TRISTESSE
Mon âme, envolons-nous loin de ce noir séjour De misères;
D’un grand' coup d’aile enfin, remontons au plein jour Des chimères.
Poésie, idéal, pays bleu, noble ardeur De survivre,
Seuls vous nous consolez, seuls nous mettez au cœur L’aide à vivre !
Voiron, mai 18&4.
A. DUMAREST.
Un Monsieur s’adressant au Caporal de planton :
Le Monsieur. — Je voudrais voir le fusilier Pilou.
Le Caporal. — • Pilou, qu’il est un fuseilier ?
— Oui. . . un grand sec à moustaches rouges.
— Ah ! attendez, Pilou, un grand, poil de carotte.
— Précisément.
— Avec de fortes moustaches ?...
— C’est cela, Caporal, c’est cela.
— Jé lé connais, c’est Bréguet.
— Bréguet? mais je ne connais pas Bréguet, c’est Pilou que je demande.
— • Mais quand je vous dis que c’est Bréguet...
— Mais sapristi ! Caporal, je ne connais pas Bréguet, vous dis-je. C’est Pilou. . .
— Ah! mais quand je vous dis Bréguet; je connais mieux mon régiment que vous, peut-être! il faudrait voir à ne pas s’iiisubordonner comme ça.
— - Mais, Caporal. . .
— Suffit... [à ses hommes) s Allez chercher Bréguet et collez-les-moi tous les deux au poste jusqu’à temps qui se reconnaissent. Cré nom !...
M É LAN CO L I E ÉQ U ATO R I A LE
Le Midi sur les bois étend sa langueur lourde ;
Et l’on u’entcnd plus rien, — rien que la rumeur sourde Des baisers du Soleil à l’humus Gabonnais.
Rien ! — Au loin seulement, reproche horrible et triste, Le cri d’un Nhsïégo qui se tord et résiste Dans le piège de fer d’un chasseur Kroumanais.
Tout dort. Le roi M’Pongo Bétani, dans sa case,
Sur le tissu très-frais d’un tapis du Caucase Couché, songe, en mâchant un morceau de Kola.
C'est un vieillard vêtu d’un ancien uniforme De fantassin danois un peu large de forme.
Qu’a bord d’un négrier autrefois il vola.
11 songe et dit : <( Je suis, de la mer aux montagnes « Del Crystal, fameux. J’ai près de trois mille pagne»
< < Commandés par six chefs extrêmement méchants;
« Quarante et un hameaux; soixante-quatre femmes ;
« Cent cinquante-huit enfants ; vingt canots de dix rames §5»“®' • Et, pour ensemencer et cultiver mes champs,
MELANCOLIE EQUATORIALE.
a Cinq cent trente Houleux pris aux tribus voisines. « Superbes et luisants. Pendus dans mes cuisines,
« Huit neptunes tout neufs; un colossal grelot;
a Dix couteaux de Sheflied ; un sabre, une cravache « Pour serrer mes habits, un coffre en cuir de vache « Sur lequel est écrit le nom de ToSiI Aot ;
>< Cinq gilets de Satin Bajatupot, Romale,
• Korot et Chiloet ; un très-grand singe mâle ;
•< Et, pour chasser d’ici les sinistres esprits,
- Sur un tronc de Khaya mon Fétiche se dresse,
« Montrant ses rouges dents. Avec beaucoup d'adresse " .l’ai constellé son front de mes nombreux gris-gris.
< Un Oukoundou puissant, fait des os d’une Morte « Qui fut ma Sœur, je crois, est caché sous ma porte « Et défend ma maison. Le jour de mon trépas,
* En mon honneur seront, aux sons doux, aux sons graves a Des Ibékas Goumbis, égorgés cent esclaves.
« Mes femmes pleureront et danseront un pas.
« Par Mikombo ! je suis un chef terrible et riche !
■< Pourtant je donnerais mon coffre et mon Fétiche,
" Mes gilets, mon gorille et mes femmes en sus,
Pour être ce traitant, ce mulâtre imbécile Qu’on nomme Orassengot, et dont le domicile Est plus pauvre et plus nu que son vieux pardessus
Une femme Pahùine ayant les dents en pointe Écoutait le chef noir, caressant sa chair ointe D’huile. Elle dit : « O roi ! pourquoi tremble a ton ail
« La perle de tes pleurs? Parle sans défiance.
« N’as-tu plus d’Oulougou, ni de pipe en faïence.
« Pour que sur ton esprit s’amasse tant de deuil ?
„ Qu’a-t-il donc d’ étonnant, ce fils de la Havanne « Qui sans toi serait mort de faim dans la savanne ' »■ Bétani répondit : « Enfant au cœur ouvert.
« lorsqu’il se rend à bord des navires eu rade,
« 11 a, ce Sang-Mêlé, pour chapeau de parade « Un shako d’artilleur orné d’un pompon vert ! »
( Extrait du Parnassiculet contemporain.)