‹ Le livre de demainChapitre 7 sur 136 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

meau, la tête de bœuf, le poulet, le dragon, Vécu de France, la fleur de lys, la couronne, la balance, l’arbalète, le chapeau de cardinal, la roue à augets, la croix, le marteau, le trèfle, quelques lettres gothiques surtout le V surmonté d’une croix, etc.

Le papier se fabriquait alors en France, non seulement à Lodève, mais encore à Essonne et à Troyes. Il est d’un beau gris plutôt que blanc, fortement collé, solide mais cassant.

Au xve siècle, le papier devient plus homogène et plus opaque. Ce progrès tient sans doute à l’aisance qui se répandait dans les classes inférieures; tout le monde commençait à porter des chemises, tandis qu’auparavant bien des gens n’en portaient jamais et les riches se bornaient à en avoir une pendant le jour; de là, abondance relative du chiffon qui entra, avec une proportion plus considérable, dans la composition du papier.

La fabrication s’effectua, dès ce moment, à l’aide des procédés qui ont été en usage jusqu’au commencement de ce siècle et qu’un auteur anglais, Ed. Burton, a très gracieusement décrits dans les Mémoires d'une feuille de papier :

LE PAPIER

« Je n’ai que des souvenirs peu précis de ma première existence. Je fus toile d’abord, toile fine, brillante, luxueuse ; puis vinrent l’âge, la misère, la hotte du chiffonnier d’ou je tombai dans un grand magasin noir, entassée avec des milliers d’autres chiffons de toutes sortes, sales, viciés, corrompus, communiquant à tous leur infection. Ce fut une agonie horrible et qui dura plusieurs mois. En vain je me disais que rien ne meurt et que tout se transforme. Je me rappelais combien je m’étais crue heureuse lorsque, jolie plante à fleurs bleues, on m’avait arrachée à mon champ natal pour faire de moi le tissu souple et moelleux qui m’avait rapprochée de la plus parfaite des créatures terrestres. Rien ne me rassurait et je m’abandonnais au désespoir, lorsqu’un grand mouvement se fit parmi nous; l’air, la lumière nous inondèrent et nous fûmes plongées dans une cuve où nous prîmes un bain délicieux. Cela dura plusieurs jours; l’eau sans cesse renouvelée, nous désagrégeait peu à peu ; chacune perdait la conscience de son être dans la fusion la plus démocratique qu’il soit possible d’imaginer. D’orgueilleuses loques qui jadis avaient sans cesse à la bouche : « Moi j’étais de batiste!»

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