I M II
vage, et une sérénité apparente qui venait de ses fréquentes dtstraciicms, distractions qui faisaient parfois, à Timagiiiation, abandonner ce beau corps pour aller errer on ne sait oCi, mais probablement plus haut que le pavé des rués.
Charles était un assez beau jeune homme, vivant, bruyant, très épanoui, effarouché, effarouchant, la l^rcde allant souvent plus vite que la pensée, res* sen^lant à la fois et à sa mère, qui était très belle, et à son oncle Foucher, qui était extrêmement laid, lesquels, le frère et la sœur, se ressembkûent, au grand étoimement de ceytx qui s'en apercevaient.
Toto, plus distingué et d'aspect et d'esprit, réfléchi, studieux^ plein de tact et de mesure.
Charles, plus brillant, Toto ayant plus de charme, tx>mme Didine en avait plus que Dédé, qui était cependant beaucoup plus belle.
Quant à Hugo, ses cheveux longs, alors rejetés en arrière, découvraient entièrement un vaste et beau front un peu bombé; rasé, le menton bleu ^Kmime un prêtre ou un avocat; les yeux petits, brillants par moments, regardant souvent en dedans.
Je me souviens que lors de sa réception à l'Académie, où il récita très bien un beau discours, Toto faisait cette remarque dont j'ai depuis observé la justesse :
— Papa, dit-il, a un grand avantage dans les situations embarrassantes, il rougit... en blanc.
78 LE LIYlkE DE jDORD
Hugo s'habillait simplement, :et à peu prè^t comme tout le monde, un mérite à une époqpi^ où tous, jeunes poètes, jeunes peintres, jeunes sculpteurs, jeunes musiciens, nous ressuscitions les costumes du moyen âge, ce qui excitait la haina des bourgeois et même du peuple; trois ou quatre fois, la fantaisie lui vint de chercher la mode; trois ou quatre fois, cette fantaisie fut malheureuse. Il se trompait de mode et d'année; il a porté, pendant deux ou trois ans, des pantalons qui n'avaient fait qu'apparaître, échancrés en ogive sur la botte et tirés par des sous-pieds en métal, semblables à une gourmette de chevaL
Le Ipgement était très beau : des chambr^ vastes et élevées dans une de ces grandes raaispris bâties sous Louis XIII ; une profusion de ces meur blés de diverses époques, en bois sculpté, quç Victor Hugo a tant contribué à mettre à la mode. Des panoplies, des tapisseries, des tableaux, dep sculptures, des potiches de la Chine et du Japon^ des faïences anciennes, donnaient à ce séjour un^ sorte de majesté sévère et calme. , ....
Tous les soirs, au dîner de la famille, — Hugo np jnangeait jamais dehors, —^ un repas simple ïîjais abondant, en vue d'un ou deux ou trois amis , qui jiouvaient toujours arriver et pour lesquels on ne faisait qu'écarter deux chaises et mçttre un couvert, ce qui constituait une réception cordikïè, sans qu'on vît jamais la maîtresse de la mai§pji
IB UTR^ M, Boap 79
surprise, anxieuse, essoufflée; ]ia conversatioix.la
.plus variée, la plus intéressante, presque toujours
une gaieté franche, spirituelle, allant parfois jus-
'<iu'au rire éclatant. Hugo alors était extrêmement
,gai, quelquefois même jovial.
Un soir, Gatayes ét^t venu avec moi à la place Royale. Hugo et lui se reconnurent; ils avaient été , camarades d'enfance dans je ne sais quelle petite école. Gatayes, depuis, venait assez souvent dîne' avec moi à la place Royale; sa présence mettaiparticulièrement Victor Hugo en jeunesse et . er gaieté.
Un soir, nous arrivons vers sept heures; nous trouvons madame Hugo à table entre ses deux filles ; les deux garçons étaient au collège. Hugo, 3on chapeau à la main, allait sortir.
: — J'espère, nous dit madame Hugo, que vous «e v^nez pas diner? ,
— Au contraire, nous venons dîner.
-. -T- Mais, malheureux, c'est aujourd'hui vendredi saint. J'envoie Victor dîn^er dehors, et je n'ai que trois poissons rouges, des grondins, pour nijes fllles
-et pour moi. <
> . — Ah I c'est comme ça, dit Hugo, en posant son chapeau et ôtant ses gants, il n'y a pas à manger , pour nies amis. Eh bien^ je le partagerai avez eux; ,je m'embarque avec eux sur ce, radeau de la Mé-
t. Madame Hugo envoyé en toute bâte, un dômes-
«0 'li^LirfBif WfiBèrfD
tique chercKelr k^ pair ittipossible, bh ne troureraiit pas quelque chose dans lé fà\ù)0\xtg.Le domestique ne revint qu'à dix heures et demie; mais nous ne l'avions pas attendu, nous avîonif fouillé les armoires où on entassait foute sorte de présents, parfois anonymes, qu'on çnvoyaît à Hugo; nous trouvons de vieille bouteilles dé vins plus ou moins inconnus, une bouteille de vin chinois, entre autres, que noUs vidâmes entièrement, parce que Gatayes voulait emporter la bouteille.
Nous exhumons dû fromage, dès pommes, des figues de Smyme, des raisins secs de Malaga, des biscuits, des bonbons, et nous faisons lé plus gai et le meilleur cUfaer qu'on puisse imaginer.
Ce jour-là, au milieu des joyeuses saillies et dés récits les plus variés, Hugo nous raconta que, longtemps auparavant, ses deux garçons, tout jeûnes, 5taient envoyés à l'école — comme Gatayes et Hugo trente ans auparavant — beaucoup plus en tue de la tranquillité de la maison qu'en vue de leur instruction.
Un jour que Hugo était dans son cabinet, il entend des voix qui chantaient, et les chanteurs marchant d'un pas cadencé; on montait l'escalier.
— Mais ce sont des voix que je connais ! ce sont les voix de Charles et de Toto ! Mais ils sont partis pour l'école et devraient y être et non ici.
Cependant le bruit se rapproche, et on distingue
, ^«^ .LIYAE DE > BQRD Hl
les paroles d'une sorte de mélopée 9ur la mesure de laquelle on marchait :
Le maître est mort* Ta pas d^école.
. Y a pas d'écoïtk
Le maître est mort.
Le maître -est mort.
/ Y a pas dCéfiiMf ato.
Ils étaient partis h Técole^ et, en apprenant cette heureuse nouvelle qui levir donnait un congé, ils rentraient à la maison^ sfeuls & travers les mes, toujours du même pas cadencé et chantant la même chanson.
J'ai dit que Victor Hugo était gai; je m'en rappelle quelques exemples,
C'est une chose réellemei^t curieuse que l'aspect été fpunnilière que présente Paris, vu, du sommet des tours de Notre-Dame : tous ces petits hommçs, agitant leurs petites jambes, allant à leurs petites affaires ou à leurs petits plaisirs, se pressant, se coudoyant, se heurtant presque uniquement pour s'enlever les uns aux autres de petits ronds de métal dont le plus gros ne pourrait, de cette hauteur, être aperçu par l'œil le plus puissant.
il y avait, dans la cage de charpente d'une des cloches, une curiosité dont Victor Hugo n'a pas parlé dans Noire Dame de Paris : c'était une balançoire très suivie par les enfants du quartier ; on avait TU plus d'une fois le poète assister à cet exerqice
82 lE LIYllE DE BORDi
"avec coraplaisance; la balançoire a été supprimée. Un ami de Victor Hugo vint solliciter sa voix — il était alors et enfin de l'Académie — pour monseigneur Affre, alors archevêque de Paris, qui se mettait sur les» rangs.
— Dites-lui, répondit très sérieusement Hugo, qu'il ne peut compter sur ma voix que s'il fait rétablir la balançoire. . , .
Hugo, qui porte toute sa barbe depuis qu'il est radical, comme il portait un képi pendant le siège, en ce temps-là était très correctement rasé; il avait uii barbier qui causait beaucoup et qui, entré autres sujets de discours, parlait fréquemment de sa femme, ne manquant jamais de dire c mon» épouse ».
Un jour, Hugo, impatienté, lui dit :
— Pourquoi donc appelez-vous toujours ainsi madame Ledru ?
— Mais, répondit le barbier, comment voulezvous que j'appelle ma femme?
Le même barbier fut fort effrayé lorsqu'il apprit, en 1839, des commères du quartier, que le monde allait finir. Tout en rasant Hugo, il lui fit part dé ses terreurs.
— Ahî mon Dieu, lui dit-il, on assure que, Fan prochain, le monde va finir. Le 2 janvier, les bêtes mourront, et le 4 les hommes.
— Vous m'effrayez, dit Victor Hugo; qui doncr alors me rasera le 3?
Victor Hugo donnait un jour, dans la rue, le bras h une très jolie femme, que je pourrais nommer, et se trouva arrêté devant la porte de Timprimerie royale par un embarras de voitures ; ils étaient surtout serrés contre les bornes par une calèche, d'où une femme vieille, laide et fardée, les regardait avec Tair du plus profond mépris. Le poète, inspiré par le voisinage de Timprimerie royale qu'habitait, en qualité de directeur, le poète Lebrun, auteur de la tragédie de Marie Stuart^ et en parodiant ces deux vers très connus :
Si le Ciel était juste, indigne souveraine.
Vous seriez à njes pieds, et... je suis votre reine,
s'adressa tout haut à la vieille dame et lui" dit :
Si le Ciel était juste, ô marquise Pimbêche,
Vous seriez dans la crotte, et nous dans la calèche.
Charles Hugo, encore enfant, manifestant un jour quelques prétentions présomptueuses, finit par dire : / .
