‹ Le livre de CalibanChapitre 50 sur 58 · LE MACROBE DE CANCAVAL · texte numérisé non relu

LE MACROBE DE CANCAVAL

^ ' I D É E de célébrer sa longéviré du ' chimiste Chevreul par une représentation de gala à l'Opéra est une de ces idées comme je les aime, ingénieuses, logiques ec gaies. Je la chante. Au premier ténor qui atteindra l'âge de cent ans, nous aurons un bal à l'Académie des sciences; c'est promis. On espère que Duprezj qui a aujourd'hui quatre-vingts ans, voudra bieo se prêter à cet échange de politesses encre les Arcs et les Sciences.

Toujours est-il que le ^i août, le chimiste Chevreul verra son buste couronné au miUeu du déchaînement des cuivres et que des aimées ofli-

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cielles et légères lui danseront son centenaire, devenu thème de chorégraphie nationale. Elles traverseront la scène sur les pointes en dessinant des zéros allégoriques avec les bras. Ce sera le hallec du chiffre rond. Car, le 31 août, Chevreul aura décroché son siècle.

Les poètesaussi donneront, et l'on pindarisera. C'est mon ami Armand Silvestre qui est chargé de faire rimer Chevreul avec aïeul. Je le connais, il s'acquittera de cette fonction noblement et son hymne unira la conviction à l'éloquence. Silvestre est inimitable dans ces odes au grand rythme qui roulent l'or du renseignement dans les Hors de l'enthousiasme. Il est lui-même très saviiiu et, quand il était à l'école polytechnique, il passait ses dimanches à pâlir sur les problèmes les plus ardus de la physique et de la chimie. Quant à l'algèbre, cette sphynge, il ne lui a pas encore lâché les mamelles.

Chevreul sera donc dûment célébré. Le poète dira tout au buste. Il n'oubliera même pas les fameuses bougies stéarinées qui ont popularisé le nom du centenaire français. Stéarine a des rimes opulentes: czarine, marine, narine, farine, ocarine, barine... Ah! ce Silvestre, il a de la chance!

Il n'y a pas de danger qu'on m'en commande

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à moi, de ces riches cantates, et pourtant, Dieu sait si j'aimerais à faire ronfler mon luth en l'honneur du père Chevreul ou de tout autre ancêtre encore vivant. Mais, on ne sait pourquoi, le pauvre Caliban passe pour irrespectueux. C'est une gri>s$e erreur. J'ai le sens de l'admiration extrêmement affiné et le macrobismeestune des choses qui me montent le plus, attendu qu'au dix-neuvième siècle après Jésus-Christ, ce qu'il y a de plus difficile pour l'homme, c'est de vivre. Tout s'y oppose.

Lorsqu'on revient, le soir, de Dinan à Dinard, par cet estuaire splendide de la Rance, qui n'a d'égal en beauté pittoresque que les bords du Rhin, les matelots du bateau à vapeur vous montrent, sur un petit promontoire appelé la pointe de Cancaval, une maisonnette dont le reflet, dans l'eau verte, ne mesure pas deux mètres carrés. C'est là que demeure une des gloires de la contrée, le fameux ermite de Cancaval.

Or, sa gloire consiste en ced, qu'il y demeure depuis cent cinq ans. 11 fait la pige de cinq années au père Chevreul. Quand le père Chevreul esc venu au monde, l'ermite de Cancaval jouait déjà aux billes. La visite au macrobe de la Rance esc l'une des pardes classiques que l'on organise pendanc une saison à Dinard, On s'en

va, en compagnie, le féliciter d'avoir vécu si longtemps, et il vous répond avec une lucidité rare ; il n'y a pas de quoi! Car il sait l'histoire.

Alors on lui demande son secret de longévité, et il vous le donne : il a toujours péché à la ligne 1

Depuis centcinqansilestlà, sur ce petit cap, à l'abri du vent du nord-ouest, et laissant flotter dans les mascarets du flux et du reflux le joli bouchon philosophique de sa destinée. S'y prend qui veut, à sa ligne, et les poissons le connaissent bien. Parfois ils se sacrilîent, car il est rtionneur de la Rance. Ils en sont fiers.

