‹ Le livre d'un forestierChapitre 3 sur 42 · UNE CHAUMIÈRE ET UN CŒUR · texte numérisé non relu

UNE CHAUMIÈRE ET UN CŒUR

A M. et 3I»«« E. Bérard.

Cache ta vie, a dit un sage... Il a raison.

Mon vœu, c'est d'acquérir quelque simple tnaison, Discrète, sans tons crus dont le bon goût se plaigne, Blottie en quelque coin des entours de Gompiègne. Ou village, ou hameau, qu'importe?... Le logis Pourrait être flanqué d'un bûcher en torchis Et protégé du vent par la côte boisée.

On verrait la clairière à travers la croisée, Au delà du treillage où fleuriraient les pois, Et puis les bois, encor les bois, toujours les bois. Les miennes près de moi vivraient parmi les poules. Parfois, changeant d'outil, sans craindre les ampoules, Heureux d'avoir trouvé les rimes d'un sonnet, Louchet en mains, j'irais bêcher mon jardinet...

les bons livres lus dans cette solitude,

les mois dépensés h poursuivre une étude

Sans autreespoirqu'apprendre et sansprojets meilleurs

Que faire une œuvre intime et voir pousser les fleurs !

Le souhait est mesquin, l'ambition est mince, 1^ De vouloir s'enterrer au fond d'une province,

De borner à de tels repas son appétit.

Et pourtant à beaucoup ce rêve est interdit.

Gomme s'il s'agissait de demeures superbes.

Mieux vaudrait envier au quartier Malesherbes L'hôtel d'une danseuse ou d'un peintre en renom. Paris qu'on aime et dont on souffre vous dit : Non ! Non, pas de volets verts, chers à l'auteur d'Emile ; Pas de jardin : les trop rares billets de mille, Pour assurer ton pain trouvent d'autres emplois. Laisse là ta forêt, tes plaines du Valois...

Jamais un coin du sol de la patrie ancienne ; Jamais de la nature à toi,.., qui t'appartienne ! Pas même l'idéal bourgeois réalisé.

Jouis de la campagne en voyageur pressé Quireste un temps, qui part sans voir grandir la plante Que contenait la faîne à l'éclosion lente.

Quitte le chaume où t'ont reçu de braves gens, Honnêtes, familiers, à tes goûts, indulgents. Vers le ruisseau natal reviens, chaque novembre, Retrouver les tourments et le bruit dans ta chambre.

Sylphes dont l'œil caresse et dont la voix sourit,

Les désirs fous, toujours, m'ont torturé Tesprit, Me gâtant cette joie ineffable de vivre, Ce bon contentement d'un rien qui vous enivre A vingt ans, à cette heure où tout cède à Tamour ! Et sans doute il faudra, lorsque viendra mon tour, — Tant s'enracine en moi l'illusion première ! — Mourir, ayant le cœur, sans avoir la chaumière.

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