‹ Le livre de demainChapitre 118 sur 136 · AUX VAILLANTS POTIERS DE LAURAGUAIS · texte numérisé non relu

AUX VAILLANTS POTIERS DE LAURAGUAIS

Allons, potier, ta pâte est bonne !

Prends ton estec et sur le tour Sous mes yeux modèle et façonne Une cruche ronde et mignonne, Comme un minois 'joufflu H’ a m ai

La terre, avec les pieds pétrie,

D une fosse à l’autre a passé.

Cette première oeuvre finie,

Une autre a déjà commencé.

Voyez l’ouvrier, de la plante De son pied agile activant Son tour qui vire, et vole, et chante Et va plus vite que le vent.

La piece monte en panse informe.

Sous ses doigts humectés toujours La terre molle se transforme

LE CHANT DES POTIERS

En vase au gracieux contour ;

Sitôt qu’elle est tournée en coupe, Que le jour y luit reflété,

D’un fil de laiton on la coupe Tout au ras du tour arrêté.

La pièce s’engobe un peu fraîche ; On n’y touche pas tout d’abord ;

On la vernisse une fois sèche ;

Puis d’un roux de miel on la sort Du four profond et magnifique Où, flambant rouge, haut et clair,

Le genêt fait une musique A couvrir de honte l’Enfer.

Les Marguerites, les Jeannettes Qui souvent dressent trop le front Au puits pourront, de ces cruchettes En casser tant qu’elles voudront.

Plus d’une ici, certes, agrée!

Celle-ci d’un beau vert brillant, Celle-là qui semble dorée Au grand feu d’un soleil brûlant.

Courage, à l’œuvre! n’abandonne Potier, ni l’estec, ni le tour!

Pendant une heure encor façonne

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LE CHANT DES POTIERS

D’autre terre en cruche mignonne Afin de regarnir le four !

Tourne moi, de terre plus fine, Un de tes plus jolis pichets !

Que de ce vin de la colline Facile à boire, il tienne assez!

Les pièces sitôt façonnées Et cuites au four comme il faut Seront par nous-mêmes étrennées

Trinq ! trinq ! nous feront pot et fiole, Nous répondrons : santé! santé!

Que pour la terre maternelle Tinte le salut le plus beau !

Qu’il soit clair ! qu'il ait assez d’aile Pour s’envoler comme un oiseau !

La terre vous donne la vie,

Potiers! ses entrailles sont d'or.

Votre œuvre une fois accomplie,

Son cœur pour vous se rouvre encor!

Que pour quelques instants sommeille

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