‹ Le livre d'un forestierChapitre 20 sur 42 · JOURNAL DE PROVINCE · texte numérisé non relu

JOURNAL DE PROVINCE

C'est au saut du lit qu'il m'arrive, Deux fois par semaine, pas plus.

La vie au village est active :

Les grands journaux y sont peu lus.

Je Pavoue, oui, c'est de la joie Qu'il me donne, le doux ramier.

Plus que tout autre, je le choie; Je l'écoute tout le premier.

Ses lèvres sont vite décloses :

Il parle. Je m'en vais revoir,

Les pieds aux chenets, maintes choses

D'où monte un parfum de terroir.

Entre les lignes, j'imagine Entendre chanter en patois Une vieille courbant l'échiné, S'acheminant vers d'humbles toits.

Je reconnais, belle rougeaude, Quelque fille en pleine vigueur, Picarde ayant la têle chaude...

Au même degré que le cœur!

Pour un instant, j'ai le mirage Du riant canton parcouru :

Midi sur les prés, frais ombrage Sur les bords sinueux du ru.

De même, lorsque la souiïrance M*enchaîne non loin de mon seuil.

Les veux sur la carte de France, Je voyage dans un fauteuil.

Ne riez pas : Je me régale Des moindres faits régionaux, D'une maigre annonce légale Ou du chômage des canaux.

C'est toujours le vers de Térence :

llien d'humain ne m'est étranger; Et je sais la désespérance De l'agriculteur en danger.

J'apprends les cancans de boutiques, Les vols de lapins de clapiers Et les discours patriotiques Des capitaines de pompiers.

Hier, c'était le laisser-courre.

Un émule de Du Fouilloux Conte en vieux style la bravoure Des chiens dentés comme des loups.

Tout le pittoresque d'un site^ Dans ces noms obscurs de hameaux, Evoqué soudain, ressuscite^ Empreint de la couleur des mots.

J*arpente les petites villes A pas attentifs de savant.

Si curieuses, si tranquilles, Elles m'ont fait songer, souvent

Ah! s'abstraire des temps moroses Et du martyre habituel !

Se figurer cueillir les roses Fleurissant la neige, à Noël!

C'est un rappel, un heureux thème, Un intime : Te souviens-tu ?

Il est chez nous quelqu'un qui t'aime, En ville, ou dans ce coin perdu.

A toi, merci, modeste feuille Qu'un bon vent m'apporte des bois, Echo du pays qui m'accueille.

Source de nature où je bois !

Intermédiaire fidèle, Qu'à mon nom, par toi répété, L*on se rappelle l'hirondelle Et qu'on hâte les jours d'été.

Tu m'ouvres la porte du rêve :

L'âme de ma chère forêt, An blême soleil qui se lève.

Bonne déesse, m*apparait.

Ainsi, grâce à toi, j'accompagne.

Par un invisible lien, D'un peu de décor de campagne Mon idéal parisien.

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