LES CHAUMIÈRES
Vivent les antiques chaumières Aux courtils presque abandonnés, Mais fleuris de roses tréniières Au pied des pommiers inclinés î
Sous Fébouriffement des branches, Les potirons et les soleils
Y piquent leurs notes bien franches,
Y mettent de soudains réveils»
Tristes réduit?, maigres cabanes.
Aux murs noirs de leurs appentis Croissent des chardons, des bardanes Seul luxe permis aux petits.
On les coiffe ainsi que les meules :
PJus d*une leur a ressemblé.
Leurs capuchons sont faits d'éteules, Dernier présent des champs de blé.
La saxifrage et la joubarbe Décorent ce velours des toits, Épaisse et respectable barbe Tentant la caresse des doigts.
Toujours divinement posées, Quoique sans rime ni raison.
Elles se baignent des rosées Dont la nuit blanchit le gazon.
Bords d'un étang, vallon, colline, Pays marin ou forestier, Autour d'elles tout s'illumine, Devient intime et familier.
Qui sait? peut-être un misérable, Rustre sans force et sans vertu, Végète en ce lieu vénérable.
S'endort sur ce sable battu ?
Quelque manant, d'instinct rapace.
Sans doute y blottit ses amours ?
Mais je m'incline quand je passe.
Et je me sens ému toujours.
lE LIVRE D'UN FORESTIKR 50
Dans les chemins où je m'engage, Leur pittoresque pauvreté Me parle tout bas un langage Que j'ai bien souvent écouté.
J*en sais plus d'une, honnête et bonne, Où j'aurais bien voulu m'asseoir.
N'était l'ardeur qui vous talonne Et l'inévitable devoir ;
Oij, sous les festons, les feuillages Dont les bouvreuils font un hamac, Sur un banc, au bout des villages, J'aurais bien débouclé mon sac.
Car leur aspect m'est salutaire.
Aïeules faisant les yeux doux :
— » Tu cherches le bonheur sur terre Quitte la ville... Viens vers nous 1
c Le monde ne s'occupe guère De tes soins subtils et touchants...
Bien mieux qu'un paysan vulgaire.
Tu comprendrais la vie aux champs. .
Et je les revois d'ici, toutes, En fermant un instant les veux, Au fond des taillis, sur les roules, Dans leurs cadres^ dans leurs milieux.
En Bretagne, parmi les landes, Dans les îles du Morbihan^ Il en est, petites ou grandes, Qui se mirent dans TOcéan.
Du bord d'un ruisseau de Touraine, Sans craindre l'ombre du château, Celle-ci, tranquille et sereine, Semble escalader le coteau.
Un roc, solide citadelle.
En défend quelque autre, là-bas.
Vers la Creuse ou vers la Sédelle, Près de moulins qu'on ne voit pas.
C'est le Berry, c'est la Bourgogne Dont les logis aux seuils herbeux M'inspiraient des refrains d'ivrogne Ou des chants de toucheur de bœufs.
Ma pensée, enfin, moins hardie, M'en retrace, non loin d'Amiens, Aux tourbières de Picardie Où jadis vécurent les miens...
ni
Parmi ces diverses demeures, Pour moi, qui déjà fis mon choix, Les plus chères et les meilleures Sont au vieux pays du Valois.
— chaumières d'Ile-de-France, Causes de mon premier émoi, Que, pour prix de ma préférence.
L'une, au moins, se garde pour moi !
La belle forêt préférée
Les cache, avec les aulres nids, '
Sous la chênaie et la hêlrée,
Ou dans les grands prés dégarnis.
Rien qu'une aubépine touffue Peut les voiler à nos regards ; Aux tournants on les perd de vue Dans la verdure ou les brouillards.
Seule, les trahit jusqu'aux nues La fumée aux blancs tourbillons, A l'heure où dans les avenues S'en reviennent les boquillons.
Il est par là, — bien recueillies, Appuyant leurs blondes toisons Aux murailles des abba3'es, — De très poétiques maisons.
Sans qu'à mon vœu rien ne résiste, Dans Tun de ces hameaux, des bois Je fixai mon désir d'artiste Duraht d'inoubliables mois.
Les oiseaux formaient mon orchestre,
Les fauves, ma société.
J'y célébrai l'amour sylvestre.
Le grand amour en liberté.
Et c'est de ces modestes chaumes Que je suis follement épris.
Le souvenir de leurs arômes Me grise encore en plein Paris.
C'est pour moi qui m'y réfugie La paix du cœur et du cerveau, Et j'en ressens la nostalgie Quand revient un avril nouveau.
■Ji^kA^^i^iM