COMMUNICATION DU SERVICE FORESTIER
Dans un humoristique article qui a para au numéro de VEcho de l'Oise du 10 courant, M. Léon Duvauchel, un .poète doublé d'un artiste, sans doute, s*est plaint amèrement de ce que le service forestier eut marqué, pour être abattus, deux vieux chênes, cinq ou six fois centenaires apparemment, situés en forêt, tout près du hameau de la Brévière, et avoisinant le chemin vicinal de ce hameau à Saint-Jean.
Que l'auteur de cet article veuille bien se rassurer! Il a été donné satisfaction à son désir, avant même qu'il ne l'eût formulé.
Des deux chênes en question, Tun, presque entièrement mort, n'offre plus guère, sur Tune de ses branches principales^ .que quelques traces de verdure. L'autre, le plus voisin du chemin vicinal, au tronc aux trois quarts creux, vermoulu, presque complètement dépouillé de son écorce, aux branches également décharnées, n'est plus qu'un cadavre depuis plusieurs années déjà.
L'administration des forêts se serait bien gardée de toucher à ces deux ancéti^es que les touristes aimaient à visiter, tant qu'ils n'auraient pas atteint leur entier dépérissement.
Mais elle avait pensé qu'aujourd'hui, tristement déchus de leur ancienne splendeur, ils inspiraient plutôt pitié
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qu'enthousiasme; et, mue par un sentiment de vénération, qui, pour n'en être pas moins vrai, se traduisait en sens inverse de celui qui a inspiré M. Duvauchel, le chef de service de l'inspection deCompiègne avait résolu, dans rintérêt même de leur honneur passé, de leur donner héroïquement le coup de grâce.
Toulefois, il y a huit jours environ, M. le maire de Saint-Jean est venu réclamer en faveur des deux chênes que, pour être agréable à M. Duvauchel, on appellera désormais Dagobert et Saint-Eloi. Cet honorable fonctionnaire municipal a fait valoir, en faveur de leur maintien sur pied, des considérations ne touchant en rien à l'art, mais qui n'en ont pas moins une réelle valeur, puis- *qu'e]les attestent, de la part de celui qui les a formulées, le louable désir d'être agréable et utile aux habitants de Saint-Jean et de la Brévière qui craignent que la disparition de ces arbres ne leur apporte quelque préjudice, en éloignant les touristes de ces parages.
L'inspecteur de Gompiègne s'est rendu, sans hésitation, à la demande de M. le maire de Saint-Jean, et a donné l'ordre de démarquer les deux chênes qui devaient être compris dans une vente de bois morts à faire vers le mois de novembre prochain.
En terminant cette communication, le service forestier de Gompiègne croit devoir faire connaître que ses agents, malgré leurs études positives, et le but cultural et économique qu'ils ne doivent jamais perdre de vue dans leur gestion, sont loin, comme parait le croire M. Duvauchel, d'clre insensibles aux beautés de la nature^ et incapables de comprendre et de respecter certaines considérations artistiques.
La vieille et splendide futaie des Beaux-Monts (plas de 200 hectares) qui n'a peut-être pas d'égale en France, ni même en Europe, n*a-t-elle pas été laissée au dehors de tout aménagement, pour n'y opérer que des extractions
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d'arbres absolument morts, et ce, à titre de spécimen de Fantique yégéLation, et de champ d'étude pour les artistes ?
D^ ailleurs, et sans s'occuper du passé, les agents forestiers actuels n'ont-ils pas, depuis quelques années, et un peu partout, même dans les cantons les plus reculés qu'ils regrettent de voir trop peu connus des artistes, respecté, lors des exploitations, voire même au détriment du rendement bulgétaire, un certain nombre d'arbres, aussi remarquables, ou à peu près, que les ancêties de la Brévîère, et qui, par leur âge, leurs dimensions, leurs formes bizarres, leur semblaient des monuments sacrés?
Il y a plus, et puisque l'occasion s'en présente, le service forestier local croit devoir faire connaître qu'il a pris ses mesures pour faire restaurer et dégager certains sites, certains points de vue un peu trop négligés pendant un certain temps, et môme d'en faciliter l'accès par la création de nouvelles routes ou sentiers praticables, soit pour les voitures, soit pour les piétons.
VEcho de VOise, 14 août.