‹ Le livre de bord: souvenirs, portraits, notes au crayonChapitre 35 sur 40 · LE Z.IVHE DE BOUD S · texte numérisé non relu

LE Z.IVHE DE BOUD S

« On parle beaucoup depuis (Quelques jours d'un coup de lansquenet par lequel un des joueurs, si la chance eût tourné contre lui, perdait plus de 200,000 francs; la partie avait lieu entre le comte de W... (Walewski, je rétablis ici les noms, dont les Guêpes ne donnaient que les initiales) et M. T... (Thibeaudeau). Le premier, homme de loisirs élé- ^ gants, n'a qu'une fortune très modeste ; le second, plusieurs fois ruiné, s'est un peu relevé depuis quelque temps dans les chemins de fer. Le comte, fort beau joueur, acceptait toujours lejeu de son adversaire, contre lequel le sort s'était opiniâtrement déclaré; il vint un moment où M. T... lui devait 56,000 francs, et proposa, dans l'espoir de s'acquitter, de jouer une somme égale d'un seul coup. Le comte accepte; on retourne les trois cartes: M. T... a perdu ; il doit 112,000 francs. On pense que le combat Va s'arrêter; on ne peut espérer que U. W... va risquer d'un coup ce qu'il a gagné en quinze ou vingt coups d'une chance qui ne peut toujours durer; d*ailleurs, en jouant toujours quitte ou double, il est évident qu'on finira par perdre ; cependant M. T... un peu pâle et les lèvres serrées, dit à demi-voix au comte : — Je suis entre vos mains. — Monsieur , répond froidement celui-ci , je tiens tout ce que vous voudrez. On joue cent douze milla francs. M. T... gagne, et la séance est levée. M. W... y gagne d'avoir fait preuve d'un rare désintéressement et de s'être montré un parfait gentilhomme. j> nu 16

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Je.a'eus guère d'oceasions de le rencontrer depuis, parce q^ie je quittai définitivement Paris pour aller demeurer à Sainte-Adresse, et plus tard à Nice.

Il se passa bien des événements; le neveu de Napoléon I** dévint Président de la République^ pois Empereur; Walewskifut successivement ambassadeur,- ministre, président de la Chambre de^ députés, sénateur, etc.; mais, malgré le temps et Fêloignemént, plusieurs fois il trouva ou fit naître des occasions de m'être agréable ou utile, et les saisit avec un très noble empressement.

Comme il avait été, il y a trente ans, pour la première fois, question de mettre un terme à une injustice absurde, relativement à la propriété littéraire, j'avais proposé au milieu de la discussion une formule, une solution nette et concise qui servit de base plus tard^

Disons, tout simplement :

« La propriété littéraire est une propriété. >

Et appliquonç-lui toutes les lois existantes sur la propriété.

Ce principe, tout inexorablement juste qu'il est, n*a pas été adopté jusqu'ici, mais a cependant aidé à prolonger la propriété des œuvres de rintelligence jusqu'à cinquante ans après le décès de l'auteur.

Walewski, en 1862, ministre d'État et président de la Commission pour la propriété littéraire, je

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lui envoyai ùti numéro des Guêpes^ où je revenais sur cette question ; il répondit à cet envoi : ^

« Monsieur,

^ » J'ai reçu la brochure que vous avez eu robligeance de m'adresser ; je vous remercie de cet aimable souvenir.

i> Recevez rassurance de mes sentiments très distingués.

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