— Enfin, je suis un homme.
— Toi, un homme ! répondit le père ; sais-tu ce que tu es? Je vais te le dire : Tu es un aspirant sous-galopin. ^
VICTOR BrOO CAÎ<or»AT A L*A€AÏ>éMllek -^ MOU ÔPItClON A CB niOPM. •** IL SBT iLU AFRÈS AVOIR ÉCHOUÉ ÇONIRE M. FLOURBNS. -^ 8ÉANCE DK 8A RéciPTIOR. — VUE DB L'ACADÊMIIj PRISC DE SAlMtE-ADASSBC. — L£ MAPAR.
Hugp, quoiqu'il fût le porte -étendard de la révolution romantique, ne renonçait pas cependant au but où tendaient les classiques. Il voulait être de l'Académie,, et son opposition ne devait avoir pour résultat que d'y arriver un peu tard et par un chemin de traverse, comme faisaient les voyageur^ en diligence qui gravissaient une côte, une colline dure, mais rattrapaient la diligence par un raccourci,
Je voulais qu'il s'abstînt.
On publia ces vers, de je ne sais qui, après une des circonstances où sa candidature fut repoussée; c'était un pastiche de quelques vers un peu rocailleux qu'on lui reprochait :
Oà; 6 Hago, huchera»>tu tdnnoBi?
Justice «ncor que faite ne tVt-on?
Quand donc au corps qui*acddéuiique on nomme
MoDterasrta de roc en>QC^ roirQ laomme?:
LC LITBB DB BORD 85
C'était encore à Tépoque d'une des candidatures de Victor Hugo à l'Académie. Victor Hugo s'était présenté déjà cinq ou six fois ; ses collègues d'aujourd'hui l'avaient déclaré indigne d'entrer dans leur compagnie. Victor Hugo se présentait cette fois pour succéder à M. de Quelen, et il avait de grandes chances de succès.; Deux ou trois jours avant l'élection, les journaux du soir contenaient une Roto conçue en ces termes : c II parait à peu près certain que c'est Victor Hugo qui succédera à monseigneur l'archevêque de Paris. » Cette phrase tomba, par hasard, sous les, yeux de mademoiselle.Dupont, l'ancieine soubrette de la Comédie* Française, qui lisait le journal dans sa loge, tandis qu'on la coUTaît; elle lut la phrase, la relut, se frotta les yeux, la relut encore, puis tout à coup elle entra, le journal à la main, au foyer, où se trouvaient dix ou douze de ses camarades.
— '• Par exemple, voilà qui est trop fort, s'écriat-elle; je vous annonce une drôle de nouvelle. Certes, Victor Hugo a du talenit, je ne dis pas le contraire ; mais, c'est égal, je n'aurais jamais cru cela. Allons, il ne faut plus s'étonner de riéù maintenant. Ne vollà-t-il pas Victor Hugo qui Va être nônimè archevêque de Paris I
J'écrivais après un de ces échecs : >
c Qu'allait donc demander Victor Hugo à l' Académie? Il reconnaît donc l'Académie? Il admet donc son autorité littéraire? U pense donc que la
86 ifQ iriVR^ DEf houd
réputation dHin écrivain a besoin de sa sancrtion?
» Mais, alors, il fallait être conséquent : quand un orfèvre se propose de présenter ses ouvrages au contrôle de la Monnaie, il a soin de les mettre au titre qu'elle exige. Victor Hugo a-t-il pensé à TAcàdémie en écrivant ses plus beaux livres"? Pourquoi demander la voix des gens dont il n'a pas cherché le suffrage? La révolte de Victor Hugo ressemblait -elle donc à l'incorruptibilité de tant d'hommes politiques, qui n'a pour but et pour résultat que de les faire acheter plus cher?
» Je comprendrais le besoin d'une sanction imposante pour un écrivain qui pourrait douter de laimême et de son succès ; mais aucune formule de la louange n'a manqué à Hugo. Elle a trouvé moyen d'aller jusqu'à l'exagération, quoiqu'il faille monter bien haut pour qu'une louange donnée à Victor Hugo soit de l'exagération.
» Vous voulez des honneurs? vos honneurs, ô poète I c'est de faire battre de jeunes et nobles cœurs au bruit de vos beaux vers ; c'est de faire . répandre de douces larmes à cette femme si belle sous les lilas en fleurs, et de lui traduire ces pensées Confuses qui s'épanouissent dans son âme au milieu du silence et aux premiers rayons du printemps ; c'est de verser un baume salutaire ;sur les blessures du coeur ; c'est de dire aups^uvre
£e tIVRt: DE BORD ^7
mai c6 que la nature lui a réservé dé richesfees
gratuites.
' » Victor Hugo ! Victor Hugo I est-ce que votre
royaume serait de ce monde?
» Mon Dieu, est-ce qu'il li'y a pas de poètes? ' i Est-ce que tous ceux-là sont des menteurs, qui disent en vers et en prose qu'ils aiment mieux les violettes que les améthystes, les gouttes de rosée que les diamants, le bandeau des cheveux bruns ffxme jeune fille que le diadème des rois ?
3> Est-ce qu'ils sont des menteurs, ceux qui disent en si beaux vers qu'ils préfèrent la voûte étoilée du ciel aux plus riches lambris, qu'ils ne reconnaissent de véritable grandeur que les merveilles^ de la nature, qu'ils n'admirent aucune pompe royale à l'égal du soleil d'automne qui se couche dans son lit somptueux de nuages rouges et violets?
» Est-ce qu'ils n'existent pas, ces hommes que j'ai tant aimés sans les connaître, ces rois de l'intelligence, qui trouvent dans leur cœur et dans leur génie des trésors qui les rendent si supérieurs aux rois de la terre? est-ce que toutes ces belles pensées sont des mots et des phrases qu'ils ven- 'dent le plus cher possible, pour acheter, avec le prix qu'ils en retirent, tout ce qu'ils font semblant de mépriser? .
». L'Académie a repoussé Victor Hugo pour ac- Ittueillir. dans son sein M. Plourens, médecin et secrétaire de l'Académie des sciences. ^
98 lis, IilVRE I>S>IIO]ip
» M. Flourens n'est connu dans Ips litres que par la nomination de TAcadémie.
» Les académiciens se défendent contre les reproches qu'on leur adresse et citent des précédents qui constatent que le secrétaire de l'Académie des sciences a très souvent été admis par l'Académie française,
» Oui, certes, messieurs ; mais les secrétaires /de l'Académie s'appelaient alors, non pas Flourens, mais Fontenelle; non pas Flourens, mais d'Alem-* bert ; non pas Flourens, mais Condorcet ; non pas Flourens, mais Cuvier.
» Le secrétaire de l'Académie des sciences était» dans ce cas-là, non pas simplement un S£ivan^ mais un grand écrivain, sans en excepter Mairan» auti^vu* plein de finesse et d'élégance.
» Et, d'ailleurs, messieurs des lettres, c'est de votre part une grande humilité, car je nem'apercois pas que l'Académie des sciences ait rhabitiid(;| de prendre des membres parmi vous. ,
» M. Flourens était fort protégé par M. Ajra^^^ dont il était à peu près le Trois-Échelles.
. » M. Viennet a voté pour Victor Hugo, malgré son antipathie contre le romantisme. M. Vien^ i\^t a agi en honnête hornme et en homme d'es^ prit.
. » — J'aurais voulu, art-ril dit, que l'Académie f)t de temps en temps une élection littéraire, ne fûtf ce que pour n'en pas perdre rha^)ibu,de.
' >» L'évoëat Ûupin devait être jiartîisan de la médiocrité ; il a voté'jïoùr M. Flourens.
» M/ Délavigne, TécrtVàin chauflB logé, rioùrri 6f îhdépeiidant du château, a voté contre Victor
> M . Rbyer-GoHard^ ne trouvant pas, dans seà idées, Victor Hugo un. assez grand écrivain pour McaééMé, n*a pasdru <iependànt que M. Flouifens lui dût être préféré, et il s'est abstenu.
» Toiis les gens qui n'ont pas écrit, tous ceux qui ne devraient pas être deVAcadémie, ont voté avec frénésie pour M. Flourens ; leur enthousiasme pour ce médecin rappelle la reconnaissance du duc de Roquelaurè j^bur ce seigneur sans lequel i! eût été l'homme le plus laid de France. »
Enfin, Hugo ftit nommé, et je racontai ainsi sa réception:
«;Je suiâ allé à l'Acadéinie pour mes lecteurs, et }amàiié vertu n'a été aussi immédiatement récompensée. Je ne m'y sui'â pas ennuyé un instant; i*ài rfefaipôrté intacte la résignation dont je m'étais muni et dont je n'ai pas eu à me servir.
» La' salle des séances est beaucoup trop petite et piiis que médiocrement ornée. Le bureau, entre autres choses, — je ne sais s'il n'a pas un nom plus noble, — le bureau, en bois peint, présente aux yeiix tirie imitation libre d'acajou, véritablement péiiible; Un des princes qui assistaient à la séance devrait bien olïKr à l'Aëàdéhiîe un autre bureau;
^90 tBLlYRfl BE/RORP
eeluî-ci est misérable et m'a touché de compasàon.
» Il y a, à Paris, des misères de ce genre qui me choquent particulièrement. Les chambres au iPàlais de justice, par exemple, manquent de majesté et même de convenance. J'y voudrais voir une richesse sévère et calme. Le mesquin est aussi loin de la simplicité que le clinquant et Toripeau; *la simplicité est toujours noble.
