‹ Le livre de bordChapitre 14 sur 44 · UVRE PB BORD · texte numérisé non relu

UVRE PB BORD

jîîiâme inventé par les femmes qui disent d'une autre femme, pour signifier qu'elle n'est ni jolie m bien faite : c C'est une bonne personne. »

M. Saint-Marc Girardin a la voix la plus stridente et la plus fatigante qu'il soit possible d'entendre ; cette voix, son geste, ses paroles, tout cela produisait un désagréable mélange d'avocat, de pion et de député. Je lui dois cependant personneller ipent de la reconnaissance pour avoir fait applaudir à; l'Académie une phrase de moi qu'il a bien voulu patronner en la prenant sur mon compte et en disant de M. de Çampenon ce que j'avais dit de moi-même dans les Gvêpes :

> J'étais très pauvre" alors, je ne suis pas beau- 7> coup plus riche aujourd'hui, et je n'en suis m » honteux... lii même fier. »

» C'est du reste là un bien petit vol; je n'en parle .que pour remercier deux ou trois journaux qui ont bien voulu reconnaître et réclamer ma phrase, et aussi pour dire que j'ai été fort aise de voir cette phrase se produire devant cette belle assemblée en habit tout brodé de feuillages, en castor neuf et en gants blancs; elle avait ainsi très bon air, et je Ixki ai trouvé des beautés que je ne lui avais pas soupçonnées quand elle était tombée de ma plume.

ï Lorsque Victor Hugo a pris la parole pour répondre, tout le monde a éprouvé un sentiment de bien-être en entendant remplacer la voix aigre d'un vieil immortel par une voix grave, sonore et

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sympathique. Le discours de Victor Hiigo a été jugé par tous plein de pensées élevées et d'images magnifiques. Les compliments adressés à l'im*' mortel mort ont été môles d'une ironie dédai-' gneuse qui n'a échappé à personne et qui a ren-^ contré beaucoup de complices. Victor Hugo a ramassé les débris de M. de Gampenon, immolé déjà par M. Saint-Marc Girardin, et il a encore trouvé place pour quelques coups à porter sur cette gloire déjà si déchiquetée par l'orateur précédent. M. Girardin avait loué Gampenon d'avoir été vertueux, Victor Hugo Ta loué d'avoir été heureux.

» Une partie seulement du discours de Victor Hugo n'a pas exercé sur l'auditoire la même séduction que le reste, malgré la grâce et l'élévation du style : c*est lorsqu'il a déploré le sort que la société a fait aux femmes, et qu'il a réclamé pour elles des droits et une part plus large dans la vie. De tout temps en France, les femmes ont eu le pouvoir et les choses ; les hommes, les titres et les noms ; les femmes ont tout fait ; les hommes n'ont été que leurs éditeurs responsables. Toute gloire, comme tout bonheur, vient des femmes, et je trouve leur part très belle. N'est-il pas plus beau d'inspirer des vers que d en faire? G'est donc bien ennuyeux le ciel, qu'on a tant de peine à empêcher les dieux de venir barboter dans la fange des rues?

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. » Il parait du reste que, de l'usage de faire réloge des académiciais morts, il ne reste plus que le nom ; la chose est tombée en désuétude. Cela s'appelle toujours un éloge; mais c'est un dénigrement peu dissimulé.

» Je n'assistais pas à la séance où M. Viennet a £ait l'éloge de Nodier, ce charmant écrivain que je recette de n'avoir pas connu ; M. Mérimée a été trèç sec dans ses louanges, M^ Etienne a annoncé que, comme ami intime du défunt, il savait sur lui des détails qui avaient dû échapper à M. Mérimée, et, à ce titre, il a dénigré Nodier plus intimement. J'ai cependant retenu trois jolies pensées : deux sont de M. Mérimée ; la troisième, citée par M. Etienne, est de Nodier lui-même : elle joint à la grâce une grande noblesse de cœur, f M. Mérimée veut peindre Nodier, qui se croyait facilement proscrit, parce que c'était pour lui un prétexte roxcellent d'errer par les montagnes; il dit:

c U croyait fuir les gendarmes et poursuivait > les papillons. »

a II ne pouvait voir la pauvreté, dit encore ;& M. Mérimée, sans s'y associer au point de de- » venir pauvre lui-môme. »

» La phrase de Nodier est adressée à M. Etienne, fugitif alors et malheureux :

« Mon cher ami, lui écrivait-il, il vient de me » naître un nouvel enfant; je pourrais lui donner!

