LA MER
« Car l'amour, c'est de la lumière ; C'est là la matière première D'où la forme sort toute entière,
Et j'ouvre en toi passage au rayon de l'amour ! Je suis le douloureux cyclone Qui jusqu'en ta plus sombre zone Éclaire ta flore et ta faune,
Limbes de l'avenir tendant les bras au jour! »
Il dit, et la mer s'échevèle!
Et, prise d'une horreur nouvelle,
A ce destin qui se révèle,
Elle accepte en chantant son tourment éternel ! Et l'amour qui fait son martyre, Soulevant son sein qu'il déchire.
Engloutit l'homme et le navire.
Pour que l'atome obscur ait une part de ciel !
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PENDANT que l'Ange des tempêtes S'essouffle, et que, — pâles d'horreur, A se dépasser toujours prêtes.
Les vagues, incessants coureurs Poursuivis des vents laboureurs.
Dressent leurs millions de têtes ;
Pendant que le cyclone noir Ouvre, pour que l'air le féconde, L'abîme, ignoré de la sonde, Qui, se creusant en entonnoir.
Aspire un rayon sans le voir.
Nourriture de l'œuf d'un monde!
Pendant que l'effrayant géant Commande Taffreuse bataille De tous les vents, sur l'océan Qui bondit, écume, tressaille, Blessé par mille trous, béant...
Pendant que l'ouragan travaille.
LA GRAINE DU CHARDON 2f^
L'Amour, une fleur à la main,
Le petit enfant héroïque,
Accourt avec son air gamin :
« Elle a fleuri sur mon chemin;
C'est une fleur bleue, et qui pique;
Tiens, souffle!... » Et le géant s'applique 1
11 souffle dessus... Et, joyeux, L'enfant terrible suit des yeux L'aigrette du chardon, en bulle, Qui, légère, court et circule Au-dessus des flots furieux Que le vent affole et bouscule!
A travers les mâts du vaisseau Qui roule, qui tangue, qui sombre, Elle passe comme un oiseau...
Et, sur des naufrages sans nombre, L'Ouragan soutient le berceau D'une fleur qui traverse l'ombre.
UXO'R
JE te connais, ô toi dont le cœur est un lierre Enroulé douze fois au tronc du chêne fort; Ton amour dévoué ressemble à la prière Qui suit les âmes dans la mort.
L'anneau d'or à ton doigt s'est rivé de lui-même; Ce qui manque à l'époux, tu le lui donneras; Et de ton pas, rythmé sur la Règle suprême, Tu marches, ton bras sur son bras.
Tu files de la laine en veillant sur la flamme, O vestale épousée, 6 mère des vertus! Les vains désirs, glissant aux vitres de ton âme. Restent dehors, des vents battus.
Les enfants de tes fils adoreront l'aïeule Quand tes cheveux seront d'un beau blanc sur ton front; Même veuve, jamais tu ne te croiras seule, Car tes fils pieux t'aimeront.