ÉLOGE DU VIN DE BOURGOGNE
(Air : Aussitôt que la lumière)
Si j'en crois le Dieu du Pinde, Que son frère consulta, Bacchus en partant pour l'Inde, En Bourgogne s'arrêta.
Il prit le cep le plus digne D'être ofifert au genre humain ; A Beaune, par grâce insigne, Il le planta de sa main.
Nuits, Volney, la Romance, Partagèrent ses faveurs ; La plus belle destinée Sourit à nos vendangeurs.
Au cep un Dieu donna l'être, Le cep est un vrai trésor ; La côte qui le vit naître.
Se nomme la Côte d'Or.
Combien d'hommes de génie.
Grâce au nectar Bourguignon, Ont de la côte chérie Fait un nouvel Hélicon !
Gloire à nos grappes vermeilles !
Plus d'un auteur transporté, Sut au fond de nos bouteilles Puiser l'immortalité.
Qui fit la Métromanie ?
Un fils de la Côte d'Or.
Qui sut peindre Zénobie ?
C'est un Dijonnais encor.
Pourquoi leur esprit sublime Triomphe-t-il du destia ?
Ils arrosaient chaque rime D'un verre de Chambertin.
De pétiller dans un verre
Le Champagne s'applaudit ;
Petit prodige éphémère,
Le Champagne est tout esprit ;
Ce fait, aucun ne le nie,
Un autre fait sans appel.
Le Bourgogne est tout génie ;
Le génie est immortel.
Proscrivons-nous le Champagne ?
Non ; qu'il couronne un festin ; Du jus de notre montagne Qu'il partage le destia.
L'homme qui suit la sagesse, Ofi're, avec un goût exquis. Le Champagne à sa maîtresse.
Le Bourgogne à ses amis.
Julien Paillet.
(Extrait du « Chansonnier des Grâces », de l'année 1813.)
Monsieur, toutes les fois que vous passerez à Dijon, faites-moi l'honneur de venir dîner avec moi : nous boirons de ce vin tant qu'il vous plaira ; mais pour en vendre une seule bouteille, jamais !
Dom GOBLET.
(Fière réponse donnée en 1803 par le dernier cellerier de l'Abbaye de Giteaux à M. A..., Commissaire des Guerres, qui passait à Dijon et qui lui proposait de troquer son vin de Clos de Vougeot contre une bourse renfermant 50 louis de 24 francs.)
Ici repose
François-Gabriel Gh...
Gapitaine en retraite
Membre de la Légion d'Honneur
Né le 9 janvier 1785.
Il a servi fidèlement sa belle Patrie
Depuis 1809 jusqu'en 1848.
Il a fait la guerre dans sept royaumes.
Il fut présent à vingt batailles.
Onze combats, un blocus, trois sièges
Sous les règnes
De Napoléon, Louis XVIII, Gharles X
Et Louis-Philippe.
Il est mort le 16 décembre 1870
Au combat de Nuits
En défendant ses vignes.
(Eloquente épitaphe découverte sur une pierre tombale dans un petit cimetière de la « Gôte » bourguignonne.)
Sonnez, cors d'argent ; découvrez-vous tous en vous agenouillant devant le climat de S. M. le Montrachet et de sa cour.
Alexandre Dumas.
Rien ne fait voir l'avenir couleur de rose comme de le contempler à travers un verre de Chambertin.
Alexandre Dumas Père.
Toutes les vignes chantaient quand on emportait leurs richesses ; la toison de la terre semblait se réjouir d'être recueiUie.
Lamartine.
(Le grand poète maçonnais fut aussi vigneron et chanta le vin de son pays.)
La France n'a pas d'élément plus liant que la Bourgogne, plus capable de réconcilier le Nord et le Midi.
MiCHELET.
Du Romanée et du Pommard, Du Chambertin la dive essence, De l'ambroisie et du nectar M'ont révélé ia jouissance.
Pierre Dupont (Extrait de « La Cave ».)
0 chaîne de coteaiix, qu'en naissant le soleil
Caresse obliquement de son rayon vermeil.
Telle qu'une beauté de ses joyaux ornée,
Tu brilles et souris de tes crus couronnée !
Et que ces fleurons-là sont beaux : c'est Santenay,
Chassagne, Montrachet, Blagny, Meursault, Volnay,
Auxey dans la vallée au bas de Monthélie,
Pommard dont le clocher finit en galerie ;
Et puis, sautons en Bèze à côté de Gevrey,
Ensuite au clos de Tart qui couronne Morey.
Mais j'oublie en courant sur la double colline.
Le noble Chambertin que la gloire illumine.
Le Chambertin qu'à tous préférait l'Empereur
Et que chante Frontin dans le « Nouveau Seigneur ».
Après, sous des rocs bleus, c'est le riant Chambolle,
Le Musigny qu'entoure une vive auréole.
Le Clos-Vougeot bénit, dont l'abbé de Citeaux
Aux rois, quand ils étaient sages, faisait cadeaux.
C'est ensuite la Tâche et Richebourg sur Vosne,
Vosne, où la Romanée, en reine des vins trône ;
Nuits qui du grand Saint-Georges au sien joint le renom,
Prémeaux, l'ardent Aloxe où règne le Corton,
Savigny, val ombreux que des tilleuls parfument,
Beaune enfin, vaste cuve où tous ces bons vins fument,
Et comme d'un volcan, au cratère empourpré.
Débordent à flots purs sur le monde enivré.
Simon Gauthey.
(Vigneron bourguignon, ancien propriétaire du Château de Corton, dont la marque est actuellement propriété de M. P. -A. André.)
Le bouquet du Chablis éclate comme un feu d'artifice.
Un Bourguignon anonyme.
Par trop bien boire, un seigneur de Bourgogne
De son pauvre œil se trouvait déferré.
Un docteur vient : — Voici de la besogne
Pour plus d'un jour ! — Je patienterai.
Çà, vous boirez... — Plutôt douze, mon maître. —
Cette tisane... — A moi ? Voyez ce traître !
Vade rétro : guérir par le poison !
Non, par ma soif ! perdons une fenêtre,
Puisqu'il le faut, mais sauvons la maison.
Jean-Baptiste Rousseau.
C'est la vraie date de l'adoption générale des vins de Beaune ; princes et seigneurs n'en voulurent plus guère d'autres. Le duc d'Anjou devenu Philippe V, le fit pompeusement venir à Madrid et l'imposa aux sobres Espagnols. Les gens d'esprit se l'envoyaient. La Pologne en eut, la Perse en eut et la Russie aussi. Non seulement, on voulut avoir le vin, mais Versailles voulut avoir le plant. Celui-ci se montra rebelle à l'expropriation. La nostalgie l'eut bien vite pris et tué. Pourquoi aussi n'ontils point songé à emporter la terre et le soleil, disait M. Brunet, de Beaune, au Dauphin et au Prince de Condé, étonnés de cette désobéissance.