>un patronage riche et puissant; mais j'aîme' » mieux un ami malheureux : je vous prie d'être » son parrain. » <

» Ni M. Etienne ni M. Mérimée n'ont fait mentiori de deux ouvrages importants de Nodier : Le roi' de Bohême et ses sept châteaux, Remarqua sur le Dictionnaire de l'Académie, Cette rancune a été jugée mesquine et de mauvais goût. »

Hugo enfin académicien, je lui écrivis pour le féliciter :

c Sainte-Adresse.

3> Il faisait hier une belle soirée, Victor ; j'étais allé voir au bord de la mer le soleil se coucher dans une pourpre plus splendide que ne l'a jamais été celle des rois quand il y avait de la pourpre et quand il y avait des rois.

» On voyait passer à l'horizon des silhouettes de navires noirs sur un fond d'or rouge, et je cherchais à reconnaître un bateau d'Étretat qui doit m'emmener dans quelques heures, non à ses voiles brunes et tannées, qu'on n'aurait pu distinguer à cette heure où les couleurs s'effacent, mais à la lôrme particulière de son beaupré incliné vers la mer.

» Après les couleurs, les formes commencèrent à disparaître. Je vis s'allumer les lumières rouges des phares sur les jetées du Havre, les lumières bleuâtres des étoiles au ciel et les lu^

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loières presque vertes des lucioles dans l'herbe. J'entendais le bruit de la mer qui montait, et je reconnaissais à son parfum une petite fleur jaune qui pousse à foison sur cette côte et qui embaume Voir.

: :» Et je pensais à un de vos anciens ouvrages, à un beau livre, au Dernier jour d'un condamné^ dans lequel le malheureux qu'on juge, en proie à une bizarre hallucination, ne peut détourner ses regards et sa pensée d'une petite fleur jaune qui se balance sur une fenêtre où elle a été semée par le vent ou par quelque oiseau.

» Et je pensai à ces longues promenades que j'ai faites quelquefois avec vous sur les boulevards de Paris, à l'heure où Paris dormait, à ces promenades où nous parlions des magnificences de la nature, que vous aimiez comme moi et dont vous parliez si bien.

» Et je songeai que, ce jour-là, vous étiez reçu membre de l'Académie française. Vous voyez que je vous aime, Victor, puisque, sous de beaux arbres, h travers lesquels je voyais les étoiles comme des fruits de feu, ayant à mes pieds la mer qui rejetait les varechs et les algues de ses prairies profondes où paissent les phoques, assis sur une côte revêtue^ du beau manteau dont la terre se couvre l'été, au milieu de tant de feuilles et d'herbes, au milieu de tant de belles choses vertes, j'ai pu penser aux deux pauvres petites palmes dont vous avez

le droit maintenant d'enrichir le collet de votre habit.

» Vous voilà donc enfin à l'Académie. Vous y êtes entré comme le fils de Philippe de Macédoino entra à Babylone. Mais ne vous semblerait-il pas singulier de lire dans son historien, Quinte-Gurce, qu'Alexandre .ne demanda pour prix de ses victoires que d'être nommé citoyen de la ville de Darius?

» Ne vous ôtes-vous pas un peu laissé faire ce que le Père Loriquet, è Societate Jesu^ voulait faire de Napoléon, que, dans son histoire de France, il appelait, dit-on, le marquis de Buonaparte , général en chef des armées du roi Louis XVIII?

» Je relisais dernièrement un des romans de Walter Scott intitulé le Pirate : c'est l'histoire de Clément Vaughan, qui, après avoir été, pendant plusieurs années, le chef d'une troupe déterminée et le maître d'une frégate au redoutable pavillon noir, s'amende à la fin et devient officier sur un vaisseau de Sa Majesté, où ses supérieurs sont fort contents de lui.

» Je regardais l'autre jour sur une feuille d'un rosier planté au bord d'un ruisseau une goutte de pluie plus brillante qu'une opale ; tout à coup, elle roula tout le long de la feuille et tomba dans l'eau du ruisseau, où elle se perdit.

» C'est par l'individualité que charme un

poète ; vous étiez un tout, pourquoi devenir une partie?

» Il y a un grand nombre de pierres à la base d^une pyramide; il n*y en a qu'une au sommet.

» Le rossignol chante seul dans les buissons en fleur ; les oies volent eh troupes.

