‹ Le livre d'un forestierChapitre 17 sur 42 · DU MÊME AU MÊME · texte numérisé non relu

DU MÊME AU MÊME

13 août 1883.

Mon cher Confrère ,

Après une absence, ayant voulu, une dernière fois avant leur disparition, faire mes dévotions aux chênes, je viens de ressentir une grande joie, remplaçant la vive douleur de ces temps derniers. Les deux ancêtres sont sauvés, graciés, — démarqués, enfin. Le chiffre de l'Etat est enlevé : j'ai pu m'en assurer.

Vivat ! Chantons lo péan I Formons autour de Dagobert et de Saint-Eloi des danses gracieuses. Offrons à Bacchus des libations de cidre de pommelotier I... Au dieu Pan, présentons des guirlandes de campanules et d'ancolies tressées par les jeunes forestières ! Ail ts well that ends welL

On me dit que la commune de Saint-Jean-aux- Bois, par la voix de son maire, ainsi que plusieurs

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autres personnes, avaient sympalhiquement protesté. Les réclamations des gens autorisés ont, sans doute, eu plus de poids que celle d'un poète, d'un solitaire tapi dans sa bauge des halliers. Mais il était juste et équitable qu'il fît entendre aussi, dans ce concert, son petit grognement de mécontentement.

Enfin... quittes pour la peur !

Sera-ce la dernière fois que ces arbres seront menacés? — Si les administrations restent, les administrateurs changent, hélas ! — Il parait qu'à deux ou trois reprises déjà, s'ils ne sont pas morts, ces bons vieillards (c'est des chênes que je parle), ils ont été frappés de la même cruelle, façon.

Supplions donc instamment le chef qui a révoqué l'arrêt, de rendre, si cela est en son pouvoir, cette grâce définitive; souhaitons que nos deux amis soient bien et dûment munis d'un diplôme d'inamovibilité, en récompense de tant d'années de loyaux services... ^t qu'il n'en soit plus question.

A vous,

Mercredi, 15 août.

A l'instant (midi) le numéro de Y Echo contenant la c Communication du service forestier », datée du 13 courant, me parvient. Est-il temps encore d'insérer ces quelques lignes ? N'étes-vous pas déjà sous presse ?

L'auteur de l'article n'a qu'à se louer de cette note. Il remercie, pour son compte personnel, n'ayant pas qualité pour le faire au nom de tous les artistes, les agents forestiers des soins qu'ils apportent à l'entretien de ce splendide parc de quelque vingt lieues de tour, mis à la disposition de chacun. Plût aux dieux protecteurs des voyageurs que certaine forêt voisine, appartenant à une autre conservation que celle-ci, fût, — pour ne parler que de ce seul avantage, — aussi bien munie de poteaux indicateurs des carrefours et des routes : le piéton ne s'y égarerait pas, au grand dommage de ses jambes, ainsi qu'en un dédale !

La nouvelle qui termine cette communication est d'un bon augure pour les touristes, de jour en jour appelés à devenir plus nombreux, grâce aux nou-

veaux iTioyei>s de transport; ils sauront gré, sans nul doute, à r Administration, de ces améliorations considérables et n'auront garde de contester ses sentiments d'admiration pour les beautés du sol.

Certes, il serait oiseux de prolonger cette réponse: ma lettre d'avant-hier témoigne, par la projnptilude de l'envoi, de la satisfaction éprouvée.

L'incident est clos.

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