LE LIT VU TOWEC^T
TOUT l'hiver, le torrent coula, Et la belle s'asseyait là.
Toute pensive, Car plus haut, assez loin d'ici.
Son amoureux rêvait aussi Sur l'autre rive.
Et l'amoureux songeait : cette eau Court très vite, et verra bientôt
Celle que j'aime...
Eau chanteuse, couleur du temps, Porte-lui mes baisers, chantants
Comme toi-même!
Porte-lui la chanson d'amour Que mon cœur redit nuit et jour
A sa jeunesse, Et fais que son cœur attentif, Dans ton bruit joyeux et plaintif,
Me reconnaisse!
Et la belle reconnaissait,
Dans le chant de l'eau qui passait.
L'amour sauvage...
Elle y répondait de la voix.
Et penchait sur lui quelquefois
Son frais visage.
L'été sécha le lit pierreux
Qui devint pour notre am.oureux
La route obscure,...
Bien cachée à tous les regards, Entre les bords, de toutes parts
Pleins de verdure...
Tout l'hiver, le torrent coula; Mais, Tété, je venais par là
Voir ma maîtresse; Je suivais les pentes de l'eau, Le cœur chantant, comme un ruisseau
Chante et se presse I
LELITDUTORRENT l6f
Et sur le bord du chemin creux, La belle attendait l'amoureux
Toute pensive...
Et mon cœur s'en venait chantant Plein de rêves bleus, et content
Comme une eau vive!
C'est fini, le temps des amours!
C'est l'hiver; mais, chantant toujours.
Le torrent passe...
D'autres regardent, en aimant, L'eau chanteuse, — éternellement
Couleur d'espace!
l66 LE LIVRE d'heures DE l'aMOUR
ELLE \Ic4IT
ELLE riait, penchée à la portière; Je répétais un salut de la main, Quand mon cheval mit ses pieds de derrière Dans le fossé qui borde le chemin.
Ah! le joli petit cri d'hirondelle Qu'elle poussa, pâle un peu de frayeur... D'un bond joyeux je me rapprochai d'elle, Et mon cheval prit un air batailleur!
Qui donc a dit que le cheval est bête? Dieu ! que d'esprit eut le mien ce jour-là ! Après sa faute, il releva la tête, Et je lui dis : « Parbleu, relève-la I
« Soyons joyeux et fiers, mon bel arabe! Dans un seul cri, j'ai senti tout son cœur. Et tout l'amour en moins d'une syllabe! Sois fier de moi, tu portes un vainqueur! »