» Vous êtes entré à TAcadémie en enfonçant les portes ; en vain vous avez caché votre triomphe, en vain vous avez pris une allure modeste et hypocrite : vos confrères, malgré eux, ont fait comme les' vieilles femmes d'une ville prise d'assaut : elles jettent du haut des fenêtres, sur la tête de l'ennemi, tous leurs ustensiles de ménage.

» Ce n'était vraiment pas la peine de se faire Victor Hugo pour devenir l'un des Quarante.

» Mon pauvre Victor, vous voilà donc enfin l'égal de M. Flourens ; tout le monde dit maintenant que vous voulez devenir député, c'est-à-dire l'un dea quatre cent cinquante.

» De succès en succès, si l'on vous laisse faire, vous arriverez à être l'un des trente-trois millions qui composent la nation française.

» A vous!

Un monsieur, auquel ses parents ont probablement négligé de donner un état, s'est récemment établi Dieu. Il prétend que le véritable Dieu doit être à la fois homme et femme, c'est-à-dire père et mère^ et il s'intitule Mapah, nom formé des preœ. 6

d8 Lfi LiyrjA DB BX)nB

mières syllabes des f\ôux mots maman et pa/)a/Il y a deux ans, les femmes libres adressèrent à la chambré deS' députés tine pétition tendante à ce que le roi Louis-Philippe fût appelé à Tavenir roi des Français et des Françaises. On prononça l'brdre du jour, parce qu'on* objecta que les Fran* çaises étaient comprises dans les Français, et que rien n'empêcherait, si Ton accédait à cette première demande, d'ôtepe bifintôt obligé d^appelefr le roi : roi des Français, des Françaises et des chape^ liers, etc., etc. Le Mapah a accompli ce vœu des femmes libres.

Je n'ai jamais vu ce nouveau Dieu; mais il m'a parlé comme l'autre parla à saint Jean dans le désert. La parole du Mapah coûte trois sous de port. Il m'a envoyé quatre pages sur Napoléon et sur Waterloo; je pense que Dieu parlait hébreu à son peuple : le langage du Mapah m'a semblé être de l'hébreu.

Il a écrit également à Victor Hugo et lui a proposé d'être sous-dieu ou Saint-Esprit. Victor Hugo a refusé ; il paraît qu'il aime mieux être académicien. On ne saurait trop porter à la connaissance du public de semblables traits de désintéressement.

Le Mapah date ses évangiles de son grabat; décidément le métier est mauvais; le royaume des dieux n'est pas de ce monde, et j'admire peut-être trop le désintéressement de Victor Hugo.

Le dieu, m'a-t-on assuré, daigne se manifester dans divers estaminets, où il Éait la Pâque et communie sous les espèces des échaudés et de la bière ; sa foudre se compose d'un rotin, et il s'encense lui-môme au moyen d'une pipe culottée. Il rencontra un jour, dans un café, M. Jules Sandeau, auquel il dit :

— Levez-vous et suivez-moi.

M. Sandeau se leva et s'^i alla aussi vite qu'il put aller.

LA SOCltri pX tAUVCTAOK DO « TtUMAQUK >. — LIS MILLIONS OB L*A1I- CaiSVÊOOB* -^ rCCLAMATION bCTlCTON HUOO au tVJKT DC L'OMtSSlON DU ffOM ,DB SOU PÈRK BVK L'a^C Qf ,TM0MPIIK. — LE VICQMTB BUOO PAIR Oe FRANCB — UNK LOTERIE D*AUTOOHAPHES. — « LES BURQRAVES • ^ LE J»UlA^C DU THiATI|B'*rRANÇAIS. •• RéCEPTIOM DE SAlKTE-BEUVB A L'ACAOéMIB* — LES FEMMES SOUS LA COU l'OLE OE L'IJISTITUT

Vers 1793, je crois, un navire appelé Télémaque sombra devant Quillebœuf, près du Havre de Grâce. On fit plusieurs récits à ce sujet. D'immenses richesses, dit-on, avaient été cachées dans ce navire, dont le chargement de bois de construction n'était qu'un prétexte. Plusieurs millions et une énorme quantité de vaisselle d'argent étaient enfouis dans les flancs du vaisseau submergé. Deux sociétés par actions s'étaient, depuis quelques années, fondées pour le sauvetage du. Télémaque. Le gouvernement avait mis de son côté toute la bonne grâce possible; il avait fait l'abandon de la part que la loi lui accorde, ne réservant qu'un cinquième pour les invalides de la marine, et c le droit d'acheter, par préférence, les objets d'art qui pouvaient se trouver d^ns le vaisseau ».

