II. — LIÈGE
Le projet, présenté par le Journal des Débals de célébrer le centenaire de la naissance de Sainte-Beuve, fut accueilli à Liège avec faveur. Une circonstance particulière y aida. Parmi les survivants, peu nombreux sans doute, des auditeurs du cours sur Chateaubriand et son groupe, habite à Liège — ou plus exactement à Spa — M. le chevalier Charles de Thier, président honoraire de la Cour d'appel de Liège, proche parent de M. le chevalier Maurice de Thier, directeur du journal la Meuse, et de M. Micha, adjoint au bourgmestre de Liège. L'honorable président voulut bien entrer en rapports avec le secrétaire du Comité parisien et mettre à notre disposition, outre son concours personnel, rutile appui de ses relations de famille.
Grûce à cet ensemble de bonnes volontés, la mémoire de Sainte- Beuve a été honorée comme il convenait dans la grande cité meusienne : pour le Livre xVOr, M. le chevalier Ch. de Thier a écrit l'intéressant article « Sainte-Beuve à Liège » (voir ci-dessus, pages 193-202;, accompagné d'un joli dessin à la plume, que nous procura M. Micha, de la maison habitée à Liège par Sainte-Beuve. De son coté, M. le chevalier Maurice de Thier provoquait, dans la Meuse, le zèle de la population universitaire et lettrée de Liège. Finalement, ces efforts combinés aboutirent à l'organisation, pour le 18 décembre, d'une cérémonie dont l'attrait principal devait être une conférence
de M. Gustave Lanson, professeur à la Sorbonne et membre de notre comité, sur Sainte-Beuve.
Nous ne pouvons mieux faire qu'emprunter à la Meuse même le compte rendu de la journée :
Notre jeunesse universitaire ne chôme pas, et les initiatives qu'elle prend sont hautement louables... Hier dimanche, elle consacra à Sainte-Beuve toute une journée. On sait que réminent critique, le plus grand critique du xixc siècle, fit, à la demande de Charles Rogier, pendant Tannée académique 1848-1849, des cours de littérature française à l'Université de Liège. Il publia l'un de ces cours sous le titre : « Chateaubriand et son groupe littéraire. »
Comme la France célèbre aujourd'hui le centenaire de la naissance de Sainte- Beuve (né en 1804, mort en 1869), les étudiants ont voulu s'associer à cette manifestation et, par une marque durable, rappeler que leur Université fut honorée jadis du professorat de l'auteur des « Lundis ». Ils ont bien fait. Nous savons — et certains journaux ont mis ces jours derniers une complaisante insistance à réveiller des choses anciennes — que Sainte-Beuve ne fut pas un parangon de moralité, que, dans ses relations avec le plus grand poète de France, il n'usa pas de la délicatesse la plus élémentaire. Mais on célébrait hier l'écrivain illustre, l'homme étonnant qui, dans ses études admirables, résuma toute l'activité intellectuelle française.
Donc, dimanche, à onze heures, nos étudiants se sont réunis dans la salle des Pas-Perdus de l'Université, et de là, se sont rendus en cortège rue des Anges.
Les participants, qui auraient pu être plus nombreux, avaient à leur tôte la vaillante Harmonie des étudiants, qui est aujourd'hui excellemment reconstituée et qui a fait entendre ses plus entraînants pas redoublés. Dans le cortège on remarquait la présence de MM. Merten, recteur de l'Université, et Thiry, professeur à la Faculté de droit.
La plupart des drapeaux universitaires assistaient à la manifestation : ceux de l'Association générale, de l'Harmonie, des Écoles spéciales, du Droit, des Sciences, de la Médecine, de l'Association des sciences commerciales, de Onze Taal.
A 11 heures 1/4, le cortège est arrivé rue des Anges et s'est arrêté devant le numéro 25 de cette rue. C'est une maison de modeste apparence, à deux étages, et qui offre un coup d'œil agréable sur le Jardin Botanique. C'est là que Sainte- Beuve, comme il l'a écrit, a vécu toute une année avec les illustres et aimables morts : Villehardouin, Joinville, Froissart, Commines, Montaigne, Chateaubriand, etc.
Cette maison est occupée à présent par M. G. Falize.
LE LIVRE D'Oïl DE SAINTE-NEUVE
Los mani lestants se sont formés en cercle et M. Laurent, président de la Fédération des Cercles facultaires, a prononcé un excellent discours dans lequel il a dit pourquoi les étudiants organisaient une manifestation en l'honneur de Sainte-Beuve.
« Il appartenait à la ville de Liège en général, et à la jeunesse estudiantine en particulier, a-t-il dit, de rendre un hommage à la mémoire de ce grand homme, qui fut professeur à notre Université, car nos pères ont eu le bonheur de suivre ses leçons. »
M. Laurent rappelle ensuite le séjour de Sainte-Beuve dans notre ville et il termine ainsi :
« Nous avons eu le temps d'admirer le grand critique et nous sommes liers de savoir qu'il a professé a notre « Aima Mater », nous sommes liers de l'avoir possédé dans nos murs.
<« Aussi, nous voulons perpétuer ce souvenir.
« Nous le perpétuons par cette plaque apposée sur la maison qu'a habitée le célèbre critique pendant son année de professorat à Liège.
« Que cette plaque rappelle à nos enfants que Liège a compté parmi ses habitants un homme tel que Sainte-Beuve.
« Qu'elle montre aux étrangers que Liège rend justice au talent et sait honorer le génie. »
De chaleureux bravos saluent le discours de M. Laurent, et l'Harmonie des étudiants exécute une vibrante Marseillaisr et une non moins vibrante Brabançnnnr.
Nous notons en ce moment dans l'assistance la présence de MM. Gustave Lanson, professeur en Sorbonne, etWilmotte, professeur à l'Université de Liège.
La plaque commémorative, qui est apposée sur la façade du numéro 2o de la rue des Anges — à droite de la porte — est en bronze et porte l'inscription suivante :