» Il'était facile de ne pas coller sur les murs de la plupart des chambres au Palais de justice ces >afrreux carrés de papier bleu^ faits évidemment pour être originairement des devants de cheminée.
» Revenons à l'Institut.
^) Je n'aime pas lès assemblées où il n'y a pas de femmes; je nç comprends plus très bien pourquoi 'on parle, pourquoi ont écrit, pourquoi, en un ihot, on cherche de la gloire, quand on n'a pas de femmes devant les yeux ; lorsque j'ai rêvé, ou que parfois je rêve des couronnes, ce n'est jamais sur ma tête à moi que je songeais ou que je songerais h les mettre. Aux séances de l'Institut, les femmes sont en grand nombre, et mes regards y étaient agréablement enchaînés.
» M. Saint-Marc Girardin prit la parole et prononça ce qu'on est convenu d'appeler V éloge de M. de Campenon ; dans cet éloge, l'orateur s'attacha surtout à démontrer la parfaite médiocrité de son prédécesseur : il vanta les qualités de «on cœur et son excellent: caractère. C'est un euDbé-
ïîiisme inventé par les femraôs qui disent d'tme autre femme, pour signifier qu'elle n'est ni jolie i&i bien faîte : c Cest une bonne personne. » M. Saint-Marc Gîrardin a la voix la plus stridente €t la plus fatigante qu'il soit possible d'entendre ; cette voix, son geste, ses paroles, tout cela produisait un désagréable mélange d'avocat, de pion et de député. Je lui dois cependant personnelleiheht de la reconnaissance pour avoir fait applaudir ^l'Académie une phrase de moi qu'il a bien voulu patronner en la prenant sur mon compte et en disant de M. de Campenbn ce que j'avais dit de moi-même dans Tes Chiêpes :
• > J'étais très pauvre alors, je ne suis pas beau- % coup plus riche aujourd'hui, et je n'en suis ni » honteux... ni même fier. »
» C'est du reste là un bien petit vol ; je n'en parle €[tte-pour remercier deux ou trois journaux qui iont bien voulu reconnaître et réclamer ma phrase, r^etaussi pour dire que j'ai été fort aise de voir cette phrase se produire devant cette belle assemblée en habit tout brodé de feuillages, en castor neuf et -en gants blancs; elle avait ainsi très bon air, et je lui ai trouvé des beautés que je ne lui avais pas èoupçonnées quand elle était tombée de ma plume.
j) Lorsque Victor Hugo a pris la parole pour réfondre, tout le monde a éprouvé un sentiment de tiien-étre en entendant remplacer la voix aigre d'un vieil immortel par une voix grave, sonore et
sympathique. Le discours de Victor Hugo a étôr jugé par tous plein de pensées élevées et d'images magnifiques. Les compliments adressés à l'im^^ mortel mort ont été mêlés d'une ironie dédaigneuse qui n'a échappé à personne et qui a rencontré beaucoup de complices. Victor Hugo a, ramassé les débris de M. de Gampenon, immolé, déjà par M. Saint-Marc Girardin, et il a encore trouvé place pour quelques coups à porter sur cette gloire déjà si déchiquetée par l'orateur précédent. M. Girardin avait loué Gampenon d'avoir été vertueux, Victor Hugo Ta loué d'avoir été heureux.
9 Une partie seulement du discours de Victor Hugo n'a pas exercé sur l'auditoire la même seduction que le reste, malgré la grâce et l'élévation du style : c'est lorsqu'il a déploré le sort que la société a fait aux femmes, et qu'il a réclamé pour elles des droits et une part plus large dans la vie. pe tout temps en France, les femmes .ont eu 1^ pouvoir et les choses; les hommes, les titres et les noms ; les femmes ont tout fait ; les hommes n'ont été que leurs éditeurs responsables. Toute gloire, comme tout bonheur, vient des femmes, et je trouve leur part très belle. N'est-il pas plus beau d'inspirer des vers que d en faire? G'est donc bien ennuyeux le ciel, qu'on a tant de peine à empêcher les dieux de venir barboter dans la lange des rues?
^ » Il parait du reste que, de l'usage de faire réloge des académiciens morts, il ne reste plus que le nom ; la chose est tombée en désuétude. Cela s^appelle toujours un éloge; mais c*est un dénigrement peu dissimulé.
]» le n'assistais pas à là séance où M. Viennet a feit l'éloge de Nodier, ce charmant écrivain que je regrette de n'avoir pas connu ; M. Mérimée a été très sec dans ses louanges. M. Etienne a annoncé que, comme ami intime du défunt, il savait sur lui des détails G[ui avaient dû échapper à M. Mérimée, et, à ce titre, il a dénigré Nodier plus intimement. J'ai cependant retehu trois jolies penséj^s : deux sont de M. Mérimée; la troisième, citée par M. Etienne, est de Nodier lui-même : elle joint à la grâce une grande noblesse de cœur.
M. Mérimée veut peindre Nodier, qui se croyait facilement proscrit, parce que c'était pour lui un prétexte excellent d'enfer par les montagnes ; il
dit:,* .;/■,' , ^ •
c il croyait fuir les gendarmes et poursuivait > les papillons, »
cr II ne pouvait voir la pauvreté, dit encore "» M. Mérimée, sans s'y associer au point de de- » venir pauvre lui-même. »
» La phrase de Nodier est adressée, à M. Etienne, fugitif aioçs et malheureux ;
« Mon cher ami, lui écrivait-îl, il vient de me » naître un nouvel enfant; je pourrais lui donner!
04 y^ IIYRII Dfiv BOnD-
D un patronage riohe et puissant; mais j^ime ]» mieux un ami malheui^eux : je vous prie d'êtrï^ y^ son parrain. »* i
» Ni M. ÉUennQ ni M. Mérimée n'ont fait mentiop de deux ouvrages importants de Nodier : Le roi de Bohême et ses sept dhâteasax, Remarques ^r le Dictiahnaire de FAcadéme. Cette rancune a étô jugée mesquinei et de mauvais goût. y> ;
Hugo enûn académicien, je lui écrivis pour lo iélîciter : i
« Sainte-Adresse. '
y> Il faisait hier une belle soiréje, Victor ; j'étais allé voir au boi'd de la mer le soleil se couchey dans une pourpre plus splèndide que ne l'a jajmais été celle des rois quand il y avait de 1^ pourpre et quand il y avait des roi^.
» On voyait passer à rhorizon des silhouettes de navires noirs sur un fond d'or rouge, et je cherchais à reconnaître un bateau d'Étretat qui doit m'emmener dans quelques heures, non à ses voiles brunes et tannées, qti'on n'aurait pu distinguer à cette heure où les coijileurs s'effacent, mais h la forme particulière de son beaupré incliné vers la mer.
» Après les couleurs, les formes commencer rent à disparaître. Je Vis s'allumer les lumières rouges des phares sur les jetées du Havre, les lumières bleuâtres des étoiles au ciel et les lu-
ffiières presque vertes des lucioles dans Therbe. J'entendais le bruit de la mer qui montait, et je reconnaissais h son parfum une petite fleur jaune qui pousse à foison sur cette côte et qui embaume l^ir. '
» Et je pensais à un do vos anciens ouvrages, à un beau livre, au. Dernier jour d'un condamné^ dans lequel le maHieureux qu'on juge, en proie à une bizarre hallucination, ne peut détourner ses regards et sa pensée d'une petite fleur jaune qui se balance sur une fenêtre où elle a été semée par le vent ou par quelque oiseau.
» Et je pensai à ces longues promenades que j'ai faites quelquefois avec vous sur les boulevards de Paris, à l'heure où Paris dormait, h ces promenades où nous parlions des magnificences de la nature, que vous aimiez comme moi et dont vous pariiez si bien.
» Et je songeai que, ce jour-là, vous étiez reçu membre de l'Académie française. Vous voyez que je vous aime, Victor, puisque, sous de beaux arbres, à travers lesquels je voyais les étoiles comme des fruits de feu, ayant à mes pieds la mer qui rejetait les varechs et les algues de ses prairies profondés où paissent les phoques, assis sur une côte revêtiie dô beau manteau dont la terre se couvre l'été, ail milieu de tant de feuilles et d'herbes, au milieu de tant de belles chctôes vertes, j'ai pu penser aux deux pauvres petites palmes dont vous avez
le droit maintenant d'enrichir le collet de votre habit.
» Vous voilà donc enfin à TAcadémie. Vous y êtes entré comme le fils de Philippe de Macédpiîio entra à Babylone. Mais ne vous semblerait*il pas singulier de lire dans son historien, Quinte-Gurce, qu'Alexandre ne demanda pour prix de ses victoires que d'être nommé citoyen de la ville de Darius?
» Ne vous êtes-vous pas un peu laissé faire ce que le Père Loriquet, è Societate Jesu^ voulait faire de Napoléon, que, dans son histoire de France, il appelait, dit-on, le marquis de Buonaparte , général en chef des armées* du roi Louis XVIII?
» Je relisais dernièrement un des romans de Walter Scott intitulé le Pirate : c'est l'histoire de Clément Vaughan, qui, après avoir été, pendant plusieurs années, le chef d'une troupe déterminée et le maître d'une frégate au redoutable pavillon noir, s'amende â la fin et devient officier sur un vaisseau de Sa Majesté, où ses supérieurs sont fort contents de lui.
» Je regardais l'autre jour sur une feuille d'un rosier planté au bord d'un ruisseau une goutte de pluie plus brillante qu'une opale ; tout à coup, elle roula tout le long de la feuille et tomba dans l'eau du ruisseau, où elle se perdit.
» C'est par l'individualité que charme un
poète ; vous étiez un tout, pourquoi devenir une partie?