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La première tentative n*avait pas réussi. La seconde société semblait être plus heureuse, et on avait vu le navire sortir du sable et paraître à fleur d'eau.

On avait pensé alors à émettre les actions qui restaient encore.

— Allons, messieurs, on voit le navire. Voulezvous marcher sur le pont? vous n'aurez de l'eau que jusqu'aux genoux. Prenez des actions. Chaque action donne droit à une part proportionnelle dans les immenses richesses probablement cachées dans le Télémaquej — dans le Tétémaque sur lequel vous marchez; prrrrenez des actions!

Mais bientôt un bruit courut dans la ville du Havre : «Victor Hugo ne veut pas qu'on achève le sauvetage du Télémaque. »

Et pourquoi Victor Hugo ne veut-il pas?

Voilà la chose :

Victor Hugo s'est présenté avec son frère, M. Abel Hugo, chez l'agent de la société à Paris, et il a fait opposition au sauvetage du Télémaque^ parce qu'il y a dedans quelques millions y déposés par un oncle de ces messieurs, appelé archevêque Hugo. Ils réclament leurs millions.

Cela fit grand effet.

— Victor Hugo a tort, disaient les \xm.

— Victor Hugo a raisoii, répondaient lés autres,

— Il y a prescription, s'écriaient ceùt-là.

-^ Il n'y a pas prescription, Répliquaient ceùx-Kîi.

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— Il y a plus de trente ans.

^- Oui, mais il n'y a pas eu de nouveau propriétaire en faveur duquel on puisse invoquer la prescription; l'espace écoulé n'est qu'une parenthèse dans la propriété. Victor Hugo est dans son droit.

Et quelques-uns disaient :

— Vous voyez bien qu'il y a dans ce navire des richesses inûnies, puisque la famille Hugo seule réclame déjà des sommes énormes. Prrrrenez des actions!

J'allai alors à Paris, et je demandai à Victor Hugo, comme on se le demandait au Havre :

— Ah çà! pourquoi ne voulez-vous pas qu'on amène à terre le Télémaque ?

A quoi Victor Hugo me répondit qu'il ne connaissait d'autre Télémaque que le fils d'Ulysse, le Télémaque de Fénelon; qu'on en pouvait bien faire ce qu*on voulait, qu'il ne s'en souciait en aucune façon et ne le lisait pas.

Je lui appris alors de quoi il était question; il fut très étonné, ne renia pas son oncle l'archevêque, mais m'apprit qu'il était mort depuis plus de cent cinquante ans, et que, par conséquent, il n'était pas probable qu'il eût mis ses richesses sur le Télémaque en 1793.

« Le Télémaque est toujours entre deux eaux, disjé alors; mais je suis heureux de faire savoir aux habitants du Havre que Victor Hugo ne s'oppose pas à ce qu'on amèn^ le Télémaque à terre, ne fût-

LE iiTios D^' sonix iOQ

ce que pour voir en quel état se trouvent les tableaux que le gouvernement s'est réservé le droit d'acheter. Ce qui m'inquiète pour la conservation de ces tableaux, c'est qu'un de mes amis m'a apporté, un anneau de la chaîne de l'ancre du Télé-^ maque^ et que cet anneau est à moitié rongé. »

Quelques mois après, je disais :

« Le Télémaquej dont nous avons parlé dans le dernier numéro des Guêpes, est encore sous l'eau avec ses immenses richesses, y compris les millions de Victor Hugo ; M. Taylor, entrepreneur du sauvetage^ a pris la fuite, abandonnant, sans les payer, trente-cinq ouvriers qu'il avait fait venir d'Angleterre; ces malheureux ont travaillé pendant cinq ou six mois et restent sans pain, sans reâ^ sources, et dans l'impossibilité de retourner chez eux. On assure que le Télémaque n'a pas bougé de place et qu'il est tout aussi enterré dans le sable qu'au commencement de l'opération ; au dernier moment, et pour faire prendre encore quelques actions, on aurait fait marcher quelques personnes sur un plancher soutenu entre deux eaux, en leur persuadant que c'était le pont du navire. »

Lorsqu'il fut question d'inscrire, sur Tare de triomphe de l'Étoile , lès noms des gloires de l'Empire, on avait lieu de croire que la chose se ferait sans étourderie, et que la liste des noms à graver serait la suite d'un mûr examen.

