‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 3 sur 97 · JAI DIT A MON CHEVAL · texte numérisé non relu

JAI DIT A MON CHEVAL

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J'ai dit à mon cheval: « Au galop! dans la plaine. » Et nous avons couru jour et nuit, nuit et jour, Et nous voyant passer tous deux à perdre haleine, La plaine a dit: a Voilà ceux qui vont à l'amour! »

La plaine ainsi chanta sous notre pas sonore, Et le vent nous suivit, pour voir où nous allions. Mais le vent, las, tombait, que nous marchions encore Sous la première étoile ou les derniers rayons.

J'ai dit à mon cheval: « Au pas! dans la vallée. » Et nous avons marché nuit et jour, jour et nuit, Et, près du vieux château, le sable de l'allée A dit: « Voyez venir ceux-là, l'amour les suit! «

Le sable ainsi parlait sous notre marche lente; La brise retournait sur nos pas, pour savoir. Mais elle se mourait bientôt, lasse et tremblante. Dans les fraîcheurs de l'aube et les langueurs du soir.

J'ai dit à mon cheval: « Au grand trot! vers les cimes. »

Et nous avons monté jour et nuit, nuit et jour;

Et nous voyant glisser près du bord, les abîmes

Ont dit: « Voilà donc ceux qui fuient devant l'amour! »

Au bruit de notre course ainsi parlait le gouffre : Tous mentaient, la vallée, et la plaine, et les m.onts... On ne peut pas se fuir soi-même quand on souffre; On ne nous aime pas!... pas plus que nous n'aimons!

Et nous n'obéissons qu'à la sauvage envie D'employer notre force et d'user notre sang, Et d'aller à la mort en forçant notre vie A décupler en nous son battement puissant!

Les morts vont vite? Allons ! puisque la vie est brève! Notre vue est bornée? Allons! changeons de lieux 1 L'homme marche, volons! Et, du réel au rêve, Voyons tout, et soyons partout, comme des dieux!

Et s'il nous faut tomber, pour en mourir peut-être, Que ce soit seulement près de la mer, un soir. Devant l'espace, au bout de ce qu'on peut connaître,

A l'heure de mystère où l'on ne peut plus voir!

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