au moins pouvoir consulter tous ces textes dans des traductions claires et exactes, mises a la portee de tous par les introductions et les notes explicatives necessaires.
L'emploi du premier procede, surtout en ce qui touche a FAncien Testament, suppose une initiation que n'ont pas regue un grand nombre de professeurs d'Ecriture sainte eux-me'ines. Pendant longtemps on les a improvises un peu au petit bonheur. Aujourd'hui un sentiment plus vif des besoins actuels et la creation des Instituts catholiques et d'organismes comme la jeune ecole de langues semitiques de 1'Institut catholique de Paris * out amene un commencement de progres. Mais ce progres ne sera reel que lorsque, avec la disparition des prejuges, tous les pretres appeles a 1'enseignement de 1'exegese devront pas-
1 Gf. Francois MARTIN, L'enseiynement des langues semiliques a I'lnslllut catholique de Paris, dans le Bulletin trimestriel des anciens eleves de Saint -Sulpice, 15 aout 1904. Dans le rapport qu'il a adressd selon Tusag-e a la S. Congregation des Etudes sur le cycle des trois derniferes annees, Mar Pechenard, recteur de 1'Institut catholique de Paris, a expose" la nouvelle organisation de 1'enseignement des langues semitiques a Flnstitut catholique et Tinstitution de diplomes correspondant a cette branchc d'etudes. La S. Congregation a r^pondu en ces termes , le 28 juillet 1905 : Sed in his maximis rebus, qua? huic S. Congregationi Studiorum vehementer grata) fuerunt, illud sane fuit quam gratissimum , quod institute est linguarum semiticarum sive veterum orientalium disciplina, qua? potiores gravioresque , id est linguam assyriacam, hebraicam, syriacam, ethiopicam, arabicam complecteretur. Etenim cum nihil antiquius sit S. Sedi quam ut studia sacrae Scripturaj , utpote quaj catholicam contineat iidem, apud catholicas Universitates vigeant et floreant, quern 1'ugit semiticarum linguarum interiorem ac reconditam cognitionem esse viam qua3 ducat ad eas probe interpretandas et exponenclas, ad quajstiones denique de Christi Ecclesia) decretis sive dogmatibus enodandas ac dirimendas ? Prsesertim cum hodie christiante legis hostes acerrime pugnent ut harum linguarum adjumento Christi Ecclesiarn labefactent? Atque, hoc plane prudens fuit consilium duo singularia in iis linguis statuta esse diplomata, quo alumni in earumdem studia alacrioribus animis incumberent, illis decernenda qui, facto periculo, ipsarum linguarum eruditione longe aliis excellerent.