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CHAPITRE III

A bas Molière!

MOLIÉROLATRIE

u T A N T que je puis m'en rendre compte au moyen de cette arithmétique — qui dailleurs est mon faible — il y a aujourd'hui même deux cent treize ans que Molière esc mort. C'est ce qui vous explique que je commence à m'en consoler. Les plus grandes douleurs tournent à TindifTérence émue quand on leur survit deux cent treize ans. Je ne peux plus pleurer Molière. C'est plus fort que moi.

Peut-être aussi faut-il se faire une raison. Si

Molière n'était pas mort, il vivrait encore, et ce seraitembêtancà plusieurs pointsde vue. D'abord, il faudrait le défendre contre ceux qui le pleurent le plus. Ceux qui le pleurent le plus (mort), l'agoniraient d'outrages (vivant), et notamment les comédiens inconsolables, dont les larmes font mal à voir et qui languissent sur la terre depuis le 17 février 1675.

Ensuite, s'il vivait encore, on ne célébrerait pas [es moindres événements de sa vie dans des à-propos annuels et carrément littéraires qui rapportent de cinq cents à mille francs à des poètes dans la débine. 11 y a là une fondation pieuse à laquelle nous devons tous d'avoir pu payer notre crémerie.

De ce coté l'institution est bonne, très bonne ! Elle est même irremplaçable. On sait, dans les pâmasses, que tous les quinze janvier, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, vingt-cinq louis sont offerK à qui démontrera que Molière est l'honneur du théâtre. C'est pain bénit. Je vous réponds qu'on les accorde, les lyres! L'un empoigne son sistre, et l'autre son théorbe. Tout rontie et tout glapit dans les réduits du Pinde transéquanien et ciséquanien aussi. Molière? Mais on l'inventerait, pour ce prix-là. On lui prête toutes les vertus, celles de Racine, de CorneiUe, du

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père Malebranche, de Turenne et de saint cent de Paul. On lui attribue k découverte du naturalisme, le pressentiment de la vapeur, l'idi confuse mais certaine de l'union des races latine et tous les mots de Dumas fils. Et on le tutoie ! . Ah ! bonté divine !

Écoutez ;

Oui, Molière, c'e^t toi, dont le génie ii

Est de l'étemel sol l'étemelle semence !...

Te comparer, Molière, à quelqu'un? O démence l

Quand Molière finit, Molière recommence.

Les cordes vibrent à étourdir les hannetoEis. Les crémeries bruissent d'enthousiasme. Des ailes! des ailes!... Tout chante la mort de Molière, sa vie, son pseudonyme, sa gaieté triste, sa tristesse gaie, son déjeuner avec Louis XIV, son privilège inouï, son passage à Uzès, à Pézenas aussi et cette exquise Laforêt, bonne à tout faire, t'aïeule de la critique contemporaine.

En général, l'apothéose se termine par un fort éreintement de la famille Béjart. On écoule là quelques adjecrifs amers, recueillis à Bullier, pendant les rondes décevantes. On flanque un petit feu de Bengale dans les jambes de la cruelle à qui l'on doit quelques déboires personnels. Elle sera flétrie publiquement, à l'Odéon même.

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sous un nom historique, soit sans ê[re reconnue, oui, mais flétrie. Car lorsque l'on est dans la peau de Molière, il faut en proficerj et Porel ne choisit pas le même tous les ans.

M o L I Ë R ( , sombrt

Apprenez-le, madame, ce m'est une peine eitcéme que celle où vous me réduiseï! Vos atlention» pour une personne do qualilé que je ne saurais prendre sur moi de nommer f/ije; -■ cellt canailU i* Rémulot, li jeune premier de Montparnasie) me font sentir deux fois l'infériorité d'une condition (lisej! Ijjin du mois) qui n'est dépourvue ni d'orgueil (il est poêle) ni d'espérance. (Il négocie un fort emprunt sur son he'rituge).

