‹ Le livre d'un forestierChapitre 22 sur 42 · UNE BONNE ACTION · texte numérisé non relu

UNE BONNE ACTION

A Félix Fabart,

Bien que n'étant pas une perle, J'ai de bons inslincls... Jugez-en r Hier, j*ai sauvé les jours d'un merle Capturé par un paysan,

Je déteste ce qui ressemble

A des cages, à des liens;

Ce qui fait qu'on pleure, qu'on tremble,

Et qu'on est séparé des siens.

\ « — Cruauté des forts pour les faibles,

j Dis-je au barbare boquillon;

Tout juste à la hauteur des hièbles Pourrait voleter l'oisillon!

Laissez-le grandir dans le hêtre, Sous la mousse où, près des hameaux, Sont à peine brisés, peut-être, Les œufs de ses frères jumeaux.

Dépeupler les nids, c'est un crime :

C*est faire le métier des rois.

Contre la force qui l'opprime C'est heurter le plus cher des droits.

Pour garrotter Sénat et Chambre, Mettre la loi sous les verrous, Tous les faiseurs de Dix-Décembre Ont dû commencer comme vous î... »

Ainsi, poète, sympathique Aux choses tendres, seulement, J'allais chercher la politique Pour appuyer mon argument!...

Mon homme ouvrit sa main robuste, M'ayant gravement écoulé, Et le pauvret sur un arbuste Partit, grisé de liberté.

Ouï, c'était bien agir, je pense, — S'ilesl moins digne d'en parler, - Et j'obtiens une récompense Que seul mon cœur peut calculer.

Et puis, Nature, si je Taime, Plus lard, avec trop peu d'ardeur, Pour mieux m'expliquer ton poème, Tu me réserves ce chanteur.

Chère déesse au vert sourire.

Grâce à moi n'étant plus captif.

Mon merle t'engage d'inscrire Cette bonne œuvre à mon actif.

Eternelle mère des choses,

Des lacs bleus, des sombres forêts,

Si j'ai calomnié les roses

Et mal célébré tes attraits;

Si, quoique plein d'enthousiasme.

J'ai délaissé le feu sacré Aux heures du lâche marasme Et du vouloir désespéré;

Si Tespril trahissant le rêve, Glissant à côté du bonheur, J'ai laissé fuir sans qu'il s'achève Le vers vibrant en ton honneur,

Je compte sur ton indulgence Pour un apparent abandon :

Un oiseau, dans s^on exigence.

Obtiendra de toi mon pardon :

La douce voix musicienne Que protégea Tobscur passant Te suppliera d'êlre sans haine Pour ton amoureux impuissant.

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