Je le suis autant qu'eux de ce macrobisme régional, et dès ce que j'ai su de quelle manière on fêtait son rival et son culot des Gobelins, j'ai couru au théâtre de Saint-Malo et j'ai offert une cantate à la ville, trop heureux de pouvoir utiliser de la sorte les facultés d'enthousiasme à rimes riches que la nature m'a octroyées et que la Rance même exalte tous les jouis.

— Célébrons ce macrobe, ai-je dit, par une représentation extraordinaire. Je me charge de tout. Je suis du dernier bien avec la Comédie- Française, et je n'ai qu'à parler pour que le comité m'envoie au moins Prudhon. Les rimes à Cancaval sont nombreuses, et nous avons à notre

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disposition carnaval, naval, aval, sans compter les noms propres et les hardiesses parnassiennes donc je me fais fort. Si avec cela vous fournissez la musique de la garnison, nous terminons par un bal tnacrobiologique, et la Rance enfonce la Bièvre !

Mais la ville de Duguay-Trouin a reçu froidement mes avances lyriques. C'est une municipalité de gens sages et modérés, qui ne s'emballe pas très facilement et qui, en fait de cantates, a des idées réservées. Elle ne gaspille ni les rimes ni le bronze. Je la crois pauvre.

L'un des édiles malouins, homme d'ailleurs vieux, quoique sans excès, m'a tenu ce langage un peu bourgeois, mais clair : — Certes, la longévité est une vertu, et je vous la souhaite, comme d'usage. Nous Tesûmons à son prift, et, tels que vous nous voyez, nous entretenons pieusement et faisons réparer à nos frais l'ermitage du Machusalem de Cancaval, car le respect de la vieillesse est une fleur de morale gauloise qu'on cultive encore en Bretagne. En faire davantage, ce serait trop peut-être. Une fête au théâtre, avec le concours de Prudhon et la musique de la garnison, dérouterait la population naïve de nos côtes ; elle croirait au passage de Sarah Bernhardt.

— Vous avez bien, hasardai-je, la statue de

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Duguay-Trouin, qui, lui, n'a vécu que soixantetrois ans!...

— C'est vrai, reprit le sage édile, mais ce n'esc pas pour ça. Si Duguay-Trouin n'avait fait que pécher à la ligne pendant soixante-trois ans dans la Rancc, nous l'admirerions encore passionnément^ mais point jusqu'à la statue. La différence qu'il y a entre Duguay-Trouin et le macrobe de Cancaval, c'est que Duguay-Trouin est une gloire et le macrobe une curiosité. Saisissez-vous?

J'avais saisi. Je rengainai ma cantate et ses suites. Loin de moi la pensée irrévérencieuse d'établir un parallèle entre l'illustre chimiste des Gobclins et mon humble pêcheur à la ligne de la Rance, Si l'un a dignement rempli la coupe de sa vie par des découvertes que Silvestre vous dira, en sa présence même, l'autre pourrait à peine, au bout de cent cinq ans, donner quelques indications à Reyer pour son immense travail sur « l'influence des queues de poissons dans les oscillations de la mer. » Il laissera, s'il meurt jamais, beaucoup moins à la science que l'auteur des a Recherches chimiques sur les corps gras d'origine animale. » Enfin, il n'y a pas de comparaison possible, saufpour l'âge toutefois. Or, c'est cet âge, je crois, que l'on doit tamtamiser à i'Opéra le trente et un courant. C'est ce qui m'a

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trompé, et l'édile malouin me l'a fâk durement sentir.