Que vous jugez mal de mes sentiments, malgré votre génie! (Cela fait du bien par où cela passe). Do quels Tanx objets voui nourriaseï une jalousie, dont je voudrais être fière (je te croÏ!) pour justifier d'un amour tel que le vôtre! Souiïreï: que je vous retourne l'un de vos mois célèbres (Atlention, il s'iigit d'èblouir Perel : il n'a rien pour l'année prochaine) : Beau marquis, on espère alors qu'on désespère toujours!...

Si ce n'est pas un jeu amusant, je demande qu'est-ce qui esc amusant en ce monde? Et je répète que la mort seule de Molière nous permet d'y jouer une fois par an. Car les autres ne rendent presque rien. Corneille fournie peu, et Racine est ingrat. On ne sait que chanter en Racine. La Champmeslé peut-être? Mais elle est

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moins drôle que la Béjart. La Béjart est délicieuse. Aussi écope-t-elle pour tout le monde, dans tous les à-propos. On la cogne en vers et on l'abat en prose. En voilà une qui a fait gagner de l'argent à la littérature française !

Ces hymnes, dialogues ou monologues, sont certainement monotones à ouïr, et les critiques critiquants ne voient pas sans malaise arriver ce fatal quinze janvier qui leur double un terme d'une cantate. Les poètes seuls en jouissent. Et les comédiens peut-être. Car les comédiens n'ont pas de plus grand bonheur que de représenter Molière. Ah! incarner Molière! C'est l'être un quart d'heure; c'est presque le ressusciter. Tout comédien coniîent en lui un Molière qui ne peut pas sortir. O délices! être à la fois l'auteur de ce que l'on joue et l'acieur de ce que l'on a conçu ! Parler de son ^isanihrope, de ses Femmes Savantes. Imiter ta modestie de Molière quand on le complimentait de ses chefs-d'œuvre. Souffrir de ce qu'il a enduré, le cher martyr, de sa Béjart. Savoir que l'on aura déjeuné avec Louis XIV, que Ingres s'en souviendra^ que l'on n'aura pas été de l'Académie et que l'on doit mourir en disant n Juro» dans un futur z^alade imaginaire. Rendre cela : l'immortalité qui vous attend, et le rendre simplement, avec grandeur aussi, sans

précipiter l'avenir, et comme cela a dû arriver. Fondre le Molière réel avec le Molière rêvé, l'idée que l'on s'en fait et le renseignement qu'on en a, amalgamer cela devant un public qui s'écriera les mains levées : a C'est lui craché! » Quelle leçon pour les auteurs actuels, ceux qui ne sont pas morts depuis deux cent treize ans et qui font leurs pièces en personne ! Car non seulement Molière consultait les comédiens, mais il s'était fait comédien pour se consulter lui-même. Et quand il avait fini de, consulter le comédien qu'il était, il consultait le directeur, c'est-à-dire un autre lui-même encore. Il était trois, ce Molière. Que dis-je? il était quatre, car il touchait aussi à la caisse. Le rôle des rôles, quoi!

Eh bien ! mais, puisqu'il en est ainsi, pourquoi ne multiplie-t-on pas ces petites fêtes? C'est très facile, et le calendrier a des jours pour toutes les gloires théâtrales. Par exemple, Scribe est mort le 20 février 1861. On ne dira pas que ce n'est pas un maître révéré, puisqu'il a son buste au Théâtre-Français, tandis que Victor Hugo et Alexandre Dumas père ne l'y ont pas encore. En outre, si les comédiens bavent d'extase quand ils parlent de Molière, ils tournent de l'œil quand ils traitent de Scribe. Enfin cet homme est mûr pour la cantate.

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J'offre donc à Claretie de lui composer pour le 20 février prochain un à-propos-apothéose, très soigné, que je lui vendrai deux cents francs seulement, à cause de la dureté des temps 5 et dans cet à-propos (de bottes) je ferai pour Got un Scribe nature et parlant, pour plus d'illusion, la langue inimitable dont il fut Tinventeur. J'y donnerai pâture à la dévotion que nous professons tous pour ce grand homme, et nous fonderons ainsi une institution telle qu'on la rêve quand on est poète, qu'on n'a pas le sou, et qu'il faut faire tous les métiers pour vivre.

