‹ Le livre d'Hénoch sur l'amitiéChapitre 8 sur 21 · PAR JEAN DE GARA ET CHEZ LUI · texte numérisé non relu

PAR JEAN DE GARA ET CHEZ LUI

Avec permission des Autorités.

La date énoncée dans ce titre répond au mercredi, 12 mars 1605 de notre ère. En haut ,

à gauche , se Irouve tracé à la main le chiffre 158, mais ce n'est point celui que l'ouvrage porte à la Bibliothèque du Roi, car il y est coté sous n° A, 2613.

L'imprimeur Jean de Gara est peu connu, bien qu'un assez grand nombre de livres rabbiniques soient sortis de ses presses; je me bornerai h citer □OHN H 7*K h Biche aimable , commentaire sur le Cantique des Cantiques , par Rabbi Salomon Alkavêts ; "Pûn T la main du Roi, commentaire sur le livre d'Esther, par Rabbi Samuel Valerio ; n^Dîl ÏT^K^ te Commencement de la Sagesse, traité philosophique, composé, à ce que Ton croit , par Rabbi Éliâhoû , fils de Moïse Verasy ; TVOiW "\BD te Livre des Questions, par Rabbi Saùl le Kôhên; DTK HnSvnSD le Livre des Générations d'Adam, par Rabbi Samuel Algazy, ouvrage chronologique qui commence au premier homme et unit à l'époque de la grande destruction des livres juifs en Italie, etc., etc.

I. Le TWD S» ÇHEW1 >W TSD Sè/èr dibrêy hayyâmim schèl Moschèh (le livre de

la vie de Moïse a paru , ainsi que je l'ai dit , par les soins de Gaulmin , qui a publié trois petits ouvrages sur ce sujet, sous le titre de De V^ita et Morte Mosis1.

II. Buxtorff , dans sa Bibliotheca Rabbinica 2, parle brièvement du \3in "H/N ^ED Sèfèr Eldâd haddâni ou Danœus ; Rabbi Abraham Péritsol le eite deux fois dans son Traité des Voies du Monde1 . Cet ouvrage d'Eldàd est exclusivement géographique : il ne faut donc pas le confondre avec le UU/H "llSx *|£D Sèfèr (livre) (XEldâd haschêni dont Aben Ezra fait mention dans son commentaire sur l'Exode , lorsqu'il avertit les Israélites sensés de se mettre en garde contre les assertions renfermées dans certains livres non canoniques : tels que le

(1) De Vila et Morte Mosis libri très, Gilbcrtus Gaulmin Molinensis ex MS. cxemplaribus , primas hebraicé cdidit, latina interprclalione et notis illustrait. Paris , 1029, 1 \ol. in-18.

(2) Buxtorff, Bibliolh. rahb., p. 312 et 324.

(3)0*W HimiN mAN Ighèrèth Orhhôth Olam, manuscrit hébreu de la Bibliothèque royale, iv> 343 (ancien fonds . Cet ouvrage a été imprimé a Oxford en 1690.

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yâmim schèl Moschèh , le ~03*Hî ^£D «SS^/ër Zérôbabel et le UOT IiSk IflD *S^ Eldâa haschéni i .

III. Le ^WSm p >3*û n£D Sèfèr Tobi ben Tobiél ( le livre de Tobie , fils de Tobiel ) , renferme le récit des aventures de Tobie, de la tribu de Nephthali , qui fut emmené captif en Assyrie, du temps du roi Salmanasar, ainsi que de celles de son fils, auquel l'ange Raphaël servit de Mentor dans son voyage en Médie. Ce Livre de Tobie n'est point le même que celui que Sébastien Munster a traduit en latin.

IV. Les *topK"UD *Vttflû Mischlêy Sendâbâr (Paraboles de Sendâbàr) 2 , forment un petit roman dont l'aventure de Joseph avec la femme de Putiphar, et l'histoire de Phèdre et d'Hippolyte, ont sans doute fourni le sujet. Les

(1) Commentaires sur le deuxième chapitre de l'Exode.

(2) La Bibliothèque impériale de Prague possède, sous le titre de "U&TT3D îbuD Mischlêy Sandrâbâr , un livre hébreu que je présume être le même que celui dont il est ici question.

sept Sages les plus fameux de l'Inde cherchent à prolonger par des contes la vie d'un jeune prince forcé de contrefaire le muet pour éviter un péril redoutable dont Sendàbâr, son précepteur, a reconnu l'existence en examinant les astres. L'épouse du roi profite de son silence pour l'accuser plus violemment; et, comme les récits des philosophes ont pour but de dévoiler les nombreuses ruses des femmes , elle s'efforce , par d'autres narrations, de détruire l'impression qu'ils pourraient avoir produite sur l'esprit du monarque indien; mais, après le septième jour, le jeune prince recouvre l'usage de la parole et fait éclater son innocence.

