CHAPITRE PREMIER
plâtre et le kaolin, le sulfate de baryte, etc. Tous les moyens possibles, en un mot, furent employés pour séduire la clientèle par l’appât du bon marché en sacrifiant la qualité des produits.
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si les papiers fabriqués dans de telles conditions depuis une soixantaine d’années sont cassants, se couvrent de taches et se détruisent rapidement sous l’influence des actions chimiques développées par l’humidité dans les impuretés de la pâte ; mais c’est une erreur de croire que les procédés actuels, appliqués avec toute la perfection dont ils sont susceptibles, ne permettent point d’obtenir des papiers aussi bons qn’autrefois.
Le plus grand défaut de la machine à papier ordinaire c’est qu’en produisant le papier sans fin, elle contrarie par la traction le feutrage des fibres dans le sens de la longueur de la bande, tandis que par le procédé, dit à la forme, le retrait se fait également dans tous les sens ; on y remédie, dans les fabrications soignées, en donnant à la pâte des mouvements d’oscillation latéraux et en la faisant avancer avec une extrême lenteur. Pour annuler l’action délétère du chlore, qui a
LE PAPIER
remplacé les lessives alcalines on emploie des chlorures de chaux très purs qu’on dose exactement et que l’on fait disparaître ensuite par des lavages répétés.
Toutes ces précautions étant prises, il en résulte, pour le papier moderne, les mêmes qualités que pour le papier ancien, et en plus la souplesse, le poli, le collage dans la pâte même, ainsi qu’une égalité parfaite dans les teintes et les épaisseurs, qualité essentielle pour donner de l’unité à l’impression.
Il suffit pour s’en convaincre d’examiner une feuille du papier fabriqué spécialement pour la photographie. Son homogénéité est telle qu’il sert souvent de cliché ; la moindre particule de matière étrangère à la cellulose, si elle y existait, causerait des perturbations dans les réactions qui se passent à sa surface; il est absolument inerte, c’est-à-dire qu’il ne se tourmente pas sous l’action de l’humidité; quant à sa solidité, qui ne peut cependant s’obtenir qu’au dépens de l’inertie, on en a la mesure par ce tait qu’une grande feuille, plongée plusieurs heures dans un bassin et encore toute chargée de liquide, peut être suspendue par un angle sans qu’elle se déchire. Je dois ajouter qu’il n’y a au monde que