‹ Le livre d'or des proscritsChapitre 12 sur 26 · EXPULSION DE TOUS LES ORDRES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

EXPULSION DE TOUS LES ORDRES RELIGIEUX

« Deux cent soixante et un établissements religieux non'autorisés ont été dispersés. La dissolution s'est étendue à toutes les congrégations d'hommes et elle a eu lieu par les voies administratives. »

Voilà ce que vient de dire à la tribune de l'Assemblée, à la rentrée des chambres, M. Jules- Ferry, le président du conseil des ministres, et il l'a dit avec une assurance étourdissante et une vraie fierté de triomphateur.

Est-il bien possible que ces paroles aient été prononcées? est-il vrai qu'une Assemblée française les ait entendues? et nos yeux ne se sont-ils pas trompés en les lisant?

Est-ce bien dans l'Assemblée de ma noble , de ma chère France qu'elles ont retenti? N'est-ce pas plutôt dans le sanhédrin de Satan ?

Un ministre de France 1

Non ! non ! ce n'est pas la franco que je connais et

que j'aime, dont je n'ai appris au berceau à redire la nom qu'en pleurant d'amour et en entrevoyant à travers ces larmes les grandes figures deClovis, de Charlem^gne, de saint Louis, de Jeanne d'Arc I... Non! non î ce n'est pas de cette France que vous êtes le ministre, ce n'est pas cette France qui vous a confié la mission de prendre une hache et d'aller couper au pied l'arbre splendide né, depuis bientôt deux mille ans, sur son sol fécond ; l'arbre que le Christ y a planté et arrosé de son sangi; l'arbre qui a abrité pendant dix-neuf siècles toutes les glpires et toutes les grandeurs de ma patrie ! Tous nos vieux francs, tous nos vieux chevaliers, tous nos grands héros, tous nos grands génies, tous nos grands hommes, oui, tous sans exception ont grandi sous les rameaux toujours verts de cet arbre monastique, tous se sont reposés avec délices, sous son ombre tutélaire, tous en ont savouré avec délices les fruits délicieux.

Et vous, fils baptisés de l'Eglise catholique, vous, prétendu ministre de cette France vous venez aveo la hache, la scie et le marteau !îî

Entendez un protestant, le célèbre Johnson don* l'Angleterre est fière, entendez-le vous dire en plein dix-huitième siècle :

« Je n'ai jamais pensé à un moine, ni lu le livre d'un moine sans baiser ses pieds en imagination : je n'ai jamais rien lu d'un monastère sans tomber à genoux et 'baiser le pavé. »

Et vous, vous approchez de la porte de tous ces monastères avec la hache, la scie et le marteau et vous renouvelez les scènes des septembriseurs ! ou plutôt les scènes de l'enfer I oui, les scènes de l'enfer î

Savez-vous bien le mot qui retentissait dans mon cœur, quand vos sbires inconscients, debout devstn* notre porte sacrée, entourés de leurs agents et de leurs hommes d'armes, otit frappé trois fois, en disait

d*una voix forte : «Ouvrez au no^ de la. Loi!... Ouvrez au nom de la Loi!. , Ouvrez au nom de la Loi!...)»

Moi je n'ai enteoiidu qu'un mot : « Ouvrer au i^om DE Satan ! »

Et j'ai fermé au nom de mon Dieu I

Oui, au nom de mon Dieu, au nom de mon Sauveur Jésus-Christ, qui n'est descendu sur la terre que pour y créer des chrétiens et, par conséquent, des moines puisque, ne l'ignorez pas , le moine n'est pas autre, chose que le chrétien à Tétat parfait, il n'est pas autre chose que la vraie personnification vivante du Christ lui-même, ne faisant qu'un avec le Christ, et par conséquent avec l'Église catholique, en qui vit toujours le Christ. Ceux qui disent que l'Église peut se passer des religieux, des ordres monastiques, ne comprennent pas le premier mot ni du Christ, ni de l'Église. Tous les ordres religieux, tous les vœux monastiques sont nés à Bethléem dans le berceau du Christ; tous ont grandi avec l'Église catholique ; tous ne mourront qu'avec elle. Ils sont les fleurs de cet arbre divin.

Vous ne savez pas cela, Monsieur le ministre! Eh bien ! je vous le dis, et ne l'oubliez pas.