Uhistoire de Scribe abonde en traits extraordinaires et bons pour la cantate, et si Ton se rappelle que Molière, fils d'un tapissier, est mort en scène, il ne faut pas oublier que Scribe, fils d'un drapier, est mort en fiacre. On peut attendrir avec cela une salle de i^foo personnes un peu prévenues.

Car nous vivons en un temps où l'on porte partout ailleurs qu'à l'église le besoin d'adorer et de célébrer qui est le propre de l'homme. Nous ne mettons plus l'encens dans les encensoirs, mais nous le plaçons dans les seringues du éMalade imaginaire, La confusion est si grande que Molière a une semaine sainte, comme le crucifié du Calvaire, et qu'on lui chante sa Passion (selon Bé-

jart) aux daces commémoranves. Le jour de sa naissance esc un jour gras; celui de son décès, on jeûne. Et si on arrivait à connaître exactement celui où la Béjart a commencé) toute la France chasserait le dix-cors expiatoire, et de l'aube à ta nuit, en souvenir de ce prodige de trahison féminine auprès duquel la plus cruelle énigme n'est qu'une simple quesdon du Bulgare.

Alors pourquoi pas les autres? Pourquoi pas Voltaire? Beaumarchais? Diderot? Pourquoi pas Musset? Ils ont eu aussi des malheurs.

Maintenant, si les théâtres d'Etat éprouvent le besoin de décerner vingt-cinq louis par an à des poètes embourbés dans la dèche, qu'ils les décernent, mais que ce ne soit pas pour fonder une religion à coups de luth. La preuve que Molière n'est pas un dieu, c'est que non seulement il n'apparaît pas, maïs qu'il ne reparaît même pas. Et en cela, il a bien raison. Car s'il reparaissait, les pommes cuites deviendraient chères sur la place, d'abord. Puis les comédiens lui referaient ses pièces, Sarcey les éreinceraic, et la Béjart lui en planterait de si hautes qu'il n'y aurait pas assez de laurier pour les enguirlander jusqu'à la pointe.

COMME Q UOI MOLIÈRE

N'A JAMAIS EXISTÉ c4 cM . Jules Ciaretie, directeur de la Comédie fraaçuite.

s!... Mais ce n'est pas douteux, ; mon cher Ciaretie. Il n'a pas existé.

I Longtemps, j'ai retenu cette révélation, de peur de gêner votre direction, déjà bien pénible. Je sais combien l'existence de Molière est nécessaire à la prospérité de notre premier théâtre, et notamment à sa subvention. Et puis, l'idée de désoler tant de bonnes gens pour qui le martyre de Molière est une torture de toutes les heures, qui déjeunent de sa naissance, dînent de

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sa more et portent le deuil éternel de son grand cocuage national, cette horrible idée, dis-je, me brisait Tâme. Mais il le faut. Vous vous préparez, dans votre candeur officielle de directeur, à célébrer encore une fois une ombre sans consistance historique, à déchaîner Torches tre des cantates sur un mythe, à célébrer à tour de bras un tapissier mystificateur; il est temps de vous prévenir : Molière n'a jamais existé.

Il est des illusions qu'il convient de laisser au peuple, oui; mais l'existence de Molière estelle du nombre? Non. Que de victimes n'at-elle pas faites ! C'est elle qui réduisit Sainte- Beuve à parler belge!... Ce lundiste, en effet, a écrit : « Aimer Molière, j'entends l'aimer sincèrement et de tout cœur; c'est, savez-vous?

avoir une garantie en soi contre... » etc. Pauvre Sainte-Beuve, en arriver là! Du brabançon!

Jugez de ses successeurs.

Donc, finissons-en, mon cher Claretie, avec cette légende fatale : elle nous tuerait tous nos critiques. Égal en ceci à Homère, à Shakespeare et à Napoléon, Molière n'a jamais existé. A-t-il craint de nous humilier.^ Je l'ignore. Toujours est-il que, à leur exemple, il s'est abstenu d'être. Pour Homère, c'est connu. Homère, en grec, veut dire : o Au rendez-vous des rapsodes. » Ce

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vieillard exerçait le métier d'aveugle et son chien s'appelait Argos. Au lieu de jeter un sou dans la sébile qu'ArgoB portait aux dents> les poètes dece temps-là y déposaient tantôt un chant de Xlliade et tantôt un chant de ÏOdyssée. Quand il mourut, on trouva le tout dans sa paillasse. C'était parfaitement homogène.

