‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 14 sur 97 · UNE MUSICIENNE · texte numérisé non relu

UNE MUSICIENNE

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QUAND votre main, suivant les papillons du rêve Et le caprice errant des grands musiciens, Court sur le piano, s'y pose et se relève, Et fait chanter pour nous les sons aériens ;

Quand notre âme les suit dans les pays de l'âme, Alors, vos deux beaux yeux rayonnent plus encor Et vous êtes la Muse et vous n'êtes plus femme Et j'ose vous aimer, amant des rhythmes d'or.

L'harmonie, ouragan de vie et de mystère, Vers l'impossible azur me soulève emporté... Pourquoi nous menez-vous si haut, si loin de terre Et si loin du réel, si haut vers la beauté!

Et là, j'ai cru parfois, quand le clavecin tremble

Et chante, obéissant, l'amour, la vie et l'art,

Qu'au fond des mêmes cieux nos cœurs battaient ensemble

Et que nos yeux pleuraient unis dans un regard.

Hélas! pourquoi faut-il qu'il s'achève, ce charme? ... Quand le soupir final s'éteint, comme un beau jour, Rien ne reste en mes yeux étonnés, qu'une larme ; Rien qu'un regret sans fin dans mon cœur sans amour.

CHERUBIN

CHÊ\U'BICNi

NE fille! une femme!

Ah! que ce nom est doux, qu'il est intéressant! » Dit Chérubin, tout feu, tout flamme, La main sur son cœur bondissant.

Troubles d'adolescence !

Jamais plus nous n'aurons en nous rien de pareil! C'était la joie et la puissance; On riait, de voir du soleil!

Nous les adorions toutes.

Toutes en une seule, et toutes à la fois.,.

— « Suzanne, il faut que tu m'écoutes!. Oh, tes yeux! ton bras blanc! ta voix!

« Ce frais ruban bleu-tendre, 11 est sur mon bras nu, Suzanne, sur ma chair!... Qui songerait à me le prendre.

Homme ou femme, le paîrait cher!

« Si j'ai l'air d'une fille, ParbleUj c'est que Jeunesse est un mot féminin, Mais gare aux pères de famille Qui me prendraient pour un gamin!

(c O Suzanne! à mon âge, Tout est permis! On a quinze ans : on a raison! Dis, si tu me croyais bien sage, Me pardonnerais-tu, Suzon?

« ... 11 faut que je t'avoue :

C'est vrai, que douze fois sur vingt... je n'ose pas! A peine un baiser sur la joue !

A peine un souffle sur un bras!...

« Tu ne veux pas me croire?

Je suis timide hélas! pour un audacieux!

Tiens, nous deux, — notre propre histoire. Tu la sais? l'amour par les yeux!

« J'aime tant ma marraine!

... Que j'aime à t'en parler, bas, à l'oreille, ému De ta nuque, frôlée à peine.

De ton sein qui bat demi-nu!...

« Malgré mon trouble immense.

Quand ma marraine est là, Suzanne, j'ose peu... Mais je lui chante ma romance, La Romance de l'Oiseau Bleu...

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