Cette vie religieuse que vous voulez détruire, Jésus- Christ est venu pour la créer.

Le monastère est son chef-d'œuvre, et c'est là qu'il a porté le ciel tout entier.

Ces deux mots : Ordres religieux^ le proclament.

Iteligieuco veut dire l'homme uni à Dieu, l'homme qui commence à jouir de Dieu sur la terre comme on en jouit au ciel : Deo religatus.

Ordre religieux, cela veut dire : l'union parfaite de ces religieux vivant sous une même règle, toi\jours dictée par Dieu et sanctionnée par l!Église da DIqu,

ot ne formant ensemble qu'une sublime unité daut :i ORDRB, daus uue paix parfaite.

L'enfer s'appelle : Féternel dksoedrb^ l'éternelle ]!ORaBua.

« In quo nulhes ordo sed sempitemu^ horror inhabitat !

Le monastère s'appelle comme le ciel : I'ordrb éternel!... l'ÉTBRNEL BONHEUR !...

Et VOUS venez avec une hache frapper à la porte d'un monastère au nom de la loi !

Moi j'ai appris dès l'enfance, et la France le sait, depuis le Christ, depuis vingt siècles, qu.'il n'y a qu'un seul maître, qu'un seql législateur, dont tous les autres sont les mandataires, un seul qui ait le pouvoir de faire des lois, un seul qui parle et qui ait le droit de parler au nom de la loi et de faire parler ses mandataires en ce nom sacré, un seul qui ait le droit de commander à l'homme, ce âls Immortel, ce fils divin, ce flls inviolable de Dieu ! Et vous venez dire devant la porte d'un monastère de notre France, devant la porte de ce ciel visible, de cette maison de Dieu, habitée par des hommes trois fois flls de Dieu : Fils de Dieu comme hommes, flls de Dieu comme Français et catholiques, flls de Dieu oomme religieux, vous venez dire à ces hommes, en leur montrant une hache: Ouvrez au nom de la loi ! Je brise votre porte au nom de la loi!

Je vous chasse, je vous arrache de votre demeure et vous jette à la rue, au nom de la loi!

Ah 1 monsieur le ministre, vous êtes dans une assemblée de législateurs, par conséquent dans le sanctuaire de la loi!...

Ah ! respectez, de grâoe î respectez ce grand nom de la loi 1

Savez-vous qu'il n'y en a pas de plus grand sur la

terre après celui de Dieu, ou plutôt qu'il ne fait qu'un avec celui de Dieu.

Dieu, c'est la loi, et la loi, c'est Dieu. Savez-rous bien que toute loi à côté de laquelle vous ne pouvez pas mettre le nom trois fois saint de mon Dieu n'est pas une loi?

Ah ! vous ne savez donc pas ce que ce pauvre moine, marchant pieds nus, a toujours su!.. Ce qu'il n'oublie jamais 1!!

Ce moine, sachez -le bien, ne veut et ne peut obéir à une loi quelconque où Dieu ne se trouve pas. Il n'est pas l'esclave de l'homme, et il ne le sera jamais.

Non, jamais il n'obéira à la loi d'un homme» d'un gouvernement quelconque, si à travers la loi de cet homme, de ce gouvernement, il ne peut voir son Dieu, c'est-à-dire si ce qui est commandé est visiblement injuste. Léon XIII le proclame lui-même dans sa lettre à l'illustre Cardinal de Paris, qui est en France la personnification de la sagesse, de la modération et de la fermeté. Écoutez le grand Pape ;

« Il n'est pas douteux, dit-il, qu'on doive obéir aux gouvernements, ainsi l'exige le maintien de l'ordre, qui est le fondement du bien public ; mais il ne faut PAS OBÉIR quand ce qu'ils commandent est contraire à la justice; encore, ajoute-t-il, cette obéissance n'emportera-t-elle jamais l'approbation de ce qu'il y aurait d'injuste dans la constitution et l'administration de l'État. »

Grandes paroles qu'il vous faut méditer. Monsieur le ministre.

Si votre mandat était parti de nos tribunaux, du sanctuaire de la loi, nous aurions ouvert nos portes, parce que dans nos tribunaux il y a le Christ, il y a Dieu. Je n'ai jamais vu le crucifix dans vos cabinets de préfecture et de police, là n'est pas l'autel sacré de la loi.