Les Paraboles de Sendàbâr qui sont le prototype du roman turc intitulé : yj\* 'âyJè les Quarante vizirs, et de divers autres romans orientaux, ne diffèrent en rien, pour le fond, du roman grec mis sous le nom de Syntipas le philosophe. L'auteur du texte grec, dit M. de Saey dans sa Notice sur la version hébraïque des Fa-

blés de Bidpai i , assure qu'il a été traduit du persan en cette langue et qu'il a d'abord été écrit par un Persan appelé Movcoc. Peut-être ce roman avait-il été mis en arabe ou en persan par un musulman du nom de .a*v Moussa.

Ce même roman a produit celui d'Eraste, fils de l'empereur Dioclétien, de sa belle-mère Aphrodisia et des sept Philosophes a , qui a été publié sous des titres un peu différents dans plusieurs langues3.

(1) Notices des manuscrits de la bibliothèque du Roi,tome IX, page 404.

(2) Le Dolopatos, ou roman des Sept Sages de Rome (en vers) , manuscrits français de la Ribliothèque du Roi, n°s 6849 et 7606.

Le roman d'Érastus, ou des Sept Sages de Rome (en prose) , manuscrit français , fonds de l'église de Paris , n° 2 , f<> 46.

(3) On le trouve entre autres en Allemand sous le titre de 35ii$ Sôucfc bcr ft'ebtn 2Betfen SReifîer non SKom (Wolffltô. Rabb., p. 931). Il existe également en Sanskrit. Un jeune orientaliste, dont le mérite est justement apprécié, M. Loiseleur Deslongchamps , en a donné une analyse étendue , d'après cette dernière langue , dans son curieux ouvrage , intitulé Essai sur les Fables indiennes et sur leur introduction en Europe. Paris, 1838, 1 vol. n-8°, chez Techener.

Je me propose de donner bientôt une édition du texte hébreu , accompagnée d'une traduction littérale et de notes nombreuses. Je compte également faire paraître avant peu les Aventures d'un Jérusalèmite , ainsi que les Paraboles du roi Salomon dont il est question ci-après.

V. iqSwP hty WfD 3112 Kùhab ma'açêy schèl Yeroûschalmy (le livre des Aventures d'un Jérusalèmite) est un conte moral dans lequel on fait ressortir les funestes conséquences de la désobéissance aux ordres paternels. Composé en arabe, il a été mis en hébreu par Rabbi Abraham Maïmoûn. Le début de ce Livre, qui est fort intéressant , et dans lequel les démons jouent un rôle curieux, a la plus grande analogie avec le vingtième Conte du roman de Sendàbâr.

VI. *pn 1£D Sèfèr Hhanôch (le Livre d'Hénoch ) n'est point l'ouvrage bizarre et incohérent que les Ethiopiens attribuent au fils de Yarèd. Il renferme les conseils d'un père à son fils sur l'amitié en général ainsi que sur le cullc que Ton doit à Dieu; la morale qui en fait la base trouve

son développement dans deux contes : (Le vieillard qui n'avait qu'un demi-ami, et l'Histoire de deux incomparables Amis).

VII. >tt>£W DITn hhidôth Ezôpity (les Énigmes ou les Similitudes d'Ésope). C'est un choix des meilleures fables d'Ésope que l'auteur israëlite nomme tantôt YtD^SW* Yêçôpitô , et tantôt M^SWK Èzopitô. Sur le litre de l'ouvrage que nous décrivons, on lit ^tû^lî^N Ezôpity ou Izôpity. Dix de ces fables hébraïques ont été publiées d'après un livre hébreu de la bibliothèque Bodleyenne d'Oxford, intitulé fj QUTVÏ? Gan Idoûnim (Jardin des Délices), dans une édition grecque des fables d'Ésope, imprimée à Oxford , en 1 698, sous le titre de Fabularum AEsopicarum delectus. Elles sont suivies de quelques fables arabes de Lokman.

