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LETTRES DE SAINTE-BEUVE A PROSPER ENFANTIN

Dans les différents temps, pour employer l'expression même du critique, qui constituent la biographie de Sainte-Beuve, il faut noter le temps des Saint-Simoniens (1); et Sainte-Beuve, dans une note publiée sous le titre de : Ma Biographie, s'en est succinctement expliqué :

Mes relations, que je n'ai jamais désavouées, avec les Saint-Simoniens, restèrent toujours libres et sans engagement aucun... Je suis comme celui qui disait : Tai pu m' approcher du lard, mais je ne me suis pas pris à la ratière (2).

A cette assertion, on pourrait ajouter comme correctif ce que lui-même, plus clairvoyant pour les autres, pensait, en 1863, de l'influence du Saint-Simonisme sur l'éducation intellectuelle d'Adolphe GuérouR : Aucun de ceux qui ont passé par le Saint-Simonisme, ou qui y ont touché d'un peu près, ri y a passé impunément.

Aussi, les divers biographes de Sainte-Beuve ne s'y sont pas trompés. Despois, après la lecture des Premiers Lundis, déclare qu'il « a mis encore là plus de ferveur qu'il ne s'est imaginé plus

(1) Au sujet de la complexité de sa vie morale à cette époque, Sainte-Beuve écrivait à Emile Zola, le 10 février 1867 : Quant à ce qui my arriva, après juillet 4830, de croisements en tous sens et de conflits intérieurs (Saint-Simonisme, Lamennais, National...) je défie personne, excepté moi, de s* en tirer et d 'avoir la clef...

(2) Voir le passage complet dans les Nouveaux Lundis, t. XIII, p. 12-13.

tard, ou qu'il n'a affecté de le dire ». M. Othenin d'Haussonville, citant une lettre dans laquelle Enfantin disait, le 5 novembre 1830, « qu'on pouvait déjà tout à fait compter » sur Sainte- Beuve, ajoute : « A supposer même que l'apôtre nourrit quelques illusions sur la ferveur de son disciple, il ne se trompait pas sur la vivacité de l'impression qu'avaient exercée sur Sainte-Beuve les prédications saint-simoniennes. »

Cependant, comme le nom d'Enfantin n'est prononcé que deux ou trois fois dans les Lundis et qu'il ne figure pas dans les trois volumes de la Correspondance recueillie par M. Troubat, on pourrait croire que toutes les relations avaient cessé avec le Père après la séparation de 1831. Il n'en est rien.

Vers la fin de sa vie, dans l'avant-propos de son beau livre sur Proudhon, Sainte-Beuve rendait un hommage public à celui qu'il déclare ailleurs un « cœur éminent », à celui que Vigny appelait le « doux Saint-Simonicn » :

J'ai eu deur fois le regret, à quelques mois de distance, de ne pouvoir rendre en personne les devoirs funèbres à deux hommes à qui je portais haute estime et grand respect-

L'un d'eux, Enfantin, que /avais connu aux jours de ma jeunesse et dont j'avais apprécié la largeur de cœur, les belles facultés affectives et généreuses; Vautre, Proudhon... Je souffris beaucoup de ne pouvoir rendre à ces deux honnêtes gens, de nature extraordinaire..., ce suprême témoignage d'estime.

En outre, nous connaissons trois lettres de Sainte-Beuve i P. Enfantin, portant sur une période de douze années.

La première, publiée dans le tome XII des Œuvres de Saint-Sim* et d'Enfantin, y est restée enfouie et si inconnue que M. Michr ne l'a pas mentionnée dans son excellente chronologie des écrits Sainte-Beuve avant les Lundis. Elle est relative à la Correspond* philosophique et religieuse d'Enfantin qui venait de paraître.

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