Quand la justice est d'un côté et Tinjusticè de l'autre, qu/ind Dieu parlé d'un côté et rhomme de l'autre. En obéissant à l'homme, on unit la bassesse de l'esclavage k la scélératesse du sacrilège, et on profane l'obéissance autant que la loi.

Monsieur le ministre, et tout votre prétendu siècle de progrès avec vous, vous ne changerez pas ces choses, c'est le Christ qui les a faites. Portez vos haches tant que vous voudrez, vous ferez des martyrs, nous voulons l'être ; mais vous né détruirez pas un moine.

« Le moine, comme le chêne, est immortel, » un grand homme, un grand Français, Lacordaire, l'a dit, et le grand Léon XIII vient de le redire dans son télégramme aux Bénédictins de Solesmes : « Courage, mes fils ; non moriar, sed vivant ! »

Les malheureux I ils ont enfoncé, brisé, hache nos portes!... Et maintenant nos saintes demeures sont solitaires, et ils disent : « C'est fini!... » Oui, c'est comme lorsque l'hiver, avec ses frimats et ses tempêtes, passe sur la terre ; même pluie glaciale , mémo tristesse, même solitude 1 Mais qui a jamais dit au milieu de cette pluie glaciale, de cette tristesse, de cette solitude de l'hiver : « C'est fini?... » La nature lie refleurira plus, il n'y aura plus de printemps, plus de fleurs, plus d'aurores radieuses et embaumées, plus de soleil, plus de«moissons, plus de vie!!

Oui, le printemps reviendra avec ses aurores; son soleil et ses fleurs! Oui, nous reviendrons chanter encore dans nos chers monastères de France, nous viendrons y.cueillir des moissons d'âmes et de saints ! Oui, nous reverrons le soleil de notre belle France, que vous avez réussi à voiler de deuil ! Oui, oui, nous reviendrons retrouver nos pauvres, qui déjà pleurent leurs pères devant nos portes hachées et silencieuses : « Ils nous prennent nos Pères, les malheureux! les

monstres! et ils ne nous donnent pas du pain L.. » Déjà mes oreilles ont entendu ce cri de désespoir des veuves et des orphelins, et aussi déjà la malédiction de Dieu vous envahit parce que vous faites couler les larmes du pauvre 1

Maintenant, pieux lecteurs, recueillez- vous. De grandes, de douloureuses choses viennent de s'accomplir dans nos cloîtres, je vais vous y faire assister, il vous est permis d'y pénétrer, la clôture est violée...; eux sont entrés dans le saint des saints le front haut, le cœur plein d'impiété et de haine, comme ils entrent dans leurs loges maçonniques... Vous, pieux lecteurs, recueillez- vous î... baisez en entrant au milieu de ces débris, de ces ruines, baisez le pavé trois fois saint et puis fortifiez votre âme car elle va être brisée de douleur!!!

Ici c^ sont les monastères du Caïmel; ils sont frappés les premiers dans cette nouvelle hécatombe ! Ne sont-ils pas nés les premiers à la vie monastique? Les patriarches antiques, qui trouvaient l'exil de cette vie trop rapide pour y dresser une tente, se plaisaient à monter les.cîmes embaumées du Carmel, pour y contempler Dieu de plus près. Élie y préparait tantôt des foudres pour les impies, tantôt une douce rosée pour le peuple fidèle. La Vierge Immaculée, ireine des patriarches et de tous les ordres religieux, y est montée à son tour, dit la tradition confirmée par l'Église, et a constitué elle-même ces pieux ermites en Ordre religieux, d'où son nom glorieux d'Ordre de Marie. Saint Louis les amena de Terre -Sainte et leur lé^ua

en mourant son manteau royal; c'était pour la France une relique des Croisades. Et l'Orient et TOecident continuaient de se donner rendez-vous au Carmel ; Jà se trouvaient les plus nobles cœurs ; leurs plus ardentes prières,, leurs plus séraphiquee contempla-

tiODg.