Une brochure célèbre a démontré de même que Napoléon n'avait jamais eu lieu. Napoléon n'est pas autre chose qu'Apollon, et ses douze maréchaux sont les douze signes du Zodiaque.

Apollon, surnommé le Soleil, se couche tous les soirs dans la mer, Camille Flammarion vous le dirait. Or, la mer, c'est de l'eau. Mais par quel mot exprimez-vous l'eau dans la langue de Wellington? Water. Réunissez, à présent, les deux vocables : itinr^r-l'eau, et vous avez précisément le nom de la prétendue bataille où s'éclipsa l'astre napoléonien. Concluez vous-mêmes.

Il n'a pas été plus diHîcile à la Science d'établir victorieusement la non-existence de Shakespeare. Tout le monde sait aujourd'hui que Shakespeare n'est autre que lord Verulam, c'est-à-dire François Bacon, l'auteur du U'^vum organum. Ce philosophe, les jours où la philosophie l'embêtait, composait, pour se désopiter, les vaudc-

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villes àUHamlety de éMacbeth et à' Othello ^ et il les donnait à un palefrenier de ses amis, d origine tourangelle, qui s'appelait Jacques-Pierre. On remarquera que ce nom de Jacques- Pierre, prononcé à l'anglaise, donne précisément Shakes- Peare. Tout est là. François Bacon avait évidemment peur de se compromettre aux yeux de la postérité en avouant des facéties telles que Hamlety éMachethy Othello et d'autres encore dont les directeurs du Palais-Royal eux-mêmes ne voudraient pas pour relever leur théâtre.

Eh bien, pour Molière, c'est encore plus grave, mon cher Claretie. Du reste, voici :

Mon quadrisaïeul, celui-là même dont il est question dans le Festm ridicule de Boileau, et qui, de son état, fut maître-queux éminent et sut régaler les honnêtes gens avec de la bonne cuisine, a laissé des mémoires inédits que je possède, et par lesquels il est démontré qu'il connaissait beaucoup Molière et le voyait fréquemment à Versailles. Je détache de ces Mémoires la page suivante :

« Ce n'est un secret pour personne que Molière n'est pas l'auteur des comédies représentées sous son nom. Le brave garçon n'est même pas capable de signer ce nom dont on l'a affublé.

Ah ! ses autographes seront rares ! Quand H a à parler au Roy, il trace une croix sur un papier, et le Roy, qui ne s'y trompe pas, fait aussitôt mettre un couvert de plus à déjeuner. Ces déjeuners entre Sa Majesté et le comédien sont fréquents, et, chaque fois qu'ils ont lieu, Louis XIV remet à Molière un manuscrit nouéavec une faveur bleue.

« Parfois, c'est ietMédecîn malgré lui ^ souvent XÈcole des femmes et quelquefois le fameux Tartuffe. Et l'on s'occupe de distribuer les rôles. Molière ne sait jamais ce que le Roy lui donne; car, d'abord, il n'y connaît rien, étant directeur de théâtre; mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'il ignore quel est le véritable auteur des pièces qu'il signe. 11 m'a raconté lui-même que, le jour où i! reçut le Tartuffe des mains royales. Sa Majesté, étant allée s'assurer que les portes étaient bien closes, était revenue sur la pointe des pieds, et s'était écriée en renversant légèrement sa perruque :

« — Pour celle-ci, Jean-Baptiste, c'est du nanan ! J'en ai ri toute la nuit avec ma chère Maintenon !

« Et comme Poquelin demeurait béant de la familiarité de Louis XIV, le Roy-Soleil avait ajouté ces paroles stgniBcarives pour tout autre plus instruit que mon pauvre camarade :

(( — Quel talent il a, cet animal-là ! Avouez que j'ai eu un rude nez de le faire enfermer à la Bastille. Il aurait découragé tous ses contemporains, et mon siècle était flambé.