Il devient bien difficile de s'entendre et le bonheur sur la terre n'a pas un programme bien défini. Tantôt le doux Ménandre, si poériquement traduit par AUred de Musset, nous affirme que lorsque l'on meurt jeune, on est aimé des dieux; et tantôt Rite et Gailhard déchaînent l'orchestre en l'honneur d'un chimiste ayant duré et perduré autant que deux chimistes. Qui esc-ce qui a raison : est-ce Ritt, IVlénandreou Gailhard? Les gens de l'Opéra ont au moins l'avantage de l'innovition, et c'est la première fois qu'on félicite ur. homme publiquement d'avoir souffert deux fois plus que les autres hommes.

Boum! boum! eczing, zing! Voici celui qui, né en 1786, a vu passer plus de gouvernemencs qu'un préfet dégommé n'en rêve! A moi, les cuivres et les peaux d'ânes! Celui qui a assisté à plus de révolutions, de massacres, de tueries et d'exterminations qu'un boucher de la Villettt ne voie d'égorgements de veauxetde moutonsdans sa carrière. Siffle, ô flûte de Tulou, module, ô cor de iVlohr, en avant les petits Paganinis d' Aires, susurrez, vents des cordes, et vibrez, cordes des vents! Le macrobe que voici en sait plus long sur l'injustice, sur la méchanceté, sur la

bêtise, sur la lâcheté, sur le vol et l'infamie humaine que trois généracions empilées. II a assisté à cent ans d'histoire de France. c4llegro majestuoso, tous les tubes, tous les crins, gloire au chimiste, et hosanna pour l'un des témoins les plus longanimes de la misère des civilisés I . . .

Eh bien! oui, cette idée d'appliquer à ce mal de cent ans, enduré par un remueur de sulfates l'étourdissement de la grande musique et des tonnerres harmoniques en chambre , est une jolie idée. Chevreul a bien mérité qu'on lui joue les Huguenots pour lui tout seul. Mais selon moi, il y avait mieux, et si le demi-macrobe Grévy lui avait, au nom de l'humanité, remis le prix Montyon de iS86, on aurait eu la vraie fête du macrobisme, la bonne, la seule qui lui convienne.

. paraît que la chasse est un plaisir ' extraordinaire et qu'il y a même des ^'v> gens qui s'en font mourir. Je parle de la chasse aux perdrix (carabt), de celle qui consiste à triturer les terres labouiées avec de grandes bottes lourdes et à fusiller des oiseaux contre le mur bleu du ctel. Cet exercice féroce est préconisé par des penseurs; il est même donné comme une distraction, un reposl... C'est très bizarre. Le chasseur est un compère Guilleri qui, en toute saison, est insupportable, d'abord par sa conversation aussi bornée que sanguinaire, et ensuite à cause de ceci qu'il ne peut rien voir

voler sans faire le geste d'épauler un fusil imaginaire en imitant le bruit de la détonation, pan, pan, pan!... Cet homme est l'ennemi des ailes. En arriver à ne plus comprendre Foiseau que mort et saignant, voilà ce que j'appelle de la poésie. Du reste, il y a des peintres d'oiseaux morts!... Miséricorde, quelle spécialité!...

Quand on me demande pourquoi je ne m'affilie pas à la Société protectrice des animaux, ma réponse est toute prête : « Elle a des chasseurs dans son sein. » Une société protectrice des animaux qui a des chasseurs dans son sein, c'est comme qui dirait une association pour l'abolition de la peine de mort composée de quelques bourreaux. De deux choses l'une : ou la perdrix n'est pas un animal, et alors qu'est-ce qu'elle est } — ou la Société Grammont est une cocasse de Société, car une perdrix foudroyée, criblée de petits plombs, plumée, lardée et ensevelie dans un linceul de choux n'est pas une perdrix protégée, non, elle ne l'est pas !

L'auteur de ï Ornithologie passionnelle j le père Toussenel, un bien bon homme, qui fut dans l'art des lettres ce que le caricaturiste Grandville fut dans l'art du dessin, a souvent essayé de m'expliquer la chasse. La caille, s'écriait-il, se mange, et tout est là ! — Pardon, ripostais-je.

mais le bœuf aussi ! Or, on ne chasse pas le bœuf!... Le gentilhomme qui joindrait au plaisir de manger le bœuf celui de le poursuivre par monts et par vaux, en sonnant dans le cuivre des tayaux frénétiques, serait un gentilhomme abusif et ridicule. — Chasser le bœuf, disait Toussenel, quelle idée folle! — D'accord, mais oii commence le droit de chasse que nous nous arrogeons sur les animaux ? Si c'est à la comestibilicé, le bœuf est plus comestible que le cerf. Chassons le bœuf!.,.