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Pas le moins du tnonde ; on a écrit des noms d'abondance et au fil de la mémoire, de telle sorte que les réclamations sur de graves oublis se sont fait entendre de tous côtés.

D\ine lettre adressée à la postérité, on n'aurait pas dû écrire le brouillon sur la pierre. C'est él^ Ter à l'état de monument et la gloire d*une gêné* ration et la saugrenuité d^une autre. Toujours estil que cela fut fait ainsi.

Une réclamation surtout fit beaucoup d'eflët; c'était celle de Abel Hugo, au nom de son père :

€ Il y a un des plus nobles et des plus honorables généraux de la République et de l'Empire que l'ancien roi de Naples et d'Espagne, le frère de Tempeteur, le roi Joseph, appelle encore dans ses corcesdances particulières son meilleur ami ; un homme qui se distingua brillamment au siège de Gaête, qui organisa le royaume de Naples de concert avec Joseph Bonaparte; qui, gouverneur de la province ^'Avellino, chassa, battit et saisit au corps le fameux FraDiavolo, qui le jugea l'homme le plus tenace et le plus redoutable auquel il ait jamais eu à faire ; un homme que le roi Joseph Bonaparte, fait par son frère mi. des Espagnes et des Indes, crut indispensable à Faifermissement de la domination française en Espagne, et qu'il appela à Madrid comme grand majordome du palais d'abord , et ensuite en qualité de gouverneur des provinces d'Avila et de Guadalajara;un homme qui se montra avec éclat à

Valdajos, à Hita, à Cîfuentes; pn brave et iptègre général de la République, qui reftisa sivec jadignation plusieurs fois, et au vu de ses soldats» des millions que lui fit offrir Teimenn pcw livrer le drapeau de la France; qui ne reçut ses^ grades que un à un, qui ne se laissa qu'à son corps défendant créer par le roi d'Espagne comte de Cifuentes et marquis de Siguenza; un hoçune enfin auquel l'empereur, à deux reprisjBS différentes, confia, comme au seul capable de la bien défendre, Thionville, un des boulevards de la frontière, en 1814 et en 1815; qui s'y immortalisa deux foia. qui y soutint un bombardement et se défendit jusqu'à la der* nière heure avec un courage héroïque, après avoir fait dire aux parlementaires ennemis « qu'il s'en- B sevelirait sous les ruines de Thionville. plutôt que » de livrer la place aux généraux prvissiens ». Cet homme, ce noble et modeste soldat, c'est M. le général comte Hugo. »

Le second fils du général, Victor Hugo, vit avec étonnement, chagrip et indignation, que le nom de son père n'était pas sur l'arc de triomphe.

H publia un volume de poésies, les Voix inié^ rteures, et le d^dia d son pèrey JosepJi^Léopold-Si^ gismond^ comte Hugo, oublié sur Varc fie iriomplie dû V Étoile.

Le volume paraît le 24 juin 1837,

27 juin, Victor Hugo, en rentrant chez lui, trouve dans son salon un tableau de grand prix que

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H. -le duc et madame la duchesse d'Orléans lui envoient en signe d*admiration et de sympathie. , Le duc et la duchesse d^Orléans donnèrent en toute occasion des marquas d'estime affectueuse à l'illustre poète, et, s'il dut de lu reconnaissance à XiQuis-Philippe, qui le créa pair de France, il en dut plus encore peut-être à là duchesse d'Orléans^ qui eoleva, dit-on, presque d'assaut cette nomination.

La nomination de Victor Hugo à la pairie fut, du reste, presque partout très bien accueillie. Cependant un journal radical, — Hugo s'était alors, à l'occasion, fort éloquemment montré opposé à ces prétendues doctrines, — en lisant l'ordonnance, découvrit que Victor Hugo était vicomte. Le journal s'indigna et s'écria : « Vicomte! il ne manquait plus à Victor Hugo que ce ridicule I »

Je dus te défendre contre cette terrible accusation.

Je voudrais savoir, dis-je alors, combien des amis 4udit journal, s'ils avaient eu le malheur de naître vicomtes, auraient laissé à un hasard le soin de l'apprendre au public, après vingt-cinq, ans de célébrité.

On est convenu depuis longtemps qu'un chiffonnier est l'égal d'un duc; mais il faut pour cela qu'un duc soit l'égal d'un chiffonnier. On ne choisit pas son père, on n'est pas responsable de sa naissance.

Ce n'est pas la naissance, C'est la seule Tertu qui fait la différence.