Mais que comprendront à ce langage les âls de Satan ?..,

La hache! la hache ! Détruisez ! détruisez ce que les siècles ont fait de plue beau, ce qu'ils ont contemplé de plus ravissant ! ! t

Ici ce sont des Bénédictins! Soixante à la fois, à Solesmes, ils chantaient solennellement leur Qfôce quand l'armée de Satan est venue ; à la vue de ces nouveaux barbares tous se sont étendus sur le sol. Ils ne veulent pas quitter cette terre de France qu'ils ont défrichée, qu'ils ont faite française et catholique, qu'ils ont, pendant quinze siècles, pétrie de prières, de science et de sueurs.

« Tuez-nous l'un après l'autre, disent-ils et ensevelissez-tious près de nos frères, mais ne nous faites pas sortir de ce monastère. Vivre moines ou mourir! Vivre en France ou mourir ! »

Et on les a emportés ; il a fallu quatre hommes pour chacun, et on les a étendus dans la boue de la rue!! ces fils de saint Benoît! ces fils de saint Bernard! Cesflls de Dom Guéranger!...

Pleure ! pleure; ô chère France 1 î î

Ici sont les monastères des Dominicains !...

Qu'est-ce qu'un Dominicain ?...

C'est la sainteté avec saint Dominique leur père, c'est le génie avec saint Thomas d'Aquin leur frère,

c'est la liberté avec Savonarole, et c'est à la fois la sainteté, le génie et la liberté avec Lacordaire.

Encore ici, devant cette porte : une hache! une hache!

Et les sbires, en France, à Toulouse, où saint Domimique a fondé la merveille de son ordre ; en France où Thomas d'Aquin a rendu ses oracles ; en France où retentit encore la voix frémissante de Lacordaire; oui, ces sbires en France, à Toulouse, ont porté leurs mains maçonniques sur la blanche robe des Dominicains, et ceux que des catholiques apostats ont chassés de leurs monastères, les protestants les ont reçus dans leurs demeures et les ont reçus à genoux!

Voici les monastères des fils de saint François î

François d'Assise, Tami de Dominique et aussi l'ami de la France dont il a voulu porter le nom I

François le prodige! le miracle vivant !

François que le monde, qui n'a pas toujours compris le Christ, a été obligé de comprendre, parce qu'ayant toutes les grâces, tous les charmes, toutes les amabilités du Christ sans l'infini de la divinité, il a été plus accessible à tous et s'est fait frère mineur^ c'est-à-dire frkre petit, pour vivre avec les plus petits, même les petits agneaux, même les petits oiseaux qu'il appelait ses frères et les petites fleurs qu'il appelait ses sœurs. Et le monde s'est passionné d'amour pour lui , et les rois ont quitté leurs trônes et les empereurs leurs couronnes pour le suivre et marcher pieds-nus à sa suite. Et sous son contact de feu, de douceur et d'amour, le monde s'est renouvelé et un paradis nouveau, dont François était le nouvel Adam, a été créé sur cette terre !

Allons! allons!., la hache encore la hache, broyez la porte de ce paradis!,.. Autrefois, c'était un ange

qni enchâssait Adam coupable," û^rd^hmi c'esittio^

démon qui en chasse les ange?!../ ^ ' ' ''" ^

Et notre porte a été hachée et nos àôgf^'&ôu^^eii.

exil!... * -.*... .• ; ^ : :

Mes sanglots interrompent ces lignes !

, Pauvre France !.. ma Patrie ! I !

Après ces grands Ordres, tous les autres sont venus et oat fleuri sur notre terre si féconde ; vous en verrez les noms bien aimés et glorieux à la fln de ce chapitre, avec le nom du fondateur, Tépoque et le lieu ; baisez chacun de ces noms, ce sont des saints, ce sont de grands bienfaiteurs de Thumanité, ce sont les grandes gloires de leur patrie !..

Baisez le sol de chacun de leurs monastères déserts et dites encore une fois : Pauvre France!... Pauvre France ! ! ! Mon Dieu , sauvez la France ! ! !

Monsieur le ministre, vous nous dites : « Noiïs n'avons pas l'intention d'appliquer les décrets d'exéxîution aux congrégations de femmes. »

Vous ferez bien de ne pas y toucher !..

Gardez-vous bien même d'approcher!..

Thérèse, Claire, Jeanne de Chantai, gardent leurs fillos ! ! La Vierge-Immaculée et le Christ sont là ! ! î

Thérèse tient dans sa main un trait de feu !

