‹ Le livre de CalibanChapitre 29 sur 58 · J.-J. WEISS · texte numérisé non relu

J.-J. WEISS

J.-y. C&ISSc4C^V'H^E IVEISS

iANS une étude qui fait grand bruit,

W^IJ\ M. J.-J, Weiss désespère de lapacrie

7^^ française.

Mot je crois que, pareil à l'amanc de Philis donc parle Molière, il n'en désespère que parce qu'il espère toujours. Mais les « jeunesses « du journalisme s'exalcenc contre M. J.-J. Weîss, contractent leur biceps national et lui disent des choses dures sur sa bibliothèque.

D'abord M. J.-J. Weiss a parfaitement le

droit de dire et d'écrire qu'il désespère, si il désespère, car telle est la liberté. Il y a un rôle pour les bougons, dans les familles. Puis M. J.-J. Weiss arrive à l'âge où l'on acquière le privilège de jouer les Cassandre, je ne parle pas, bien entendu, des Cassandre de la farce italienne. H n'a que cinquante-neuf ans. It pourrait encore épouser Colombine.

C'est donc un désespoir tout philosophique que le sien. On y entend encore les accents du patriotisme, du vrai, de celui qui brave l'impopularité et ose crier : « Gare là-dessous ! Tout dégringole! » lorsque la maison penche. Si demain la France reprenait en Europe la place rêvée pour elle par Henri IV, — conquise par Richelieu et maintenue par Louis XIV, M. J.-J. Weiss s'en tiendrait au doux commerce des Muses, et Chauvin, père de l'enthousiasme, ne serait pas son cousin. Mais il n'en est pas tout à fait ainsi, du moins pour le quart d'heure.

Certes ! il n'y a rien à dire contre la République; elle continue à être un essai loyal, et autour d'elle les nations curieuses et même sympathiques font cercle pour la regarder se tirer d'affaire. M. J.-J. Weiss remarque néanmoins, avec bien d'autres, que là se borne leur intérêt. Chacune d'elles continue à laver son linge poli-

j.-j. wïisî i6î

tique en famille, maïs sans le démarquer le moins du monde, cc sans prendre le chiffre béni de la belle lingerie française. Nous avons beau donner au monde le magnifique specracle d'un peuple en fermentation de réformes, les plus hardis se tiennent à distance respectueuse. On dirait qu ils attendent le joli moment où tout craque. De là quelque isolement. C'est sans doute ce qui désole ce pyrrhonien de Weiss; à force d'espérer, il désespère.

Imaginez qu'un homme très riche ait l'idée gtanJiose et ingénieuse d'utiliser le Great-Eastern à ses distractions personnelles. Il achète ce vaisseau-monstre, le pavoise, le charge de pâtés et de vins délicieux, et il invite ses aniis à y faire avec lui un voyage aux îles Fortunées. Ses amis se demanderont d'abord pourquoi un pareil navire avait été délaissé, car enfin il passait pour être la merveille des navires, lis voudront ensuite le voir fonctionner préalablement dans le porc, afin de savoir s'il est bien gréé, bien monté, pourvu d'un équipage suffisant, d'un pilote expérimenté et d'otficiers dignes du bâtiment qu'ils ont à conduire.

Si, pendant cet essai loyal la manœuvre se fait en dépit du bon sens, sans ordre, sans discipline, si, pendantqu'on se dispute à bord pour

des galons, des raclons de pâté et des heures de . travail, si le pilote esc flanqué à l'eau et si le capicaine esc traité de ganache par ses seconds ei remplacé cinq fois en dix minutes, par un mode de suffrage universel, l'armateur aura beau dire à ses invités : « Mon vaisseau esc le plus beau vaisseau du monde, et tous les autres à côté ne semblent plus que de vieilles carcasses !.., n ses invités resteront sur la rive, et ils le laisseront aller tout seul aux îles Fortunées.

Ec voilà précisément ce qui chiffonne Jean- Jacques Weiss dans sa bibliothèque. Là-bas, à Fontainebleau, où sont les carpes séculaires, on le voit quelquefois s'asseoir sur le dernier degré de sa haute échelle de conservateur et plonger des regards tristes au plus profond de la forée. C'est le soir, ec il n'est venu personne demander des livres. Le soleil se couche et l'ombre ramène le silence cher aux penseurs.

— Que cela esc bizarre, songe Weiss sur son échelle, ec que cela esc désespérant aussi! La France possède le gouvernement idéal, celui qui se rapproche le plus de l'état de nature ei qui rend l'homme le plus heureux sur la terre,

Elle l'a. Elle en jouit, et la nuit et le jour Tous les peuples environnants devraient ci de jalousie, car la République est aux autres

eow^ùtuùons ce que le

grands vaisseaux. Elle

voguer vers les îles î

son équipage est en ré

d'appareiller. La vape

hélices battent sur lai

être capitaine, distribi

tracer Titinéraire et en

ne part pas. On ne p

en rade. Déjà les pê

moule et le bigorneai

de la carène, et les p

mobilité du colosse et

Quarrive-t-il.^ Ceu]

Fortunées, et n'import

y aillent, se résignent

vieux jeu royaliste, les

les vieilles pataches c

sont commandées et

Eastern de la Républiqi

Ainsi médite J.-J. ^

lui crée l'absence de

carpes à Fontaineblea

idées noires lui vienne

chauves-souris, par la

combien d'esprits libé

d'espérance et toujour

i6S tCtes et charges

s'abandonnent au découragement! N'est-il point permis de douter du l'avenir d'un peuple qui depuis seize ans n'a pas fait autre chose que de se contester à lui-même la constitution sous laquelle il veut vivre? Depuis seize ans nous avons ouvert boutique de liberté et nous ne sommes pas encore d'accord sur l'enseigne.

Ah ! çà, quand commence-t-il, votre commerce ?

Le plus drôle (oh! drôle, si l'on veut), c'est que nous accusons la concurrence d'entraver notre essor. Une concurrence qui vous laisse seize ans pour vous installer est une concurrence assez bonne fille. Par oîi depuis seize ans les monarchies ambiantes nous ont-elles empêché de nous entendre sur l'enseigne, de former un personnel et d'accréditer sur les marchés du monde sublunaire les marchandises de progrès, de réformes et d'institutions libérales que nous promettons au, public? Où est-il le voisin farouche, le Tamerlan et le Gcngis-K.han qui vous dit: «Si vous avez le malheur de perfectionner, d'alléger vos lois, d'aérer votre Code et de favoriser chez vous le travail, l'intelligence et les talents, je vous tombe dessus avec un million d'hommes, et je vous extermine, f M. J.-J.

Weiss est allé de Fontainebleau jusqu'en Aile-

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