‹ Le livre de demainChapitre 117 sur 136 · V. LILUTAUD · texte numérisé non relu

V. LILUTAUD

Cancelié dôir Fellbrige,

Vourouno, 17 de janvié 1884, jour aniversàri de l’acioun erouïco de Voulandeto.

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SARA LA BAIGNEUSE

Sara, belle d’indolence,

Se balance

Dans un hamac, au-dessus Du Bassin d’une fontaine Toute pleine D’eau puisée à l’Ilyssus.

Et sa frêle escarpolette Se reflète

Dans le transparent miroir, Avec la baigneuse blanche Qui se penche,

Qui se penche pour se voir.

SARA LA BAIGNEUSE

Chaque fois que la nacelle,

Qui chancelle,

Passe à fleur d’eau dans son vol,

On voit sur l’eau qui s’agite Sortir vite

Son beau pied et son beau col...

Elle bat d’un pied timide L’onde humide

Où tremble un mouvant tableau,

Fait rougir son pied d’albâtre,

Et, folâtre,

Rit de la fraîcheur de l’eau.

Reste ici caché : demeure !

Dans une heure

D’un œil ardent tu verras

Sortir du bain l’ingénue.

Toute nue,

Croisant ses mains sur ses bras !

Car c’est un astre qui brille Qu’une fille

Qui sort d’un bain au flot clair,

Cherche s’il ne vient personne,

Et frissonne,

Toute mouillée au grand air !

Elle est là, sous la feuillée.

Éveillée

Au moindre bruit de malheur ;

Et rouge, pour une mouche Qui la touche,

Comme une grenade en fleur.

On voit tout ce que dérobe Voile ou robe,

Dans ses yeux d’azur en feu,

Son regard que rien ne voile Est l’étoile

Qui brille au fond d’un ciel bleu.

L’eau sur son corps qu’elle essuie Roule en pluie,

Comme sur un peuplier;

Comme si, gouttes à gouttes, Tombaient toutes

Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante Est bien lente

A finir ses doux ébats ;

Toujours elle se balance En silence,

Et va murmurant tout bas :

SARA LA BAIGNEUSE

« Oh ! si j’étais capitane,

Ou sultane,

Je prendrais des bains ambrés,

Dans un bain de marbre jaune, Prés d’un trône,

Entre deux griffons dorés !

« J’aurais le hamac de soie Qui se ploie

Sous le corps prêt à pâmer ;

J’aurais la molle ottomane Dont émane

Un parfum qui fait aimer.

« Je pourrais folâtrer nue,

Sous la nue,

Dans le ruisseau du jardin,

Sans crainte de voir dans l’ombre Du bois sombre

Deux yeux s’allumer soudain.

« Il faudrait risquer sa tête Inquiète,

Et tout braver pour me voir,

Le sabre nu de l’heiduque,

Et l’eunuque

Aux dents blanches, au front noir !

SARA LA BAIGNEUSE II

« Puis, je pourrais, sans qu’on presse Ma paresse,

Laisser avec mes habits

Traîner sur les larges dalles Mes sandales

De drap brodé de rubis. »

Ainsi se parle en princesse,

Et sans cesse

Se balance avec amour

La jeune fille rieuse Oublieuse

Des promptes ailes du jour.

L’eau, du pied de la baigneuse Peu soigneuse,

Rejaillit sur le gazon,

Sur sa chemise plissée,

Balancée

Aux branches d’un vert buisson .

Et cependant des campagnes Ses compagnes

Prennent toutes le chemin.

Voici leur troupe frivole Qui s’envole

En se tenant par la main.

LE CHANT DES POTIERS

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