‹ Le livre d'un forestierChapitre 40 sur 42 · LETTRE D'UN SOLITAIRE · texte numérisé non relu

LETTRE D'UN SOLITAIRE

A Gaston Sévrette,

En vain des voix m'ont rappelé, Une blanche main m*a fait signe. J'ai résisté, — le cœur cerclé D'un triple airain, — tranquille et digne.

Car, n'ayant pas fait mon devoir, Je me suis mis en retenue, Seul, attristé, songeant à voir Ma forêt bientôt demi-nue.

Quoique jadis très peu mondain, Me voici retiré du monde.

Nouveau Candide, mon jardin, r/est le vent du nord qui Témonde.

Tout m'a quitté, jusqu'à mon chien Qui trouvait morne Termitage.

Si soupirer faisait du bien, J'exhalerais : c Fleuve du Tage î »

Sous le toit de l'ancien sorcier Dont le hameau garde mémoire, Je poursuis, sombre écrivassier, Uon cabalistique grimoire.

Le plafond bas de la maison

Est rayé de vieilles solives

Et les vitres, — mon horizon ! —

Ont des tons verdâtres d'olives.

Même les souris et les rats Abandonnent le nouveau maître :

Dans le grenier, ces scélérats Ne trouvent plus à se repaître.

Ils sont cruels et pluvieux, Et froids déjà, ces jours d'automne :

Il faut mQ chauffer comme un vieux, Dans le coin où je me cantonne.

Je vais et viens en gros sabots,

c Dans mes bois », comme dit cet autre ;

Mais je goûte un entier repos.

Et je m'y baigne, et je m'y vautre.

Ah ! si j'ai souvent, au printemps.

Abandonné cette tanière.

Et sous les rameaux palpitants Trop fait l'étude buisgonnière ;

Rimeur prodigue, coulumier Du fait, si j'ai, — quelle imprudence ! - Mangé mon pain blanc le premier, A présent, je fais pénitence.

La fantaisie aux frais atours.

Dans un nuage de poussière, Ne me parle d'autres amours Que des amours de la Moussière.

Dans r&tre démantibulé Avec peine brille la flamme...

Je suis pourtant tout consolé :

J'ai gardé du soleil plein l'&me.

Et je conserve, — autre agrément, Quand, quittant un instant la plume, J'entends l'eau tomber lourdement, — L'espoir d'achever mon volume !

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