‹ Le Livre d'or du BourgogneChapitre 5 sur 17 · DIALOGUE ENTRE BREUGNETTE ET GROS-JEAN · texte numérisé non relu

DIALOGUE ENTRE BREUGNETTE ET GROS-JEAN

Il but, non pas des rasades,

Mais de jolis coups, Et tant qu'il but, je pris garde

Qu'il ne disait mot.

La pitance était divine,

Dès qu'il en goûta.

Léchant trois fois ses lèvres :

Il est bon, dit-il :

Est-ce du ciel que telle manne

A plu sur Dijon ?

C'est de Savigny-sous-Beaune,

Lui répondit-on.

C'est du clos de ce digne homme

Monsieur de Migieu ! i

Moi, dit-il, je le nomme

Monsieur Demi-Dieu.

Le duc sortit de table

En disant cela.

Jamais prince de la Gaule

A-t-il mieux parlé ?

La Monnoye.

(Le duc de Bourgogne, passant à Dijon, dîna chez le Président de Migieu qui lui oflFrit un excellent vin de Savigny. « Il vient d'un demi-dieu ! » s'écria le duc dans son enthousiasme. C'est cela qui donna à La Monnoye l'idée de composer les couplets ci-dessus.)

Les vins de Savigny sont nourrissants, théologiques et morbifuges.

(Phrase gravée au fronton de la porte des celliers du château de Savigny-lès-Beaune.)

Si j'avais le gosier large de cinq cents aunes.

Et que la Seine fut de ce bon vin de Beaune,

Je m'en irais dessous le pont

Je m'étendrais tout de mon long

Et je ferais descendre

La Seine dans mon ventre.

Si le grand roi Henri voulait me le défendre.

Et que dessous le pont m'empêchait de m'étendre.

Je lui dirais : « Grand roi Henri,

Je vous abandonne Paris,

Paris et Vincennes,

Mais laissez-moi la Seine ».

Auteur Anonyme.

(Chanson que l'on chantait dans les cabarets au début du xvii^ siècle, sous le règne d'Henri IV, et que l'on a faussement attribuée, plus tard, à Emile Goudeau.)

Les vins de Bourgogne ont la propriété exclusive de fournir successivement une excellente boisson pour toutes les saisons de l'année.

Pommard, Beaune et Volnay. Vins blancs de Meur-

sault, Rosés d'Aloxe, de Savigny, puis Chassagne, Santenay, Saint-Aubin, Morgeot et Blagny. Enfin Nuits qui n'a pas son pareil et ne peut être assez prisé.

Hugues DE Salins (Doyen des Médecins de Beaune.)

Dans le vin de Bourgogne, il y a plus de force et de vigueur, il ne ménage pas tant son homme, il le renvoie brusquement. Voilà Démosthène.

Le Champagne est plus fin, plus délicat, il amuse davantage et plus longtemps, mais il ne fait pas moins d'efi"et. Voilà Cicéron.

Chanoine Maucroy.

(De l'éghse de Reims, ami de Boileau et de La Fontaine, traducteur de Cicéron et de Démosthène.)

Pour les délicats et les raffinés, on s'attache aux vins de Chably, de Tonnerre et de Coulange ; quand le pays beaunois donne, on prend le Volnay, qui est le plus exquis du canton et l'un des plus renommés vignobles de France ; mais souvent, de dix années, on n'en voit pas une raisonnable, quoique la quantité y soit.

Auteur Anonyme.

(Extrait de « L'Art de bien traiter », paru chez Frédéric Léonard en 1674.)

A un dîner donné chez moi, lorsque je fus nommé doyen, et auquel étaient invités trente-six de mes collègues, ceux-ci firent bonne chère. Jamais je n'ai vu tant rire et tant boire pour des gens sérieux : c'était du meilleur vin de Bourgogne que j'avais destiné à cet eflfet...

Guy Patin

(Médecin et Littérateur, auteur de Lettres spirituelles.)

XVIIle SIÈCLE

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