AUGUSTE VACQUERIE
LE TU'BLIC ET TT{^G<AL'Dai'BçAS
*omédi£-Françaiseou Odéon,qucl que soit le théâtre qui s'y emploie, on va remonter Tragaldabas. Et je me hâte d'ajouter que c'est justice. Vacquerie a signé, dans Tragaldabas, la seule comédie ^> en vers comiques» que nous ayons eue depuis Hegnard : telle est du moins l'opinion des lettrés et des mandarins à trois boules.
Maintenant ratiocinons, comme dit Rabelais.
Si le public a sifflé Tragaldabas, c'est que Tr-i-
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galdabas ne plaisait pas au public. On le lui rend... Bien : c'est donc pour le braver? — Mais point du tout : et le public lui-même redemande son Tragaldabus . — Pour le siffler encore? — Non, pour l'applaudir!
Alors, qu'est-ce que c'est que le public?
II y a bien longtemps que je révais de poser cette question du public, au public, et l'occasion est bonne.
Le boulevard fourmille de gens très fins qui vous dennent doctement ce langage : « Le public veut ceci. . . Vous ne ferez pas avaler cela au « public... Sachez plaire au public, car tout esc « là; donnez-lui ce qu'il vous demande... On « ne raisonne pas avec le public, » Ces publicains ont en général leurs encrées franches dans les coulisses, excepté pourtant celles de Guignol, qui n'en a pas, er ils y sont écoutés, redoutés, consultés et flagornés comme personnes possédant le grand secret de Polichinelle ! Us ont avalé sa pratique et ils parlent du nez mêmement. Enfin ce sont gens fort intimidants, dont les directeurs ont une peur horrible et qu'ils gavent de billets de faveur, car et parce que : ils connaissent le public.
Dans ma brillante carrière dramatique, il m'a été donné d'en rencontrer quelques-uns, de ceux
notamment qui entourent les auteurs célèbres et leur jouent à domicile les servantes de Molière. Naïf et avide de gloire, je leur demandais :
« Qui est-ce, le public? » ec j'attendais leur réponse. Mais ils ne répondaient pas. Ils souriaient ironiquement et d'un air qui voulait dire : « Vous le savez mieux que nous-mêmes, ou, si vous ne le savez pas, c'est que vous êtes une fichue bête ! , . . »
J'étais cette fichue bête. Je le suis encore. Et, à propos de la reprise demandée de Tragaldabas, je leur renouvelle mon humble question : « Qui est-ce, le public!* »
S'il vous plaît, mes bons seigneurs, l'âge, le sexe et la demeure de cette bête d'apocalypse, pour laquelle, à un demi-siècle d'intervalle, Iragaldahas est un mets détestable et un plat délicieux? Puisque nous sommes en des jours de recensement, prière de définir l'identité de cette Majesté au nom de qui Francisque Sarcey exerce son vaste sacerdoce, et qui, douée de plus d'esprit que Voltaire, n'utilise cet esprit qu'à des palinodies déconcertantes ?
Et ici permettez-moi un apologue.
Le porc aux choux (dont il est question dans IragaldahasJ , même quand le porc est fi'ais et quand les choux sont bons, est un régal si on
TtTES ET CHARGES .
le plat du j
l'aime. Si on ne l'aime pas, c'est le
diable. Je suppose que Francisque ne puisse pas
le souffrir et que je sois son cuisinier.
Je lui en sers.
U me le renvoie, avec ces paroles décisives : (1 Je mourrais de faim devant dn porc aux choux ! . . . » Je me le tiens pour dît et je cherche à composer quelque blanquette. Mais le lendemain il me mande... « Ecoute, me dit-il, j'ai mangé hier, chez un Lucullus, je ne sais quoi de délicieux, oh il y avait du porc à base de choux, ou du chou à base de porc, je ne sais plus, et c'est ton affaire. Fais-m'en. >i
Je lui représente le plat de la veille, réchauffé au bain-marie; il s'y précipite, il le dévore, et il donne, en le dévorant, cous les signes de la plus vive allégresse.
Qu'est-ce que c'est que ce Sarcey-là ? Et par où mérite-t-il le nom même de Sarcey ? Ce Sarcey n'existe pas. Car de deux choses l'une : ou il est fou, ou il avait des idées préconçues, soit de mutine, soit de parti-pris, contre le porc aux choux, et, dans les deux hypothèses, quel cas doit-on faire du goût d'un pareil dilettante? Aucun. Il est donc préférable d'admettre qu'il n'existe pas.
De même pour le public et TragalJabas. Que pouvez-vous imaginer d'un être, collectif ou non,
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