Ce paradoxe faisait enrager le bon ornithologue et je me rappelle que, lorsque je voulais l'exaspérer tout à fait, je remarquais sataniquement que l'homme aussi est comestible, et que par conséquent!... Alors, il s'en allait, révolté, et déclarant qu'il était impossible de causer sérieusement avec moi.

Excellent père Toussenell Par un système d'analogies instinctives emprunté à La Fontaine et aux fabulistes et poussé par lui jusqu'à la manie, il prêtait aux bétes des fonctions excranaturciles dont elles ne se sont jamais avisées et par où elles s'assimilaient à des hommes en société. C'est ainsi qu'à ses yeux attendris le geai jouait, dans les arbres, le rôle d'un membre de l'Institut; la pie, c'était le mouchard) le cor-

beau réaiisaic le procureur-général. Chaque animal remplissait un emploi : le renard, celui de percepteur des contributions j le cygne, c'était l'ingénieur des eaux. Pour lui, le pélican résumait le financier, et la cigogne la femme honnête. Quant à la grue, son analogie est encore populaire.

De telle sorte que, lorsqu'il revenait de la chasse — car, par une anomalie qui démolissait tout son système, ce naturaliste était chasseur pratiquant, — nous ne manquions jamais de le saluer en ces termes : — Eh bien, père Toussenel, combien en avez-vous tué, de ces avocats? — Ou encore : Voici le moment de l'émigration des courtisanes : il va y avoir dans le ciel de jolis vols de gourgandines ! . , .

Je me hâte d'ajouter que l'ornithologue passionnel était l'un de ces chasseurs hygiéniques comme il y en a beaucoup, et fore heureusement, !1 n'avait de sa vie tué personne, pas même un financier ou un procureur empennés. Quand il emportait son fusil, il oubliait ses cartouches, et le lendemain c'était sa gibecière. Car il y a deux écoles, le chasseur qui ne tue rien, et le chasseur qui ne tue pas. Tous les autres sont des braconniers.

Chasser comme chassait Toussenel, à la

I bonne he

bonne heurs. On le peut, même dans le passage des Panoramas. Je comprendrais cette école, si le fusil n'était pas gênant à porter et pesant à l'épaule. Pline le Jeune a donné la théorie de cette chasse qui consiste à partir dès l'aube, avec un livre préféré dans la poche, à s'asseoir au milieu d'un carrefour ombreux et à se faire passer des lapins sur la tête. Toussenel allait plus loin encore : il causait avec eux et il leur taisait raconter leur histoire. Ces; ainsi qu'il a écrit ses jolis livres, et qu'il a fait ses découvertes zoologiques. Si nous savons aujourd'hui que le lapin aime surtout à jouer au bouchon, c'est aux chasses philosophiques de Toussenel que nous le devons.

Eh bien, je me suis lancé sur les traces analogiques et passionnelles de ce bon compère Guilleri, et je puis dire que moi aussi je suit chasseur. J'ai même innové dans le genre, ainsi que vous allez voir.

Tous ceux qui m'ont fait l'honneur de me rendre visite dans la maisonnette que j'habite ont été frappés de la beauté ample du jatdin qui la flanque. Ce jardin mesure quatorze mètres de long sur sept de large; or, pour Paris, c'est immense. Honteux de posséder un tel espace lorsque tant de gens qui valent mieux que moi

languissent dans des cases piranésiennes, sans air, au huitième étage, il m'a paru décent d'utiliser ce sol perdu pour la sainte bâtisse, et j'y donne des chasses auxquelles on vient assister de fort loin.

