ESTHER A S'CYR
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'ÉTAiT (RI mois de iiovembro 1G88.
Deux dames, dont rune, à peine âgée de dix-huit ans , portait le costume des demoiselles de Saint- Cyr, étaient assises au coin d'un bon feu, et causaient d'un air fort amical. La plus âgée était une femme d'une taille élevée , aux traits nobles et distingués, quoique un peu durs, et vêtue avec une élégante simplicité. Assise 'dans un grand fauteuil, auprès
d'une table couverte de livres et de papiers, elle parcourait
négligemment un registre de comptes,
« Oui, ma chère Caylus, dit-elle, mon plan est décidément
arrêté. M'"" de Brinon , votre vénérable supérieure, fait
jouer à nos pensionnaires des pièces de théâtre détestables.
•le veux y mettre ordre Autant vaudrait leur faire apprendre
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|»ai {(riii les liajiéilies do Talihé Bonci, (^es |)etites lillcs jouent à ravir, et le roi se meurt d'envie de les voir; mais comment oser lui donner de pareils spectacles? M"'" de Brinon est une excellente lemnK , mais, à coup sur, c'est un bien détestable écrivain.
— Que faire pourtant, madame? répondit la jeune pensionnaire, on ne peut faire jouer à Saint-Cyr ni Aiidroinaquc, ni le Cid.
— Certes, non. Aussi ai-je songea avoir des pièces composées tout exprès pour mes petites filles , des pièces pleines d'intérêt, écrites en beaux vers, mais tirées autant que possible de l'Histoire-Sainte. .l'en ai parlé à Racine. Il m'avait promis de s'en occuper, et il avait cboisi le sujet à'E.silicr, ce qui nous conviendrait merveilleusement; mais son ami Boileau l'en a dissuadé, m'a-t-on dit. Cependant, je n'ai pas encore perdu tout espoir. »
Celle qui parlait ainsi n'était autre que M""* de Maintenon, arrivée le matin même à Saint-Cyr pour rendre visite à ses chères pensionnaires. On sait que ce bel établissement avait été fondé par elle et qu'elle en avait conservé la haute direction. Le but de cette institution était d'élever gratuitement, aux frais de l'état, des jeunes filles appartenant aux familles nobles et indigentes. L'excellente éducation qu'elles recevaient à Saint-Cyr, leur haute naissance et surtout la protection de M"' de Maintenon, les mettaient ensuite à même de faire un brillant mariage. L'institution de Saint- (^yr, où l'on ne pou\ait être admis qu'après avoir prouvé la noblesse et la pauvreté de sa famille, était un vaste établissement construit avec une magnificence toute royale. Les peu-