Claire le Sacrement des forts ! Et Jeanne de Chantai le Cœur de Jésus ! ! l

"tlàflÎHd^mmacul^J^é'est une armée rangée en ba-. ' „ tailla {.c'est J^ jtriQmphairice de Satan ! c'est la vierge :\\ as» VtôP^es !^ ; * ,^ l .^ .\, . ^'

Le Christ, c'est le divin époux, le céleste époux des vierges 1 ! !

Le jour où vous approcheriez, serait votre dernier jour!!!

Ezéoution des Pères Carmes. — 16 octobre.

« L'ère du brigandage est ouverte de nouveau, s'écrie V Union du Midi indignée de l'attentat sauvage accompli hier contre le collège de Sainte- Marie, et aujourd'hui contre les Carmes.

Nous vivons depuis quarante-huit heures dans une atmosphère odieuse et lourde qui pèse sur la conscience des honnêtes gens comme une terreur hideuse.

Hier un coup de force chassait d'une école libre des citoyens français.

Aujourd'hui, de tous les points de la France, des dépêches nous annoncent que des serrures sautent, que des portes sont enfoncées, que des moines sont traînés à la rue, que des scellés sont apposés sur les maisons de Dieu, que la persécution sévit dans toute la rigueur monstrueuse que nos tyrans savent déployer.

Les Franciscains à Béziers, les Barnabites à Paris^ les Carmes à Montpellier, à Agen, à Pamiers, à Toulouse... et dans d'autres villes dont nous n'avons pas encore des nouvelles , ont été victimes d'un attentat sans nom.

Dans notre ville^ le forfait a été doublé [d'un guetapens.

Ils sont venus comme des voleurs, profitant de Fincertitude dans laquelle les congrégations étaient

plongées^^ôt du trouble causé par Texécution du collège Sainte-Marie. Us ont pénétré dans la maison conventuelle des Carmes, après avoir essayé d*en interdire l'accès à tous les témoins ; ils ont renouvelé les scènes révoltantes du 30 juin, et Ton a vu passer dans nos rues, accompagnés par une poignée de gens de cœur, des hommes^ des Français, des saints dont le nom n'est connu que par les bénédictions des pauvres et des malheureux...

Et la canaille était joyeuse ; elle hurlait, elle proférait des insultes sans nom, sous les yeux de la police impassible.

Les triomphateurs d'aujour4'hui sont bien dignes d'avoir de pareils courtisans.

Le jour de la justice luira.

Les aides de M. Constans télégraphieront ce soir à leur chef :

« L'ordre règne à Toulouse. » Oui , sans doute, il y règne; il règne aussi à Agen, à Montpellier, à Pamiers, à Paris; il régnera demain à Lyon, à Bordeaux, et dans toute la France.

C'est ainsi qu'il régnait à Varsovie quand les bourreaux tenaient la Pologne agonisante sous leur talon.

Voici déjà les représailles de Dieu.

La Fraace a son nouvel Ambroise. Voici la grand» nouvelle qui, le jour môme de l'expulsion des Carmes.. fit tressaillir nos cœurs.

Mo'" de Cabrières, évoque de Montpellier, comme Ms' Freppel et tant d'autres de nos saints évoques, venait de protéger lui-même ses chers religieux contre l'inique violence ; son cœur en est meurtri ; il prie .longtemps aux pieds des autels, et il se lève dans la majesté de ses devoirs et de ses droits de Pontife, et, en habitiô chœur, il vient, accompagné de son grand

Ticaire, frapper à la porte du cabinet du Préfet. La justice de Dieu y entre avec lui.

« Monsieur le Préfet, lui dit-il, je viens moi-même, pasteur et père des âmes, je viens protester, au nom de l'Église, contre la violation de la clôture et l'expulsion sacrilège des religieux de inon diocèse, et je TOUS rappelle l'existence des peines canoniques contre ceux qui commandent ou accomplissent de pareils actes. La plus terrible de ces peines est| Texcômmunication majeure ; [sachez que vous l'avez encourue ipso facio^ et que vous devez penser au salut de votre" âme. »

Le coupable, foudroyé, se tut devant le Pontife admirable, et l'Église catholique a écrit un nom, un acte héroïque de plus dans ses fastes glorieux.

Exécution générale. — 3 novembre.

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