VIII. "jSnn HdSw hw D*SWE Meschâlim schèl Schlomoh hammèlèch ( les Paraboles du roi Salomon), renferment cinq Contes dans lesquels figure l'illustre monarque d'Israël , qui y soutient peu dignement sa réputation de sagesse et de pénétration. L'auteur s 'appuyant sur ces

paroles de l'Écriture *>r\XXn ^pHD "inx DIX « J'ai bien trouvé >riNMû ttS hSk Son PWNi » un homme entre mille , mais je n'ai point «trouvé une femme entre elles toutes l », fait dire à Salomon que les femmes, lorsque l'intérêt ou l'amour les domine, ne connaissent nullement la pitié; et, à ce sujet, il raconte que le fils de David voulant démontrer cette prétendue vérité au Sanhédrin , fit venir un habitant de Jérusalem , ainsi que sa compagne, et les entretint séparément : il promit à l'un de lui donner sa fille en mariage s'il tuait sa femme , et à celle-ci, il offrit le titre de reine si elle consentait à assassiner son époux.

Tous deux acceptent ces propositions ; cependant, quand vient le moment fatal, le mari ne se sent pas le courage de sacrifier la mère de ses enfants à une coupable ambition , tandis que la femme employé, sans hésiter, le glaive (pie Salomon lui a donné; mais, comme ce glaive

(i) Écclésiatte, chapitre VII, verse! v.).

est en étain, il tire seulement le mari de son sommeil. Il se saisit alors de sa criminelle épouse, et la conduit devant le monarque qui s'écrie •► « J'ai bien trouvé un homme sur mille, mais je n'ai » point encore trouvé une femme entre toutes ! »

Dans le premier conte , un esclave ravit au fils de son maître l'héritage qui lui revenait , et Salomon est requis de mettre en œuvre sa sagesse pour reconnaître le véritable fils, le légitime héritier. Ce conte a sans doute fourni l'idée d'un Fabliau français du Moyen-Age, intitulé : le Jugement de Salomon l .

Dans la deuxième narration , un mari est attaqué en voyage par une troupe de brigands , dont le chef plait tellement à sa compagne , qu'elle oublie toutes les convenances pour satisfaire , sous les yeux même de son époux attaché à un arbre , l'ardente passion qui la consume.

(1) Li jugemens de Salemon, manuscrit français delà bibliothèque du Roi, n° 7218.

Recueil de Barbazan, tome H, page 140.

Fabliaux de Legrand d'Aussy, tome II, page 429.

Le quatrième conte renferme les aventures de trois frères qui étaient venus vers Salomon « afin de recueillir les perles de ses conseils et les pierres précieuses de ses discours. »

Un autre fabliau du Moyen-Age, les Barils d'huile mis en dépôt ■ , offre quelques points de ressemblance avec le dernier conte. Au lieu d'huile, les tonneaux confiés au dépositaire infidèle contiennent des Q^nt zehoûbim ( pièces d'or) recouvertes d'une légère couche de mieL

Somme toute , le titre de ce petit roman , comme celui du Livre d'hénoch, n'est pas suffisamment justifié, car , sur les cinq contes qu'il renferme , Salomon ne paraît que dans trois , et encore, ainsi que je l'ai remarqué, ny paraitil pas sous un jour très favorable.

L'ouvrage dont je viens d'analyser le con-

(1) Li jugement del'uiUë qui fut prise m //m-Jf, manuscrit françaisde fAbbayeSainlr-Germain-des-Prés, n" I80O. Recueil de Barbazan, Lomé 11 , page 1 13. Fabliaux de Legrand oYAussy, tome 3, page 02.

tenu , a cent dix-huit pages, imprimées en caractères rabbiniques, à l'exception du premier mot des divisions principales et du litre des différents livres, qui sont en caractères assyriens ; plusieurs feuillets ont été arrachés , et le "tèJD U1H TîSk SèfèrEldad haddâni manque totalement, ainsi que la fin du ^XOItt p *3ïtû ^SD Livre de Tobie ben Tobiêl, et le commencement des 1KDK1JD ^12 Paraboles de Sandâbâr. En effet, après le feuillette (19) verso, on trouve immédiatement le feuillet no (28) recto. Il existe donc une lacune de neuf pages.

La Bibliothèque du roi possède un manuscrit du Livre d' Hénoch sur l'Amitié1, mais il ne m'a été d'aucun secours. Exécuté récemment , et par une main peu exercée , il n'est d'ailleurs que la copie , souvent fautive , du texte imprimé à Venise.

(1) Manuscrit hébreu de la Bibliothèque du Roi „ ancien fonds , no 212, f° 1er-

LE

Sommaire. — Conseils des sages.— Aphorismes moraux. — Exhortations d'un père à son fils. —Histoire du Philosophe qui n'avait qu'un demi-ami. — Les cent amis à l'épreuve.— S'il est possible d'avoir un ami entier. — Histoire de deux incomparables amis.

LE

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