(1 Le Roy parlait du véritable auteur du 7arlufe et des autres comédies, c'est-à-dire du propre frère de Sa ^ajesié! ...»

La première fois que je lus cette page des Mémoires de mon quadrisaïeul, je n'osai pas comprendre. La révélation était si formidable que, par pitié pour l'édic de Moscou, mon cher Claretie, je voulus brûler le manuscrit. Eh quoi ! me disais-)e, Molière non plus? Après Homère, Shakespeare et Napoléon, que restait-t-il à l'humanité?... Molière; et il n'a pas lui 1 Du moins ce n'est pas lui qui a lui, c'est le frère de Louis XIV, un Bourbon déclassé; mais lequel? Car LouîsXlV n'a pas eu de frère. Douter de mon quadrisaïeul, impossible, puisqu'il était illettré. Alors quoi?

Je poursuivis donc la lecture de ses étranges Mémoires. A la page 217, il y a ceci. Je cite textuellement :

<< Hier matin, dans les fossés de la Bastille, un a trouvé un plat d'argent sur lequel étaient gravés au couteau douze vers alexandrins visiblement inédits d'une comédie qui doit s'appeler le •^Misanthrope. II est évident que le Masque de

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Fer, fatigué de l'anonyme, cherche à révéler au public le secret de son incarcération, qui est celui de ses talents. Le plat a été porté à M. de Louvois, lequel esc entré, selon son habitude, dans une fureur épouvantable, car le manuscrit du îMisanihrope avait été remis le matin même à Molière par le Roy. Mais on en sera quitte pour supprimer les douze vers révélateurs qui étaient les seuls vraiment amusants de la pièce. »

Et maintenant, je vous le demande, mon cher Claretie, dois-je détruire mon papier de famille ? La Comédie- Française m'en saura-t-elle gré à ma première lecture, qui est proche? Est-il plutôt de mon devoir de répliquer à la critique allemarde qui, lorsqu'on lui dit Shakespeare répond Bacon, en produisant les preuves de la non-existence de Molière? Conrinuera-t-on à l'applaudir, à l'adorer et à parler belge comme Sainte-Beuve, quand on saura que tous ses chefs-d'œuvre sont du Masque de Fer et qu'ils ont été perpétrés dans les prisons, comme de simples chaussons de lisières? Mon anxiété est extrême. Dédiviniser Molière, c'est grave, à cause des frais du culte.

Et, d'un autre côté, il me semble qu'il est temps et que l'on va trop loin. Au nom seul de Molière, toute la critique française fait les yeux

blancs. 11 a cependant son Bacon, ainsi que vous voyez, et quel Bacon! le Masque de Fer!

J'ignore, avec mon quadrisaïeul, si les dates du Masque de Fer concordent exactement avec celles de Molière, Si les dates du Masque de Fer étaient exactes, il ne serait plus le Masque de Fer. Mais, plus j'y songe, plus je suis frappé de l'aisance avec laquelle les deus légendes s'expliquent l'une l'autre. Louis XIV pouvait-il tolérer d'avoir un auteur dramatique dans sa famille? Jamais.

Or, son frère aîné était né pour cette atroce profession, digne au plus d'un tapissier. Il le iît enfermer d'abord aux îles Sainte-Marguerite (première période de son talent : les farces, les imitations, les tragédies), puisa Pignerolies (deuxième phase : le ton se hausse), et enfin à la Bastille (troisième manière : il égale Plaute ei dépasse Térence), Tout cela est clair. En outre, si le Masque de Fer n'est pas Molière, qui est-il? Pourquoi Molière déjeunait-il tous les mardis chez Louis XIV? D'où vient qu'on n'a pas de lui un seul autographe, ni même sa signature authentique ?

Croyez-le bien, mon cher Clarene, palefrenier, aveugle, tapissier ou Apollon en exil, tous les hommes de cette taille ont un Bacon. C'est

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pourquoi il ne faut jamais les adorer tout à fait et passer sa vie à leur guimbarder des cantates 5 d'abord, parce qu'ils ne les entendent plus, et ensuite parce que, trois cents ans après leur mort, la science arrive et prouve qu'ils n'ont jamais existé. Pour Molière, ça y est.

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