LE DÉSERT
neuf fois sur dix, ce liséré d’horizon, pur effet de mirage, se détache mollement en contours indécis, comme une retouche terne et lourde sur un tableau.
L’aspect d’un meme site se transforme d’ailleurs d’une heure à l’autre au gré de la lumière. A midi tout paraît plat, les ondulations des coteaux s’évanouissent dans le jour uniforme qui les baigne ; au soleil couchant, la plus légère saillie arrête et éteint les rayons rosés du soir. De là des contrastes qui se traduisent par des illusions de relief surprenantes. Nous perdons le sentiment des pentes, et le moindre pli du sol prend à nos yeux les proportions d’un abîme. Puis, quand le dernier rayon rouge a cessé d’illuminer les dernières ondes de la plaine, les saillies s’effacent une à une, et le disque du désert reparaît uniforme et plat dans le cercle d’horizon qui l’enserre.
Auguste CHOISY.