» n y a un grand nombre de pierres à la base d'une pyramide; il n'y en a qu'une au sommet.
» Le rossignol change seul dans les buissons en fleur ; les oies volent en troupes.
» Vous êtes entré à l'Académie en enfonçant les portes ; en vain vous avez caché votre triomphe, en vain vous avez pris une allure modeste et hypocrite : vos confrères, malgré eux, ont fait comme les vieilles femmes d'une ville prise d'assaut : elles jettent du haut des fenêtres, sur la tête de l'en* nemi, tous leurs ustensiles de ménage.
» Ce n'était vraiment pas la peine de se faire Victor Hugo pour devenir l'un des Quarante.
» Mon pauvre Victor, vous voilà donc enfin l'égal de M. Flourens ; tout le monde dit maintenant que vous voulez devenir député, c'est-à-dire l'un de9 quatre cent cinquante.
» De succès en succès, si l'on vous laisse faire, vous arriverez à être l'un' des trente-trois millions qui composent la nation française. . .>AvousI *
Un monsieur, auquel ses parents ont probablement négligé de donner un état, s'est récemment établi Dieu. H prétend que le véritable Dieu doit être à la fois homme et femme, c'est-à-dire père et mère, et il s'intitule Mapah, nom formé des preni. 6
mièrés syllabes â^r^^u^iuots maman et papa. Il y a deux ans, les ft^mmes libres adressèrent à la Chambre desj députés une pétition tendante h ce que le roi Louîs*^iPiiiii{$e fût appelé à l'avenir roi des Français et des Fra^lfiaises. On prononçai Tordre du jour, parce qtfon objecta que les Fran* çaises étaient comprises dans les Français, et que rien n'empêcherait; si l'on accédait à cette preihière demande, d'être bientôt obligé d'appeler le Toi : roi des Français, des Françaises et des diapeliers, etc., etc. Le Mapah a accompli ce vœu des femmes libres.
Je n'ai jamais vu ce nouveau Dieu; mais il m'a parlé comme l'autre parla à saiiit Jean dans le désert. Laparole du Mapah coûte trois sous de port. Il m'a envoyé quatre pages sur Napoléon et sur Waterloo; je pense que Dieu parlait hébreu à son peuple : le langage du Mapah m'a semblé être de l'hébreu.
Il a écrit également à Victor Hugo et lui a proposé d'être sous-dieu ou Saint-Esprit. Victor Hugo a refusé ; il parait qu'il aime mieux être académi-. cien. On ne saurait trop porter à la connaissance du public de semblables traits de désintéressement. . ^
Le Mapah date ses évangiles de son grabat^ décidément le métier est mauvais; le royaume des dieux n'est pas de ce monde, et j'admire peut-être trop le désintéressement de Victor Hugo.
Le dieu, m'a-t-on assuré, daigne se manifester dans divers estaminets, où il faft la Pâque et communie sous les espèces des êchaudés et de la bière; sa foudre se compose d'un rotin, et il s'eneei^se iui^môme au moyen d'une pipe culottée. Il rencontra un jour, dans un café, M^ Jules Sandeau, auquel il dit :
— Levez -vous et suivez-moi.
M. Sandeaû se leva et s'en alla aussi vite qu'il put aller.
LA iOÇlit^ DK ^VntlTAOS llv « T^tli^OUK A. -^ LIS MILLIONS DE' L*A«4 • CBkvÊQUE* — RÉCLAMATION DE VICTOH HUOO AU SUJET DE L'OMISS.'ON
-BU MOM DE «ON fbnt SUR. L'Axel DS THIOMraB. -^ LE VXOMTE BU60 PAIII ne FRANCE — UNE LOTERIE D'aUTOGKAPHES. — < LES BURCRAVES »
^BT Lk PUBLIC DU THiÀTRC-PRÀliç AÏS. — RÉCEPTION DE SaINTE-BEUVK A l'académie. — LES FEMMES MV9 LA COUlOLE DE L'INSTITUT
Vers 1793, je crois, un navire appelé Télëmaque sombra devant Quiilebœuf, près du Havre da Grâce. On fit plusieurs récits à ce sujet. D'immenses rich^sjses, ditron, avaient été cachées dans ce navire, dont le chargement de bois de construction n'était qu*un prétexte. Plusieurs millions et une énorme quantité de vaisselle d'argent étalent enfouis dans les flan<^; du vaisseau submergé. Deux sociétés par actions s'étaient^ depuis quelques ajoutées, fondées pour le sauvetage du Télémaque* Le gouvernement avait mis de son côté toute ta bonne grâce possible; il avait fait l'abandon de la part que la loi lui accorde, ne réservant qu'un cinquième pour les invalides de la marine, et « le di*oit d'acheter j par prôfârence, les objets d'art qui pouvaient se trouver dans ^6 vaisseau ». , •
LR LIVRB DK BOED 101
La première tentative n'avait pas réussi. La seconde société semblait être plus heureuse, et on avait vu le navire sortir du sable et paraître à fleur d'eau.
On avait pensé alors à émettre les actions qui restaient encore.
— Allons, messieurs, on voit le navire. Voulezvous marcher sur le pont? vous n'aurez de l'eau que jusqu'aux genoux. Prenez des actions. Chaque action donne droit à une part proportionnelle dans les immenses richesses probablement cachées dans le Télémaque , -^ dans le Télémaque sur lequel vous marchez; prrrrenez des actions I
Mais bientôt un bruit courut dans la viJlô du Havre : « Victor Hugo ne veut pas qu'on achève le sauvetage du Ti^iemagtie; »
Et pourquoi Victor Hugo» ne veut-il pjis?
Vmià la chose:
Victor Hugo s'est pPéselité avec son frère;, M. Abel Hugo, chez ragetit àe la société à Paris, et il a fait opposition au sauvetage du Ti^iema^we^ parce qu'il y a dedans quelques millions y déposée par un oncle de ces messieurs^ appelé archevêqrue Hugo. Ils réclament leur» lûilHoni.
Cela fit grand eifet.
-^ Victor Hugo a tort^ dtsairat les uns.
— Victor Hugo à raîéoh, r^ondaient les autres. ■■'^ Il y a prescription, s'écriaient ceûx^^là.
— ïl n'y a pas prescription^ répliqt^dent ceux-ci-
102 LE LIYUE DE BOnD
— Il y a plus de trente ans.
' — Oui, mais il n'y a pas eu de nouveau propriétaire en faveur duquel on puisse invoquer la près^ cription; l'espace écoulé n'est qu'une parenthèse dans la propriété. Victor Hugo est dans son droit. Et quelques-uns disaient :
— Vous voyez bien qu'il y a dans ce navire des richesses infinies, puisque la famille Hugo seule réclame déjà des sommes énormes. Prrrrenez deë actions!
. J'allai alors à Paris, et je demandai à Victof Hugo, comme on se le demandait au Havre :
— Ah çà ! pourquoi ne voulez-vous pas qu'on amène à terre îe Tete'magiee ?
A quoi Victor Hugo me répondit qu'il ne connaissait d'autre Télémàque que le fils d'Ulysse, le Télémaque de Fénelon; qu'on en pouvait bien faire ce qu'on voulait, qu'il ne s'en souciait en aucuno façon et ne le lisait pas.
Je lui appris alors de quoi il était question ; il fut très étonné, ne renia pas son oncle l'archevêque, mais m'apprit qu'il était mort depuis plus de cent cinquante ans , et que, par conséquent, il n'était pas probable qu'il eût mis ses richesses sur le Télémaque en 1793.
« Le Télémaque est toujours entre deux eaux, dîsje alors; mais je suis heureux de faire savoir aux habitants du Havre que Victor Hugo ne s'oppose pas à ce qu'on amène léi'élémaque à terre, ne iEût-
l^ I,IYBE DE BORD': 103
ce que pour voir en quel état âe trouvent les tableaux que le gouvernement s'est réservé le droit d'acheter. Ce qui m'inquiète pour la conservation de ces tableaux, c'est qu'un de mes amis m'a apporté un anneau de la chaîne de l'ancre du Téléfnaque^ et que cet anneau est à moitié rongé. »
Quelques mois après, je disais :
« Le Téîémaque^ dont nous avons parlé dans le dernier numéro des Guêpes, est encore sous l'eau avec ses immenses richesses, y compris les millions de Victor Hugo; M. Taylor, entrepreneur du sauvetage, a pris la fuite, abandonnant, sans les payer, trente-cinq ouvriers qu'il avait fait venir d'Angleterre; ces malheureux ont travaillé pendant cinq ou six mois et restent sans pain, sans resisources, et dans l'impossibilité de retourner chez eux. On assure que te Télémaque n'a pas bougé de place et qu'il est tout aussi enterré dans le sable qu'au commencement de l'opération ; au dernier moment, et pour faire prendre encore quelques actions, on aurait fait marcher quelques personnes «ur un plancher soutenu entre deux eaux, en leur persuadant que c'était le pont du navire. »
Lorsqu'il fut question d'inscrii'e, sur l'arc de iinomphe de l'Étoila, les noms des gloires de l'Empire, on avait lieu de croire, que la chose se ferait sans étourderie, et que la liste des noms à jgraver serait la suite d'un mûr examen.
±0% LE tlVUE. I>E PORD ,
Pas le moins du monde: on a écrit des noms d'abondance et au fil de la mémoire, de telle sorte, que les réclamations sur de graves oublis se sont fait entendre de tous côtésl
D'une lettre adressée à la postérité, on n'aurait pas dû écrire le brouillon sur la pierre. C'est élever à l'état de monument et la gloire d'une génération et la saugrenuité d^une autre. Toujours estil que cela fut fait ainsi.
