LA GUERRÏ ET LA PAIX
terre où nous marchons. Tout se fait arme offensive pour deux hommes en présence, et si, de ces deux antagonistes nés, l'un succombe à la force de l'autre, ou à sa ruse, ou à sa chance, l'espèce y trouve encore son compte, et Darwin lui-même, individu d'élite cependant, applaudit! Que veur-elle donc de nous, la nature?
Sociable, l'homme? Allons donc! Pas même par le malheur universel de l'espèce. A peine ce malheur est-il conjuré, que tous les intérêts individuels se déchaînent et que l'association passagère mal cimentée par le danger s'effrite et se disloque. Chacun plie sa tente et s'en va, mais sans oubher ses armes, bien entendu! Sociable? ni dans la guerre ni dans la paix, comte Léon Tolstoï. Tout rêve de société serait donc illusoire? Répondez-moi.
Oh ! que vos ères historiques ont été courtes, Empires prospères des temps révolus! Vos fondations les plus solides n'ont point retenu le nomade incorrigible, dont rien ne fait un citoyen. A l'heure dite, l'horreur de ses villes l'a saisi, et il est retourné, avec ses petits, au hasard des chemins, à la conquête d'autres cités dolentes, comme dit le Dante. L'horrible nature a jeté son manteau de mousse et de lichen sur ces remparts désertés, ces palais croulants, ce vain essai
d'habitacle et d'association, et tout est à recommencer.
Où serons-nous dans dix siècles, bêtes de six secondes, qui parlons de nous encr'égorger, pendant que la croûte terrestre elle-même s'ouvre et craque sous nos pieds? Comte Tolstoï, comte Tolstoï, auteur de La Gueire et la Pj/x, répondezmoi, si vous le savez!...