D'abord, il me fallait un chien, bien entendu. Ma vieille amie Diane, une épagneule un peu mêlée, mais si douce, consentit à se prêter à mes projets cynégétiques, quoiqu'elle n'eût jamais chassé que les rhouches. Le plus difficile à trouver c'était un lièvre, du moins un lièvre vivant. Le hasard me vint en aide. J'en découvris un en cage, chez un marchand de vin de mon quartier, car le dix-septième arrondissement est fort giboyeux. Quand je dis que je le découvris, c'est pour me vanter; cet honneur revient à Diane elle-même. Elle vit ce lièvre chez ce marchand de vin, et avec sa bonté profonde, elle alla lui donner un coup de langue de commisération à travers les barreaux de sa cage. J'achetai le lièvre et je l'appelai Hyacinthe. Puis je le lançai dans l'étendue prétentieuse dont je dispose grâce à un bail de trois, six^ neuf.

Je ne sais pas quelle fonction sociale- Diane remplit dans la nature selon la doctrine de Toussenel, mais j'incline à croire que c'est celle de

sœar de charité. Dès qu'elle aperçut Hyacinthe gambadant dans ce clos familier, elle s'élança devant lui pour le distraire, l'amuser, et elle lui en fît les honneurs. Le lièvre, d'abord intimidé et ne connaissant pas encore les opinions zoologiques de la màson, s'était réfugié sous un petit chariot d'enfant, dans lequel une poupée dormait les jambes en l'air. Mais quand il vit que tout était à la joie et que la chienne tournait autour de la pelouse sans s'arrêter, comme pour l'inviter à vivre heureux, il se précipita à sa suite ec il k chassa, tayaut, tayaut !...

Du haut du ciel, votre demeure dernière, père Toussenel, vous devez être content de moi. J'ai un lièvre qui chasse le chien !

Aussi je donne souvent des fêtes, et l'on sonne du cor dans ma maisonnette. Du reste, Hyacinthe est aimable et sobre. 11 se nourrit de ronds de carottes et, le dimanche, d'un peu d'avoine. C'est mon ami. Quand je pars pour la campagne, je l'emmène dans un joli panier et je paie sa place entière aux Compagnies, sans qu'on me force de le museler. Une fois dans les champs, il s'accommode du moindre poulailler, et on peut en laisser la porte ouverte; il ne s'en ira pas. 11 joue à saute-mouton avec les poules et courtise les lapines ainsi que faire se doit.

Diane veille à sa sécurité. Il se plaît tellement à cette vie carrément passionnelle qu'il croit aux fabulistes^ et que^ s'il ne se comportait pas bien, je n'aurais qu'à lui dire^ comme les filles de Victor Hugo à leurs canaris en cage : — Je vais vous enfermer dehors I . . .

Mais il n'y a rien à craindre, et si l'ouverture de la chasse l'excite un peu depuis quelques jours, c'est qu'il vit auprès de son gibier, je veux dire de Diane, et que la tentation est vraiment trop forte. Aussi préparai-je en l'honneur de saint Hubert une chasse grandiose. On partira dès l'aube, guêtres, sanglés, la carnassière au dos,avec, dedans, comme dit Concourt, un bon livre et des provisions de bouche; on piétinera dans les terres labourées, on escaladera des murs et des haies, on exhibera des permis aux gendarmes, on fera quinze lieues pour obtenir des cors, des oignons et des oeils de perdrix, on déchargera des artilleries hasardeuses à droite, à gauche et de tous côtés; enfin l'on s'amusera ferme, tandis que des piqueurs rabattront la chienne sur une clairière. Là, je lâcherai Hyacinthe ! . . .

Telle est ma chasse à moi; elle en vaut bien une autre, et je prétends y trouver autant de plaisir que ceux qui la mènent à rebours et font

lîf

poursuivre le lièvre par le chien. Quant au profit, il n'y a qu'à entrer, au retour, dans une ferme, et y acheter deux lapins de choux, et nous aurons le même souper que les autres, —

et au même prix.

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