Une réclamation surtout fit beaucoup d'effet; c'était celle de Abeï Hugo, au nom de son père :
« ïl y a un des plus nobles et des plus honorables généraux de la République et de l'Empire que l'iancieii roi de Naples et d'Espagne, le frère de Tempereur, le roi Joseph, appelle encore dans ses corres-r dances particulières ^on^mexlleur ami ; un homme qui se distingua briîiamment au siège de Gaëte, qui organisa le royaume de Naples de concert ^vec Joseph Bonaparte; qui, gouverneur de la province d'Avellino, chassa, battit et saisit au corps le fameux Fra Diavolo, qui le jugea l'homme le plus tenace et le plus redoutable auquel il ait jamais eu à faire; unhomme que le roi Joseph Bonaparte, fait par son frère roi des Èspag:nes et des Indes, crut indispensable à l'affermissement de la domination française en Espagne, et qu'il appela à Madrid comme grand majordome du palais,d'abord , et ensuite enquar lité de gouyeméur des provinces d'Avila et de Gùadalajara; un homme qui se montra avec éclat ^
LE iiVAE DE Bûnb 163
Vaîdajos, à Hila, à Ciftienies; un brave et intègre général de la République, qui refusa avec iiidignation plusieurs fois, et au vu de ses soldats, des millions que lui fit offrir rennemi pour livrer le drapeau de la France; qui ne reçut ses grades que uii à un, qui ne se laissa qu'à son corps défendant créer par le roi d'Espagne comte de Cifuentes qt marquis de Siguenza; un homme enfin auquel l'empereur, à deux reprises différentes, confia, comme au seul capable de la bien défendre,.Thionville, un des boulevards de la frontière, en 1814 et en 1815 ; qui s'y immortalisa deux fois, qui y sou-^ tint un bombardement et se défendit jusqu'à la dernière heure avec un courage héroïque, après avoir fait dire aux parlementaires ennemis « qu'il s'en- » séveliraît sous les ruines dèThîonville plutôt que 3 de livrer la place aux généraux prussiens ». Cet homme, ce noble et modeste soldat, c'est M. le général comte Hugo. »
Le second fils du général, Victor Hugo, vit avec étonnement, chagrin et indignation, que le nom de son pète n'était pas sur Tare de triomphe.
il publia un volume de poésies, tes Voix intérieures^ et le dédia à son pere^ Joseph-léopold-Sigismondj COMTE Hugo, ôubtié surVarcde iriompUc dé l'Étoile.
Le volume parait le 24 juin 1837.
27 juin, Victor Hugo, en rentrant chez lui, trouve dans son salon un tableau de grand prix que
iàS LE ÙtRE DÉ BOUD
M. le duc et madame la duchesse d'Orléans lui envoient en signe d'admiration et de sympathie.
Le duc et la duchesse d'Orléans donnèrent eh toute occasion des marques d'estime affectueuse à l'illustre poète, et, s'il dut de la reconnaissance à
Louis-Philippe, qui le créa pair de France, il en dut plus encore peut-être à la duchesse d'Orléans, qui enleva, dit-on, presque d'assaut cette nomination.
La nomination de Victor Hugo à la pairie fut, du reste, presque partout très bien accueillie. Cependant un journal radical, — Hugo s'était alors, à l'occasion, fort éloquemment montré opposé à ce§ prétendues doctrines,— en lisant l'ordonnance, découvrit que Victor Hugo était vicomte. Le journal s'indigna et s'écria : « Vicomte! il ne manquait plus à Victor Hugo que ce ridicule I »
. Je* dus le défendre contre cette terrible accusation.
Je voudrais savoir, dîs-je alors, combien des amis dudit journal, s'ils avaient eu le malheur de jiaître vicomtes, auraient laissé à un hasard le soin de l'apprendre au public, après vingt-cinq ans d§ célébrité.
On est conveau çîepiHS longtemps qu'un chiffonïiier est l'égal d'un duc; mais il faut pour cela qu'un duc soit l'égal d'un chiffonnier. On ne choisit pa§ son père, on n'est pas responsable de sa naissance.
Ce n'Qst pas la naissance, . C'est la seule vertu qui fait la différence.
LE LIVUE de. BOBO' lOT
' Pourquoi cette nouvelle ajpistôcràtiesi exclusive^ Tout le monde ne peut pas être né serrurier comme les héros de madame Sand. Pourquoi un vicomte, s'il est hgnnête homme, s'il a du talent, serait-il. si fort au-dessous d'un menuisier? Ne peut-on ra-^ cheter cette infériorité originelle par une bonn© conduite et par son travail ?..
Des exemples de tolérance ont été donnés de nos jours, cependant, par l'aristocratie de l'épicerie et de la rouennerie. On cite tel ferblantier qui £^ bravé le préjugé au point de donner sa fille à un marquis. Un marchand de chandelles fort connu n'a pas hésité à laisser épouser à son fils uûe fille de duc ; m^iSJ dans ce dernier cas, il feat dire que, la femme prenant le nom du mari,4a famille du marchand de chandelles ne s'est pas trquvée ennoblaillée^
Voltaire, et bien d'autres avant et après lui, pnt plaidé pour l'égalité des conditions.
. Voltaire dit, dans W'anme, des choses qui se peuvent dire aux geiis qui ne pardoîinent pas à Victor Hugo d'être vicomte :
Mais son état. .. il est trop aa-dessus.'
Fût-il plus bas, r
{c'est-à-dire fût-il comte^ marquis ou duc)
je Ten aimerais plus.
Et puis disons tout : Victor Hugo est vicomte, c'est vrai ; mais ce n'est pas sa f^ute : son père a été un brave général qu'on a fait comte après de nombreuses campagnes ou il s'était bien battu. Victor
{08 Lfi. LiynE OG bord
Hugo n'était peut-être pas né alors; il n'y est pour rien : on a bien assez & répondre de ses actes, sans avoir à répondre de ceux de ses pères.
Je retrouve dans un journal du temps une autre circonstance où la « bru du tyran :» montra une glorieuse sympathie au futur radical :
a On a tiré, chez madame là vicomtesse Victor Hugo, une loterie d'autographes, au bénéfice de la crèche du huitième arrondissement, dont madame Hugo est patronnesse. Madame la duchesse d'Orléans, à laquelle madame Victor Hugo avait demandé un autographe, a envoyé par madame la duchesse *** un lot composé de deux volumes richement reliés , sur l'un desquels , avec une grâce et un tact parfaits et cet esprit qui vient du cœur, elle avait transcrit de sa maîn une dizaine des plus beaux vers de Victor Hugo. Ce lot, gagné par M. ***, a été offert à madame Hugo. »
On a beaucoup et avec passion parlé dans le temps de la trilogie des Burgraves. H y a un proverbe turc qui dit : :
a On ne jette pas de pierres à l'arbre stérile. »
Je soutins alors ce que je maintiens aujourd'hui : que le drame des Burgraves est un des plus beaux ouvrages de Victor Hugo, et je lui écrivis dans les Guêpes :
« Vous êtes un peu soldat, mon cher Victor, et vous aimez la lutte et, le combat, comme cela est
' LÉ tiVRE DE BOUD, 100
naturel à ceux pour qui le combc^t n'est que le premier acte d'une pièce qui s'appelle la victoire. ,
» Sans cela, n*aimeriez*vous pas mieux faire vos beaux livresque de vous livrer ainsi en pûture.au public du théâtre? ce public du théâtre, où chacun veut être un peu acteur, où Ton ne se contente pas d'avoir une opinion et d'éprouver des sensatiotis, mais où l'on veut les montrer, et où conséquémment on ne montre pas l'opinion que l'on a et les sensations que l'on éprouve, mais l'opinion et les sensations que l'on suppose devoir produire le plus d'effet.
» N'esMl pas vrai que, si, pendant une conversation à deux, — une de ces conversations où les pensées sortent de la tête et du cœur avec un doux murmure, — n'est-il pas vrai que, s'il survient une troisième personne, quelque aimée qu'elle soit des deux autres, la conversation est arrêtée subitement et se porte sur d'autres sujets? .- » Il me semble que c'est ainsi qu'écrit le poète.
» Le public, au moment où il pense et écrit, c'est un ami absent.
» C'est une femme qu'il a vue une fois à une fenêtre. .
» C'est vin de ces amis inconnus que l'on découvre, après les avoir vus pendant dix ans, un soijp que, sortant ensemble d'un théâtre ou d'une soirée,
on s'est reconduit trois ou quatre fois l'un après m. -7
l'autre le long des boulevards, en p^psant tout, haut tous les deux. y -^
» C'est ce puldic dQxit les Sjufirsfges ne se p^a^t pas, mais se comptent. ^ ,.
» C'est ce public de quinze cents personnes, sur lesquelles vous, savez qu'il n'y en a pas cent qui vous cominrennenti pas vingt-chiq dont vous 4^^-riez être compris. (^ .« '
» Cest ce |)ul3lic où le suffrage de votre bottier est plus important que jc^elui de liamartine» parce qull fait plus de brmt. «. r
» C'est ce {)ùl3lic qui retient ses larmes, qui retient plus encore son admiration, ^âït^éqiaéèha^^ a pétir d'àdihirer seul et de pleurer seul.
