CHAPITRE PREMIER
grands frais, le lin qu’on trouvait abondamment en Espagne.
L’essai réussit à merveille. Le papier de coton était spongieux, rugueux, de couleur jaunâtre, se déchirant à la moindre traction malgré son épaisseur ; il ne tardait point en outre à se détruire sous l’action des vers et de l’humidité. Le papier de lin, très imparfait encore au point de vue de l’homogénéité de la pâte et de l’aspect de la surface, présentait une solidité et un corps admirables. En 1150, un auteur arabe, Edrisi, écrivait à propos de la ville de Xativa [aujourd’hui San Felipe] : « On y fabrique du papier tel qu’on n’en trouve pas le pareil dans tout l’univers; on en expédie à l’Orient et à l’Occident. »
On ignore l’époque précise de la découverte du papier de lin et du remplacement, par des chiffons, des fibres végétales n’ayant point encore servi; mais les auteurs de Y Art de vérifier les dates citent, à l’article de Hugues II comte de Chalons-sur-Saône, une charte sur ce papier portant la date de 1075 et Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui voyagea en Espagne vers 1140, dit dans son Traité contre les Juifs : « Les livres que nous lisons tous les jours sont faits de peaux de
LE PAPIER
mouton ou de veau, ou de plantes orientales ou enfin de débris de vieux linges (ex rasuris veterum pannorum.) »
En 1189, Raymond-Guillaume, évêque de Lodève, accorda, moyennant un cens annuel, le droit de construire sur l’Hérault plusieurs moulins à papier.
Les plus anciens titres que l’on possède de nos jours sur papier de chiffon sont une charte de 1309 conservée aux archives d’Anspach et une lettre de Joinville à Louis le Hutin, écrite vers 1315 et exposée actuellement à la Bibliothèque Nationale ; le filigrane de cette dernière pièce semble indiquer une origine espagnole.
Ces filigranes sont produits par un mince fil de laiton contourné sur le châssis de la forme qui sert à égoutter la pâte ; ils diminuent ainsi l’épaisseur de la feuille et y laissent une trace visible par transparence. Ils servaient à distinguer les différentes fabriques ; et , comme chaque fabrique avait adopté certaines dimensions pour ses formes, la plupart de ces marques ont servi plus tard à dénommer les formats.
Au xive siècle, les marques les plus habituelles sont : l’agneau pascal, l’oie, le cha-
io