‹ Le livre de bordChapitre 41 sur 44 · A. MAQUET · texte numérisé non relu

A. MAQUET

Ceci est une lettre de Maquet. C'était celui qui, du temps du cénacle de l'impasse du Doyenné, s'appelait Augustus Mac-Keet.

Je l'avais bien accueilli au Figaro; puis j'avais conseillé à Dumas de le prendre avec lui pour l'aider dans certains travaux* Maquet à côté de Dumas avait montré du t^dent, et Dumas avait placé son nom avec le sien à je ne sais quelle pièce; j'avais écrit dans les Gt/t(pe$ : « Par un acte

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« en cinq actes >, Alexandre Dumas vient de reconnaître c Auguste Maquet ».

Maquet se le rappela pendant quelque temps.

En voici une autre, de Dumas, je ne sais plus à quel propos :

« Cher ami,

» Je ne connaissais pas ton nouveau domicile.

» Je suis avec deux charmantes femmes qui trouvent ta lettre si jolie, qu'elles s'engagent à ne te rien refuser de ce que tu leur demanderas si jamais tu les rencontres.

> A toi I

> Emma — Natalie. »

< Mon cher voisin,

» Ida a été engagée vendredi à la Comédie-Française; elle doit y débuter au mois de septembre prochain; soyez assez aimable, si vous avez conservé quelques relations avec le Corsaire, pour y envoyer une note.

:» Nous nous serrons les deux mains, chacun une.

» Mille amitiés !

» P. S. — Je ne vous parle pas de votre Figaro; ami Gérard s'en charge. »

Il s'agit ici d'Ida Ferrier, une personne belle et intelligente, avec laquelle il fit bon ménagejusqu'à

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ce qu'il l'eut épousée; longtemps après, plus de vingt ans, il répondait la letlte suivante à l'annonce! que je lui faisais d0 la mort de s^ femme :

« Mon bon ami,

» J'étais près de ma fille à Châteauroux, quand ta lettre est arrivée; je l'ai trouvée K mon retour.

3^ Merci ! (Ici quelques considérations un peu avancées sur le veuvage.)

» Madame Dumas était venue à Paris il y a un an et s'était fait payer sa dot, 120,000 franès.

» J'ai son reçu.

» Je pars pour la Grèce, la Turquie, l'Asie Mineure, la Syrie et l'Egypte ; je t'embrasserai, j'espère, en passant à Nice.

> Atoil

Nous en trouverons d'autres,

Dumas, pour se mettre au travail, ôtait son habit, son gilet, et se mettait en manches de chemise, comme un honmie qui va 0. en abattre :», qui va fendre du bois, et il en fendait.

Combien de fois des gens qu'il connaissait à peine de vue en anïenaieùt d'autres à souper chez lui, et Dumas les laissait manger et boire, et restait dans son cabinet à travailler pour gagner ce souper qu'on dévorait joyeusement.

3^ IiE UVEJi-OE^BORI)^

Dans les commencements que je demeurais. ii Nice, je reçus un matin une liBttre d'un homme que je n'avais jamais vu,* mais dont j'avais lu plur^. sieurs fois le nom assez long ou allongé, figurercomme secrétaire de la rédaction dans un journal, }e Mousquetaire^ je crois, que faisait alors Alexan* dre Dumas.

« Monsieur, m'écrivait cet incqnnu, je suis le secrétaire de M. Alexandre Dumas; je lui ai demandé un congé que nécessitait ma santé pour passer, deux mois à Nice; mais voici que je reçois une dépèche de lui; il m'écrit de partir immédiatement, et d'arriver dans le délai strictement nécessaire pour une besogne urgente.

' » Notre grand homme, dont la plume sème, l'or, ne pense pas que je n'ai pas d'argent pour, ce voyage subit ; je viens vous prier, vous son intime ami, de me prêter, c'est-à-dire de lui prêter à lui, la petite somme nécessaire ; elle vous- sera renvoyée aussitôt mon arrivée, »

Je donne l'argent, et je dis à mon homme :

' — Ne vous donnez pas la peine d'envoyer à Nice ; faites remettre la chose chez mon ami Gatayes, qui demeure à Paris et a de temps en temps quelques payements à faire pour moi.

— Comme vous voudrez I ^ — Bon voyage !

Je n'en entends plus parler ; ^mais à quelque temps de là, écrivant à Gatayes, je loi demande

sllareçu pour moi, d'un monsieur tel, une somme d*ai^ent; il n'avait rien reçu; longtemps après, me trouvant avec Dumas, je lui parle de son secré* taire.

— C'était un coquin, me dît-il; il venait chez moi tous les içatins ; au bout de quelque temps, je m'aperçus que quelques louis que je jetais le soir en rentrant, et en vidant mes poches sur la cheminée, se trouvaient en moins grand nombre que je le supposais; je repoussai d'abord le soupçon ; je ne comptais guère, et je pouvais très bien me tromper ; cependant, la chose se répétant, je voulus en avoir le cœur net. Un soir, je mets sur la cheminée une poignée de louis que je compte soi* gneusement, et j'en écris lé compte sur un bout de papier ; le matin, mon homme arrive comme de coutume : il s'installe à une table ; moi je me lève, et, sans affectation, je sors plusieurs fois de la chambre ; je vais dans mon cabinet de toilette, etc. ; à un de mes retours, je jette les yeux sur la cheminée, il manquait trois louis.

— Eh bien?

— Eh bien, je me sentis rougir, pâlir : je ne parlai pas, parce que je sentais que ma voix aurait tremblé ou m'aurait écorché le gosier ; et j'attendis anxieusement qu'il s'en allât ; son départ me soulagea ; le lendemain, on lui dit que je n'avais pas besoin de lui ce jour-là ; je ne l'ai pas revu.

J'arrive un jour à Paris ; je cherche Dumas : il m. 17

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demeurait alors à la Maison d'or; je: monte quatre â quatre, et j'entre.

- — Tiens ! Alphonse I Tu arrives à propos ; as-tu de l'argent?

— Oui.

— Est-ce bien vrai ? Cest que j'en ai, si tu n'en avais pas

Et il ouvre un tiroir,

— C'est très vrai; j'en ai autant qu'il m'en faut pour mon voyage et mon séjour.

— Comment se fait-il que nous ayons tous les deux de l'argent à la fois? C'est fâcheux! ça aurait été ça de sauvé, car ça va bien vite disparaître.

Un jour, Dumas arrive au Havre et se loge à Frascati, un très bel hôtel, dirigé alors par un «ancien officier. Le lendemain, il prend un bateau, pour venir me voir à Sainte-Adresse, trois quarts d'heure de chemin, quand on a pour soi le vent et la marée; il n'y avait pas de vent, et la marée contraire; il faisait un «oleil ardent; on était déjà depuis deux heures en mer, et on n'était pas près d'arriver. Dumaè mourait de soif; il avise un yacht mouillé en rade; il donne l'ordre d'accoster, et là, appelant quelqu'un du bcnrd, il demande la charité d'un verre d'eau ; un matelot disparaît, revient avec des verres et deux bouteilles de vin, dont une de vin de Champagne; Dumas, un peu étonné, laisse faire ; on débouche la .bouteille,- on lui verse un

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