«i Dites, mm aini^n^étes-yous pas pjus heureux, quand un jeune homme au cœur noble et cbAud emporte votre livre dan^^a piansarde et lit tout haut vos beaux versj avec une voix et -des larûies qui sorteiit du cbeùr: ii'^të^'Vby pas plus hèureux, quanâûnejeui^e'et^bellè'fefnmfô trouve dans
votre livre, noîilertlêril exprimées et Kïnemeht dBvi-
nées, lés pensées confuses qui voltigent dans sa tête et grouillent dans son cœur^ que lorsque^ ce public, cette foule, crie y applaudit, rit, siffle, hurle et se bouscule, tout cela dans un parfait accord de sentiment et d'ititention, c'est-à^lire pour faire du tapage^ *
> Mais, je le répète, vous êtes soldat, vous aimez les ennemis, parce que, sans les elimemis il n'y a
LS LfTie DB BORD Ifl
pas de combats , parce que y sans coiiibatà, il n'y aurait point de victoires.
» le veux cpié ce Vohilhe des Ouêpeé soit tih jour nn monument curieux qui dise à tous ce que c'est que le public du théâtre.
' ï Je vais transcrire ici ceux devos vers qtd excitent le rire et les sifflets à chaque repréi»entation des Burgravea :
Il eut un dernier fils, éUuit àéjà fort vieux. 11. Rimait cet enfant. Dieu fit âinçi le mond^ : Toujours la barbé grise aime la tète blonde/
.. Cçci devient graye...,.j, ,:,!, \.^
{Rire$ prolongés.) ^
> Régina, Hégiua qui va mourir, dit ces charndtantôvôrsr ' ■■ ^ • = ■■ ■r.i
Le coùicbaht 8*enflaQ]||tifi i^ ■ . ' Ifiûfas sotnniies enautoiOBe:, et npus soiom^i^. au soir.; Partotlf M feuille tombe et le ))ois devient ^qïv.
. di! C*^ iHsto de VQ|ris*«nfuir les biromde^sl:; .Elfes, B'ôfi Yontr.. là-bas... vers le Midi dord».
'^ Elles r€iVfendront.:'^' :-i ''!^'^?':" j'..
oui; mais, moi, je né verifai ' ili Tolseau revenir ni la feiiiile renaître.
« . é . . Mettez-moi plus près de la fenêtre.
» Cinquante messieurs rient à se tenir les côtes, surtout quand elle dit ; i
lis LE I^IVRE DÇ BORD
' Ohl c/est triste 4e voir s'enfuir les biroadelles! ... .
Que suis-je? Une orpheline} Et vous? Un orphelin! ^ Le CUél, nous unissant par nos douleurs communes, Eût pu faire un bonheur de nos deux infortunes.
» Cette pensée, pleine dé délicatesse, de poésie et d'amour^ excite vivement la gaieté et l'indignatipa des .raême^ ipessiçurs; ils rient et sifflent. :
» Et quandOtbert ditàrorpheline : 'c ■ j
Mais je remplacerai, moi,, ton père et ta mère.
Ton père, j*aî mon bras; ta mère, j'ai mon cœur. *
(Rires et sifflets.)
» Et ce charmant vers, ou plutôt cette pensée charmante, quand Régina est sauvée. Otbert re- 1 n'ercie Dieu, et Réginà remercie Ottert, son amaht, le dieu d'une femme qui aime. * *
OTBBBT.
Soyez bériî, mon Dieu!
, ; t V (On. ricane*
Mon Oibert» sois bénil
(Idyil n'y a plus mor^de çmtenirla gaieté, on rit tout à fait.)
» Un des rnorcéailx quiont 1(9 plus fait rire^ qui ont été le plus siffles, c'est ce morceau plein de grâce et de noblesse, de naïveté et de grandeur. Job, qui a cent ans. Job l'excommunié parle de son amour pour son petit eiifant^:. :.
r ' ^ MoD pauvre dernier hé !
Quand Dieu mêle donna» je me crus pardonné.
/ IRireg.)
Même quand il dormait, je lui parlais souvent; Car, quand on est très vieux, on devient très enfant
[SiflkU.)
Il bégayait déjà les mots dont on sourit.
- (Aires et sifflets.)
JXn^e^yBÏi pas un an... il avait de Tesprit. .
(Bires et sifflets.)
n me connaissait bien. . . je ne veux pas te dire, n me riait I... et, moi, quand je le voyais rire, J*avaî8, pauvre Vtei&ird/un soÎBil dans le cœur*
{Sifflets.)
^ Quand ses petites n^ains touchaient ma barbe blanche.
' {Rires et sifflets.)
" » Voyez-vous, Victor, pourquoi dites-vpus de si chantoanies <îhoses aux gens qui les sentent et qui les aiment dans un entÉIroit où il y a d'autres gens qui glissent en même temps îe rire, l'insulte et le sacrilège dans leur cœur; moi, Je me lis cela ici, Isous mes arbres en îleurs.
* » Puis, vous laissez dire simplement à un de vos per8onnage&.^i.
Dès longtemps j'an'ai^go dans ma tête
Ce mariagerl^*
> On ne comprend paâ cô qa'a de gracieux cq
■rm'-
it4 aK lITaE;Di: BOUB
laisser afler, cette ;bGd:diopie,/dans: ce yieillatd de fer, dans ce lion terrible, et l'on siffle. 1
» G*est q^e le public <le ih^Hv^ est habitué ^ des phrases ampoulées; c'est que la voix des acteurs chante toujours, quoi qu'on leiii* fasse dire, l*atV
de ces phrases ampoulées dbnt îld ont ï^àbïtude;
le public s^ttend à : ' ; ; i :
Dès longtemps; cet hymw ««t mon plus cher d^^, >
» Mariage^ quel est ce mot? ti'èbt bon pôuf des poètes, pour des rois, pour des héros; niais pour des acteurs, avec trois jeiix de cartes dàiis' leurs bottes, cette voix iactice, ces dorures sur leurs habits, ce rouge sur leurs joues !
- » Il faut dire hymen ou hyrnénée. .
» Et aussi pour ces boiïs boiirgebis, qui appellent leur femme mon épome. wiï pensent ciiié les ouvriers se marient, mais qiiè tes ton àUùinent le flambeau de Vhymétiée,
» Tenez, en voici un exemple : \
» Barberousse dit :
» Tai quatre-vingt-douze ans,
» Vous £^vez comme cela a fiait rire, au point même dé faire reculer votre audace! vous avez
changé, et^dit :,, , r ,;.,,,. ,- .-,,, ,^,..v- ^y,. .-, .^ .j -% Jene suis qu'un vieiUard.
» Et oh n'a plus rî. -
» Et, quand on a nommé JSarierouMe^ i^ellô
joie! quelle gaieté 1 . .
f 1 Pdor ceci, je nô vois paà trop moyen de l'éviter, à moins de dire : p
L*empereiir dont léiaéiA vient de m barb« d*or. '
» Je vous recommande ce vers, que je viens de tix>i;iy6r et donJtje yoiiis fm çadestu; car, chaque fois qu'on prononce le nom de Barbeirpups^e, le nre recommence. Il y a aussi le mot chacal qui a bien fait rîf^, et le mot (>«^f die.
^ Oseraie I en effet, vous allez parler d'anjmaux qui existent et d'arbres qu'on connaît: parlez-moi du Minotaure, si vous voulez, ,ovi d'une hydre encpre, mais des cliacals! Parlez-njoi, en (ait d'arbres, de la nymphe c^an^e'ô en laurier ou des soeurs de Phaéton. ; ^
» Mais ne parlez jamais de ces beaux osiers auiç branches jaunes qui croissent sur le bord des eau}Ç.
> Fî donc 1 des arbres de campagne.
» Et l'on rit dix fois, quinze fois pendant cette élo- ^ quente apostrophe, pleine d'un sublime sarcasme, que Barberousse (si j'ose m'exprimer ainsi) adresse aux Burgraves dégénérés .v
Vous épiea le 80ir, prés des 'routes pensûrt».
Le pas d'un voyageur, le grelot d'un mulet. -
Vous êtes cent pour p^^r^^unpauvpe lioioi|9Aaù cpUet, Le coup fait, vous fuyez en hâte à vos repaires, Et vous osez parler de vos pères!... Vos pères ^ : ij^ent des: eooctùéiàiAtl^;; VQU» ét^s 4e8 voleurs.
. D Et plus loin :<■■:-". ••':•■'••"''■■■''/-,' ■ ■ >■■ • >' ^^
Ta figure me gêne. , ;c y
» Et VOUS avez encore dû céder à l'indignation de ces messieurs, et substituer,
' Ta présence me gêne.
> Et plus loin :
Et là publiquement, prince, tu marcheras
Une lieue ^n portant un juif entre tes bras. ' ^
» On a ri et sifflé : en effet, voiis vous amusez bonnement à faire condamner ce pauvi*e Burgravé à un supplice usité de 'son tempà.
» Tandis que, si vous raviéz envoyé tout simplement à SaintrLazare pu àii Mont-Saint-Michel, ou si vous Taviez condamné à l'amende et à des dommages-intérêts, tout le monde aurait compris, et On n'aurait ni ri ni sifflé.
• •T-L*a}g^e vient 6*abattre au milieu des vautours,
(Sifflets.) Triplez les sentinelles!
» Un monsieur a dit tout haut :
» — Ahl c'est bien mauvais; il pleut des §entinelles.
» Et il a sifflé.
Rends-nous nos citadelles.
Nos 6ur^^,qui ne sont plus que des nids d'hirondelles.
» On a tant sifffé et tant ri, qu'il a fallu mettre :
'. Rends-nous nos vieilles tours et nos vassaux fidèles.
LE LITBE DE BOBD 117
» Et l'acteur àyàïit dit par etteur : nos vaiaseaiio^ fidèlesy cela a parfaitement passé,
• ... Jetez à terre vos épéei.