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Pourquoi cette nouvelle aristowatiesi exclusiVafF Tout le monde ne pôut.paâ être hé serrurier comme les héros de madame Sànd. Pourquoi un vicomte, s'il est honnête homme, s'il a du talent, serait-il si fort au-dessous d*un menuisier'? Ne peut-on tk^cheter cette infériorité originelle par une bonne, conduite et par son travail ? ' :

Des exemples de tolérance ont été donnés de lios iours, cependant, par raristocrâtie de répicerieet de la rouennerie. On ôitfe tel ferblantier qui a bravé le inréjugé au point de donner sa fille à un marquis. Un marchand de chandelles fort connu n'a pas hé-* site à laisser épouser à son fils une fille de dlio; mais, dans ce dernier csè^» il faut dire que, la feomie prenant le nom du mari, la famille du marchand dl» chandelles ne s'est pas trouvée ennoblaiUée. .

Voltaire, et bien d'autres avant et après lui,,ént plaidé pour l'égalité des conditions . ]

Voltaire dit, daiis NaMne, des dboses qui se peuvent dire aux gens qui ne pardoiirï^it pas^iK Victor Hugo d'être vicomte :

Mais son état... fi est trop ^a-dessus.

Fût-il plus bas,

{c^est'à^dire fût-il eçmte^ mçtrquis ou duc) Je Ten aimerais plus.

Et puis disons tout : Vict&r Hugo. est vicomte, c'est vrai ; mais ce n'est pas sa faute : son père a ^té un brave général qu'on a fait comte après de nombreuses campagnes où il s'était bien battu. Victor

Hugo n*était peut«étre pas né alors; il n'y est pour rien : on a bien assez à répondre, de ses actes, sans avoir à répondre de ceux de ses pères.

Je retrouve dans un journal du temps une autre circonstance où la « bru du tyran » montra une glorieuse sympathie au futur radical :

« On a tiré, chez madame la vicomtesse Victor Hugo, une loterie d'autographes, au bénéfice de la crèche du huitième arrondissement, dont madame Hugo est patronnesse. Madame la duchesse d'Or-» léans, à laquelle madame Victor Hugo avait demandé un autographe, a envoyé par madame la duchesse *** un lot composé de deux volumes richement reliés, sur l'un desquels , avec une grâce et un tact parfaits et cet esprit qui vient du cœur, elle avait transcrit de sa main une dizaine des plus besuix vers de Victor Hugo. Ce lot, gagné par M. **% a été offert à madame Hugo. »

On a beaucoup et avec passion parlé dans le temps de la trilogie des Burgravea. U y a un pro* verbe turc qui dit :

< On ne jette pas de pierres à l'arbre stérile. )*

Je soutins alors ce que je maintiens aujourd'hui : que lé drame des Burgraves est un des plus beaux ouvrages de Victor Hugo, et je lui écrivis dans les Guêpes : ■

€ Vous êtes un peu soldai, -«on cher Victor, et vous aimez la lutte et le 4miâMt, comme cela est

LE LlVafi DE ,BQR0 iûd

naturel à ceux pour qui le; combat n-ëst que le premier acte d'une pièce qui. s'appelle Ja victoire.

» Sans cela, n'aimeriez-vous pas mieux faire vos beaux livres que dé vous livrer ainsi en pâture au public du théâtre? ce public du théâtre, où chacun veut être un peu acteur, où l'on ne se contente pas d'avoir une opinion et d'éprouver des sensationsi^ mais où l'on veut les montrer, et où cofiséquem*ment on ne montre pas ropinion que l'on a et les sensations que l'on éprouve, mais l'opinion et les sensations que l'on suppose devoir produire le plus d'effet.

» N'est-il pas vrai que, si, pendant une conversation à deux, — une de ces conversations où les pensées sortent de la tête et du cœur avec un doux murmure, — n'est-il pas vrai que, s'il survient une troisième personne, quelque aimée qu'elle soit des deux autres, la conversation est arrêtée subitement et se porte sur d'autres sujets?

' j» Il me semble que c'est ainsi qu'écrit le poète.

:» Le public, au moment où il pense et écrit, c'est un ami absent.

]» C'est une femme qu'il a vue une fois à une fenêtre.

» C'est un de ces amis inconnus que l'on découvre, après les avoir vus pendant dix ans, un soir que, sortant ensemble d'un théâtre ou d'une soirée, on s'est reconduit trois ou quatre fois l'un après

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