‹ Le livre de demainChapitre 24 sur 136 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

cours de tant de siècles, a dit Pascal, doit être considérée comme le même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement ». Pour le nouveau-né, tout est lumière ou ténèbres; il sourit au jour, il a peur de la nuit; la religion de Zoroastre a fait du premier, le Dieu du bien, de la seconde, le Dieu du mal. Un peu plus tard, l’enfant arrive à distinguer les couleurs les plus nettement tranchées : le rouge, le jaune, le bleu ; mais il n’a qu’une idée confuse des nuances intermédiaires. Le Kyanos des Grecs, comme le Cœruleus des Latins signifient aussi bien l’azur que le sombre ; pareille confusion se retrouve dans les langues assyriennes et arabes. Par contre, le rouge, bien moins éclatant que le jaune, est chez lui comme chez le sauvage, l’objet d’une ardente convoitise, peut-être parce qu’il ne se trouve qu’à l’état d’exception dans la nature; sa possession constituant dès lors une supériorité, on voit par quel enchaînement d’idées cette couleur a pu devenir le symbole de la puissance : elle a brillé sur le manteau des empereurs et l’Eglise l’a affectée à ses princes.

A mesure que l’enfant grandit, que le sauvage se civilise, il observe. Il constate que

LA COULEUR

la teinte verte, qui s’en va recouvrant l’austère couleur de la terre nue, annonce le retour du printemps et apporte l’espérance des beaux jours. A la saison des amours timides, des promesses et des illusions, succède l’été avec ses moissons jaunissantes piquées de bleuets et de coquelicots et les douces intimités écloses au milieu des travaux des champs. Puis vient l’automne qui donne aux fruits et aux feuilles les tons si chauds que possède, entre le jaune et le rouge, la palette de la nature ; on récolte le vin, et les passions l’orgie se montrent alors

surexcitées par dans toute leur violence. Quand les arbres se sont dépouillés, quand le sol est couvert de feuilles mortes, le soleil se voile de brumes qui, suivant l’heure, présentent toutes les nuances du violet; le temps est venu de se reposer , l’homme se recueille et , se rappelant les rudes labeurs de l’été, il jouit des derniers beaux jours jusqu’au moment où arrive l’hiver avec ses tristesses. Partout alors le blanc ou le noir, le froid et les couleurs de la mort. Au bout de quelques années, la vue seule d’une couleur évoque le souvenir plus ou moins confus de la scène dont elle était la dominante.

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