‹ Le livre de demainChapitre 41 sur 136 · CONTE BLAISOIS · texte numérisé non relu

CONTE BLAISOIS

Non loin de Blois, vers le septentrion,

Est un hameau qu’on nomme Francillon, Heureux pays, aux richesses insignes ;

Bacchus s’y plaît tout autant que Cérès,

Tel aujourd’hui qui va marrer ses vignes Devra demain labourer ses guérets.

Pendant longtemps (du temps de ma grand'mère) Le paysan, amoureux de sa terre,

N’aima rien tant, et ses nombreux enfants Autour de lui grandissant dans les champs Avec bonheur succédaient à leur père.

Mais aujourd’hui, son unique héritier Il est à Blois pour faire un clerc d’huissier. Autrefois, non; on n’eut pas trouvé sage Pour la cité d’abandonner son champ,

De déserter le grand air du village

Pour s’enfermer au comptoir d’un marchand

Ou compulser les dossiers d’un notaire.

Encore moins le vieux Francillonnais

A. THIBAULT. l3

Aimait celui qui, lâchant le harnais Du paysan, entrait au séminaire.

Avait-il tort? Je n’ose décider;

Je ne saurais, grand Dieu ! me hasarder A faire peine à ces bons messieurs prêtres; Mais au milieu de cent dictons champêtres, Qu’à Francillon chacun va répétant,

Il en est un que voici : « Fainéant Comme un curé. »

Par un beau jour Étienne, Fils de vingt ans et solide garçon,

A ses gros noirs donnait une façon, Travaillant dur et sans plaindre sa peine. Auprès de lui son frère moins âgé,

Du séminaire élève en rhétorique,

Se gaudissait d’un jeudi de congé,

Heureux de vivre en pleine géorgique !

C’était en mars, à l’époque où les champs Semblent sourire à l’espoir du printemps : Ces champs bénis, où, des blés, herbe tendre, Timidement percent les brins menus,

Où de la vigne en deuil on voit s’étendre Comme des bras les sarments encor nus, Tandis qu’au ciel l’alouette joyeuse En gazouillant monte vers le soleil,

Pour célébrer l’amour et le réveil De la nature inerte et paresseuse.

L’étudiant, pour rire et badiner,

La marre en main, s’essaye à besogner.

Bien vous pensez qu’il était moins habile

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