‹ Le livre de demainChapitre 119 sur 136 · GAEL’IMAR AU GRAND PIED · texte numérisé non relu

GAEL’IMAR AU GRAND PIED

XJ

Dans un grand lit sculpté, sur deux larges peaux d’ours L’écuyer Gaël’Imar près de la reine Edwige Repose. — Ainsi que la loi danoise l’exige,

Ils ont entre eux, veuf de sa gaîne de velours,

L’acier d’un glaive nu qui les tient à distance.

Le vieux roi fait Ja guerre en Chine ; il a chargé Gaël’Imar d’épouser sa femme en son absence.

<t Oh ! qui m'arrachera du cœur l’ennui que j’ai?

« Je meurs si je n’obtiens ce soir un baiser d’elle,

« Et le roi me tuera, certes! si je le prends! »

Dit Gaël’Imar, seigneur très-sage et très-fidèle.

« Qu’il est beau ! dit Edwige, et qu’il a les pieds grands

« Comme il sied aux héros qui vont à la bataille^

Il est couvert de fer forgé..., casqué de fer

« Ganté de fer.^, chaussé de fer..., et puis l’entaille \ J

« Qui lui trancha la joue est charmante ! » — L’Enfer

Inspire aux amoureux un désir âpre et sombre...

Tout sommeille... L’un vers l’autre, les beaux enfants Se sont tournés. «Je t’aime! » ont dit deux voix dans l’ombre. Mais le grand sabre : « Holà ! moi je vous le défends ! »

GAEL’iMAR AU GRAND PÎED.

Comme un puissant baron qui chasse dans les plaines La luxure en leur cœur sonne ses oliphants.

Us se cherchent; déjà se mêlent leurs haleines. . .

Mais le grand sabre : « Holàl moi je vous le défends. »

Ce fut touteja nuit des angoisses mortelles,

Un loup toute la nuit près des portes hurla,

Et la lune en passant ouït des choses telles Qu’elle en pâlit... Mais quand finit cette nuit-là,

A l’heure où le soleil dans la neige se cabre,

Où le renard bleu rentre au fond des antres sourds,

Dans le grand lit sculpté, sur les larges peaux d’ours,

Ils étaient froids tcus trois : Lui, la Femme et le Sabre

( Extrait du Parnassiculet contemporain).

Tristesse

Nous tous, geignant, pleurant, marchons d'un pas égal A la tombe.

A toute heure il en est, de sang pauvre ou royal,

Un qui tombe.

Au veau d’or ardemment tous les bras sont tepdus Pourquoi faire ?

Devons-nous pas un jour laisser là les écus,

Et nous taire?

Sans trêve il faut peiner du matin jusqu'au soir. On se lasse

A desirer, à craindre, à vouloir sans pouvoir,

Et l’on passe.

Gomme un caillou chétif qui roule incessamment Dans un fleuve,

Ainsi, d’un bord à l’autre, on s’en va se heurtant / A l’épreuve.

Foulant aux pieds l’honneur, ledevoir, l’homme est tout A la lutte ;

Mais, vainqueur ou vaincu, que trouve-t-il au bout (

La culbute !

Page 1