(St/yiet».)
Excusez-les... ce jsopt des jeunes gens.
» Il a fallu mettre :
Ce sont des insensés.
. » On riait trop. ;
. » A Tacte suivant, le. mot Cain a paru toiit ce
qu'il y a de plus drôle, exceptez cependant :
Ta Tas tuée.
qui a pam également gai.
Eh bien, c'est votre enfant.
' (JlireB.)
Parlez-moi.
(Btrc«l) Je n« yeux pas mowir sans Tavoir enibrassé.
{Rires.) Quand ces beaux cheveux noirs seront des cheveux blanc».
{Rires,)
• • • Ma main tremble^ il faut m'aîder* • «
... La robe de lin de Tange du Seigneur.
{Rires et si/^ets.) - Pour pouvoir à jamais Farracher dé ton cœur.
; ^ ' (Rii^esi)
118 'tiriLÏTtlB DS BOfiD
Cétait aoti firèra.
CTétoitmoi.
[Sifflets.)
' ' ' Cieli ' '
(Siffleis^.) XSraad ^i sait paiidôniier»
' ^ . {giffietsetr^és).
» J'en passe et des meillejors; je 3ai^ biea^ mon cher Victor, que votre pièce a triomphé cle to^t cela; je sais que vousf êteâ Vfûnqueur, ett j!e,i;t suis aussi content que vous; mais j'aime mieu^ lire yos vers ici que de les entendre là-bas^ »
Je vis uae secoiide Ibis Victor Hugo à l'Acad^jaie : ce fut à la réception de Sainte-^Beuve, un mcien ami qui Ipi avait donné le drpit d<s ne plus raimer, ,,. , . ,,.:.:. .(: ^
Je n'avais pas rçuQoatré SainterBeuye depuis le jour, où, quatre ans auparavant, il était vc^pu t?ie voir de la psfft disM. Cousin; j^HLp revis à l'Iiî^titut ; il avait . échangé une certaine redingote fiuiye contre l'habit brodé de feuillage ; il était tout pûnpant eitput coquet; il avait ramené ses rares cheveux sur le devant de la tête, en vertu de cette formule ; d'arithmétique : ^en emprunte un, qui vaut dip(u .:. ^ ^,i.^,. ,.. :■;, ./;.,.:(■./;.* ■
Sainte-Beuve était un esprit subtil ^ dé]ii<^t; quelques variations survenues dans ses opinipiia
'llB LI^H^mD^ 'BORD 419
littéraires et autres avaîtot laissé les gens indiicis. Avait-il été d'abord aveuglé par ses amitiés? a-t-il été plus tard entraîné pa^ qttèltïues intérêts? Sainte-Beuve devait être de rAcadémie, et sa nominatioii fiit bien accueillie.
Le discours de Vietûr flugo, diargéde répondre au récJpiends^iPi^, eut cette fois quelque chose dé pins que rélévjition.
• flui^ trouva moyeA dé V«5pfénrft*e relogé dé 'Nodier, très mal fait, 'dàhs là sèànfcé ïHfécédenté, psàc M/MériméeètparM. Étlétinë. ' •
C*est une chose que je trouve à peu près n^ malheur pour Victor Hugo (juéd'àVdîr' été deux fois désigné par le hasard pour faire Téloge d'un hotôme qu'il n'aSmaît pas, je isw^isv bien ten^ ment; c'est encore un peu menlîf qiiB dire tnême des ohdses waite^ quaind otf rie les pense pas. Cependant, Victor Hugo a adroitement choisi feB bôtéâ par lesquels 'îl lui éïâîtlé plus ffeicilô de kmer ©isîhiirDëlatVignei • î ' ' - ^
^ ' ' ^le discoure dé V^ietor Hugo resta dafts une régi^fi atissî élevée iqtai^il feët possible j sans entrer dans là tê^h dés' nuages ; il pr<>fita de Pouvràge^dé Sàitit?é- Béuve sur Port-Royal pour' dire dWcèllefttck choses et en même tem^fis âeb flùttéfrîes délicates ^à\ M. Rôyer-Collard , l^u'i, assis à c5ié de M; dé Salvandy, dans un coin, laissait voir 4iii ^rsâid ôôMëntement sur sa, physionomie fine et exprec-
- Quoique le jour dur et aigre que donne le toit de verre de la salle des séances soit peu favorable à la beauté des femmes, elles y assistaient en grand nombre, surtout alors que devait parler Victor Hugo, qui était fort à la mode. Je ne crois pas, disais-je, que ces dames s'amusent beaucoup des discours, mais c'est un spèdtàcle où l'on est vue. Sous ce dernier rapport, il faut répéter que des femmes, queîe sais charmantes partout ailleurs, n'y paraissent nullement jolies. J'en excepte une. A toute femme qui me demandera laquelle, je diraL: « Madame, c'est vous. »
Quelques belles dames n'arrivent jamais que trop tard; c'est une faveur que d'avoir des billets pour certaines séances, mais c'est une faveur qu'on partage avec beaucoup de monde. En arrivant avec tout le monde, on à une des places qui sont vacantes; mais, en arrivant tard, il n'y a plus de place, et on vous en fait ùiie.
Quelques femmes se mettent alors pêle-mêle avec les académiciens, qui ne s'en plaignent pas. C'est ce qui arriva à cette séance à madame Ancelot. Mais, de la part d'une femme qui écrit, on ne trouva pas de bon goût de se placer ainsi : c'est prendre le fauteuil; cela ne peut avoir une certaine grâce que fait par une femme nullement suspecte de prétentions littéraires.
THÊORIK UÇflMÊMOlliCf. — PfJklOOTtll POUm « J40I ». •«- L4. MODUTIK d'apparat. — LSTTnSS A VICTOR BUOO. — < tROP DB FLCUR8 I •
Depuis que j'ai entrepris de coUiger mes souvenirs, je n'ai pas attendu à aujourd'hui pour m'apercevoir que je m'étais jeté dans un chemin auquel ne manquent ni les pierres, ni les ornières, ni les ronces.
Et notez que ces pierres, ces ornières et ces ronces, je les connaissais parfaitement; mais rien n'est moins rare que de voir certains hommes avoir de la sagesse dans les,pensées plus que dans la vie, je ne parle pas de ceux qui n'en ont que dans les paroles; ceux-là sont des hypocrites, et je n'ai aucune peur d'être confondu avec eux.
Un de ces achoppements était celui-ci : j'avais à parler de beaucoup de gens morts aujourd'hui, et, quand on fait de l'histoire, même de la petite histoire, même de l'historiette, il ne faut pas plus mentir que dans les^ relations de la vie, et c'est une forme du mensonge que de ne pas dire tout cô
qu'oq saiu De quelqjiçs-un8 4^ lios contemporaips, j'ai dû parler avec une certaine sévérité; içt^^jp;. n'ai rien dit que je n^ çroje yrfl4 et que je n'aie vu pa.r moi-même; Je n'ai r^ dit après leur mort que je n'aie déjîi 4it et éci;it lorsqu'ils étaient là. pour se défendre,, et, si j'ai quelqi^efuis — bien rarement — ^ apporté quelques modifications à certains- de mes jugements sur les « absents j»^^ ç'a^été dans le sens 4c nn^ulgence et de l'atté-r nuation.
Autre difficulté :
Nécessairement, dans un ouvrage composé de mes souvenirs personnels, j'ai dû, je dois souvent parler de moi; or il est convenu que « le moi est haïssable » ; je n^ partage pas cet avis : interdire à un écrivain de parler de lui-même, ce serait souyentj exiger qu'un voyageur ne décrivît que des pays où il n'est pas allé, et, W^^ ma. part, |Ç<5, WP ]& sais de bien, il eçt vrai, niais aussi ce que je sais de m4 de notre espteé humaine, c'est en pioi que j€| l'ai d'abord découvert, c'est en moi que je l'ai ^psuite étudié, et j'avoue qu^ je tire un plaisir très particulier, et plus vivant que de toute autre lecture, des mémoires et des ouvrages où l'auteur raconte à deçamis inconnusqui souvent ne sontpas encore nés lorsqu'il écrit et ses sensations, et ses pensées, et ses. sentiments: cela sonne l'homme plus que tout autre livre, et le lecteur chercha ^vec intérêt, avec une curiosité fiévreuse ce que
Taytiétir à mié de Itii-iÀênie datidce» fiction» pré*
' ^'ÏDétï^ circotïsdîidèè (exi)lï<îiiefat celte condamriatfôii du « moi » : la prètaîêi^, c'eièt la crainte de ûe tl^ouvelr dans ce genre! d*^6ùVt^è qtt*ùne pIaidoiri€[ e< nhé apologie ; c'est en' effet un éetréfl d'mitant: pîué diÎBcile à étitë* qù^il est séduisant toTftme ceu3^ (Qu'habitent lès âîi^èneâ. Oh n^est Jamais' si bien loué, du moins loué autant à sa fantaisie, que par soi-même; les autres oublient toujours quelque chose, et ne servent à notre variété gotirftiaride que dès festins incômpletis qui roWigènt à se lever de table dans cette condîtîbh fâcheuse, quoique rècoitiman Tée comme trës Isâlutàire par les méde-" cîns, c'est-à-dire avec encore tiri j)éu d'appétit.
