PREMIÈRES AMOURS DE SAINTE-BEUVE AU PAYS NATAL
En i 879, paraissait en librairie un livre curieux, signé A.-J. Pons, et intitulé Sainte-Beuve et, ses Inconnues, ne traitant que des affaires de cœur du célèbre critique.
Fort jeune encore, alors qu'il n'avait pas quitté sa ville natale, on le représente doué d'une complexion amoureuse et, quoique sa figure n'eût rien d'un Adonis, Sainte-Beuve savait plaire. Avec un fin sourire, des prévenances délicates, des compliments bien tournés, il avait le talent de s'insinuer auprès des petites camarades, de les attirer à lui et de se les attacher. On peut donner des exemples de cette séduction naturelle qui ne lui fît jamais défaut et l'amena plus tard à de certaines bonnes fortunes dont on ne l'aurait jamais cru capable en env sageant l'homme au point de vue physique.
Ce n'est pas là, du reste, une révélation, car Sainte-Beuve ne s'en cacha pas et, à maintes reprises, soit en vers, soit en prose, dans la Vie de Joseph Déforme, dans Volupté et autres parties de ses œuvres, il rappelle lui-môme, en termes touchants, — le plus souvent à l'aide de personnages fictifs, mais transparents, — son état d'âme, ses tendances vers le sexe, ainsi que les sensations qu'engendraient en lui ces situations à la fois charmantes et pénibles,
Nous allons en indiquer quelques phases qui se r&tt&chept * ty
prime jeunesse de notre compatriote et à son séjour clans Boulogne .ou aux environs. En soulignant tour à tour quelques emprunts faits a ses ouvrages, nous fortifierons par nos observations personnelles les souvenirs qu'il a laissé échapper à ce sujet, soit en langue vulgaire, soit dans celle des Dieux, et nous pourrons ainsi étudier ces cas pathologiques.
Il faut reconnaître que la chose ne sera pas toujours facile, puisque l'auteur, tout en y revenant plusieurs fois, n'a fait que des allusions incomplètes et qu'en une autre circonstance il dénature à plaisir. Il s'agit de se débrouiller dans ce dédale et ne prendre que le fond solide en élaguant tous les accessoires qui ne pourraient que dérouter.
.Pour ce faire, nous devrons employer quelquefois des initiales fantaisistes pour désigner les personnes et les localités — Sainte-Beuve ne s'est servi que de noms supposés, — nous réservant de ne grouper qu'à la fin l'ensemble des probabilités et en faire de quasi-exactitudes.
On sait que le futur académicien quitta Boulogne en 1818, n'ayant que quatorze ans, après avoir achevé sa rhétorique. Il partait pour Paris et passait les cinq années suivantes à Charlemagne et au collège Bourbon; mais il rentrait au pays, en famille, au moment des vacances. C'est pendant ces périodes de repos intellectuel, laissant toute liberté à l'exaltation des sentiments intimes, devenus plus intenses à l'approche de la puberté, ques'échafaudèrent ses premiers romans amoureux.
De jolis yeux, un frais minois, un grain de coquetterie naturel aux filles d'Eve, et le cœur de notre collégien était pris, la tête se montait et il voguait en plein dans les régions éthérées. Ame de poète, il attachait la plus ultime importance à des riens charmants émanant du sexe. C'était l'âge heureux de la jeunesse, rempli d'illusions, passant sans transition des joies les plus vives à un abatte-