Le lecteur ne trouve pas taiaiivais que je laî parle même avec éloge dé é[ùëlqù'un qu'il lie connaît pas, surtout de qUelqU'ùh qui n'exiàte pas; je puis donner sans l'inquiéter' tdiiteâ lé^ louanges, pi'étèr toutes les vertué, toutéà tes qualités, tous les avantages, tous léà charrii'ès à des héros de ronian qu'il n'a aucune chance de rencontrer dans >la vie et de voir prétidre avantagé sui* lui. Mais, si je parle de son voisin, dé èôh attii, si j'en fais un jpdrtrsiît agréable ou flatté, et si tf est surtout dé îriôi que je parle, il eét tout à Mt de mauvaise hxitïïeur : puisqu'il s'agisisait db personhages réôlsv phiiéque je prenais mon Isujet à côté de lui, pourquoi n'est-ce pas aussi bien de lui-même qu'U est
i24 tE LIVRE DE BORD
question? Ne, vaut-il pas bien et ce voisin, et cet ami, et surtout moi-même?
Il est une sorte de modestie que l'homme a imaginée à l'usage des autres et qu'il leur impose sévèrement, mais chacun de nous la réservant aux autres, et ne gardant pour son usage qu'une variété de Is^ même vertu beaucoup plus accommodante et plus; facile à suivre; les autres et nous-mêmes, qui sommes c les autres ^ pour les autres, nous nous contentons de faire semblant de posséder cette modestie d'apparat qui fait la petite bouche et a; presque toujours pour but et souvent pour résultat de se faire servir une part plus grosse que celle que l'on feint de refuser, comme cet enfant auquel on avait défendu de rien demander à table, sous peine d'être privé de ce qu'il demanderait.
j— Maman, dit-il, je nç demande pas de la tarte, domie-m'en.
Cette pensée me revient de temps en temps en écrivant le Lit^re de horà; par exemple, j'ai retrouvé avec plaisir dans un album de ma fïlle Jeanne Bouyer un açsèïf jgrand nombre de lettrés de ceux de nos contemjporains qui ont été ou sont encore mes amis; il m'a semblé que ces lettres, qui souvent sont fort jolies, complétaient singuliè'rement le portrait, ï^ idessin, l'esquisse, la < pochade » que j'avais à faire de leurs auteurs. Quant k celles qui sont moins intéressantes pour le lecteur, — peut-être parce qu'elles le sont davantage
pour moi, étant écrites plus particulièrement san^ P)réoççup(]^tion du public, —je ferai aussi bien d'avouer ce que la sagacité dé mes lecteurs les amènerai^ bien, sans cet aveu, à approuver ou h deviaer : c'est que j'éprouve une satisfaction, un orgueil q.ue, pour mon compte, je trouve légitime, à donner cette preuve de l'amitié dont m'ont honoré et m!honorent un si grand nombre de ceux de nos contemporains qui se gont illustrés dans les sciences, dans Içs arts, dans les lettres et dans les combat^ de la vie publique; je m'absous moimême, et j'espère me faire absoudre par les lecteurs bienveillants, de ces bouffées d^orgueil, en rappelant que j'ai été, que je sqis exposé de temps en temps à des imputations, à des dénigrements, k des invectives de la part de certains petits journalistes, et je cède parfois à la tehtation d'opposer des preuves d'estime et d'amitié de Lamartine, de Victor Hugo, de madame Sand, de Delphine de Girardin, des deux Dumas, de Cavaignac et de cent autres, aux dédains et à la petite haine de Tartempion et d,'un certain nombre d'autres illustres.
Ce scrupule m'est revenu à propos de quelques lettres de Victor Hugo que je Vais placer ici; une çircpnstance atténuante peut, du reste, être plaidée poiir ma défense. Je prends, il est vrai, très au sérieux les sentiments que Victor Hugo me témoignaît dans ces lettres et dans un grand nombre d'autres que je retrouvé; je crois fermement qu'il
136 i.i: (iifi^E 9«^(»B^
m'aimait ooj^me i^ l'isiim^ ; mais on ne peut nier qu'il n'ait éftrang^m^nt prodigué cérfama témot» gnages de cesg^rje^ i,: : -i.-;.;;:. f 'w' ■;'"^;; i^ i-^o, ■'■-.r Ces jqur3 âenodçrs encore» la poliee^ raniàssô un quidam 4e l^tti^es qui a produit^ à Taudii^ieedo la police correctiomeUc^ la lettre que vôioi :
« 29 Janvier 1872.
:» Vous ôtea^ ttionsieurf un ;ltèsij3lob]eBS{Hdt^l^^^ lu avec émotion les J^elles pages auxquelles vous avez attaché mon nom^ Ma vie est un combat dont les hommes comme vous font une victoire. 4Teél ^grâce aux vaillants auxiliaires, tels que vousy jele répète, que mon oeuvre deux fois révolutionnaire est enfin comprise. Je lutle; vous triomphez. Vous êtes, vous et tous les; jeunes et fiers talents^ voô frères, la légion de l'avenir. i v ^
» Je vous remercie. i : -
- î> YICTQR HUîGOrfi» ^^^ >
On a accusé i VâotoriHiiigo. d'ûrgueiit si- v(ii« p^Jlez du grand, ; pQÔte^ idc; l'isirUteur des Voix^ mt^ rieurfiSy 4qs JTeujK^ cjTautamne et de taiit tâ!àu<^ If es chefe-d'oeuvrei, jatmâis l'orgueil n'a été plus légitime, et, il fout le i èUpprinis^r si i^n V^^ défendre à de3hoi9nies de cette trempe; ma&roli poun^ait, avec plus d^Jqslice, lui reprocher dé né pas avoir, au contraire, aiisêz d'orgueil, de ne paà compren4r(Ç qu'il n'ft auQuu besoin de l^aitémpion
:6t d'une fouie de petits gribouilleurs auxquels il paye en si belle mmnaicl Féneens grossier et nau* séabond qu'ils lui brûlent sous le nez.
Mais le soleil donne iuix plus grands génies fexempie et l'excuse 4e quelque^ taches.
Louis Boulanger, un peintre de beaucoup de talent, était un des plus anciens et des plus dévoués amis de Victor Hugo; on l'avait vu au .pifenûer rang dans lés coinbatsi û'HemanL : Un soir que l'illustre de Humboldt se trouvait ebiez Victor Hugo à la {daoe Royale, arrive LoUië Bp^l^nger. Hugo lui serre affectueusement la main coinme de coutume, mais garde -cette main dans' la 9Îônne et le mène devant de »Humboldt 1 1
rt Monsieur le baron, permelteiç^moi âe vous prés^ter un dé imesùmetlleiu*s amis et des plus grands peintres de la jeune école modernes ;
— J'étais enchanté, me disait Louis Boulanger, en me racontant plusitard cet épisode; mais mon enchantement dura peu; je n'avais pas encore échangé tout à fait avee-M. de Humboldt les quelques paroles usitées en pàrdlle circonstance, qU'il entre dans le salon un inconhu, quelque chose C099ame le rédacteur de<bt CiiLsquefte de loutre indépendante. Huga va h lui, le pi^nd par la iïiain, ramène devant la cheminée où nous étionâ, et dit à Mé de Humbold : € Permeitez-'iiioi, monsieur le baron^ de vous présenter un autre ami également cbef et également distiiljj^i » le fus outré, me di*
128 LE LIVIÎb de BORD:
sait Louis Boulanger; je pris mon chapeau, sortis brusquement et ne retournai d'un an à la placer Royale.
; Quelques-uns croient que, pour Victor Hugo, du haut de lui-même, comme du haut de ses tours- Notre-Dame, les quelques différences qui se trouvent dans la taille des hommes cessent d'être appréciables, et qu'ils lui paraissent également petits.
C'est grâce à cette faiblesse que Victor Hugo a, sur la conscience, d'avoir un jour assassiné un dentiste : ce que je vous raconterai.
:. Cela dit, — c'est-à-dire ayant commis cette concession un peu lâche, peut-être faite à la modestie qu'on est convenu de faire semblant d'avoir, d'atténuer à un certain point ce qui est d'un grand prix pour moi, je puis, sans beaucoup de crainte, transcrire deux ou trois lettres du grand poète.
En voici une en réponse à celle que je lui avais adressée et que vous avez lue à propos de sa i^écep-, tion à l'Académie : i - %
■ ' ■ > a Mon cher Alphonse Karr , . "
. > Vous êtes la poésie même qui se plaint d'un poète, et qui â raison. ^
» Moi, de mon côté, je n'ai pas tort; je suis un peu poète, mais je suis beaucoup soldat. Coinme vous le dites d'une façon si spirituelle, on m'a vidé sur la tète le discours de Salvàndy; cela est vrai;
roais^ en somme, je suis dans la place, et voua y êtes aussi, et toutes mes idées, et toutes les vôtres} y sont.
» L'Académie, après tout, a été une grande chose, et peut et doit le redevenir, grâce à tous les hommes de pensée et d'avenir dont je ne suis que le maréchal des logis, grâce aux vrais poètes, ^ûce aux vrais écrivains. Il y a là, même à cette heure, d'excellents esprits qui vous aiment et qui yous tendront la main; les Académies, comme tout le reste, appartiendront à la nouvelle génération. En attendant, je suis la brèche vivante par où ces idées entrent aujourd'hui et par où ces hommes entreront demain. Cela vous importe peu à vous, en ce moment, vous qui vivez face à face avec l'Océan, avec la nature et avec Dieu, je le con- ÇOi$; mais repliez-vous un peu sur nous autres; revenez de ce grand Ètretat à ce petit Paris; estce. que nous ne devons pas être las d'être gouvernés littérairement par M. Roger, et politiquement par M. Fulchiron? Comprenez-vous cela? Et, quand vous viendrez à Paris, venez dîner place Rovale.
D Moi aussi, je vous aime, et du fond de l'âme, car vous êtes un noble cœur et un noble esprit.
» Votre ami,