CHEVEU BLANC
Mes vingt ans ont déjà senti l’âpre morsure Des tristesses sans fond et des chagrins secrets.
Hier j’ai découvert, parmi ma chevelure,
Un léger fil d’argent aux reflets indiscrets.
Un cheveu blanc ! si tôt !... et le regard s’étonne !
La feuille pâlit donc au doux souffle de mai,
Le printemps de si près touche donc à l’automne,
Et la bise glacée au zéphyr embaumé i. . .
Oh! vieillir! voir tomber, comme de blancs pétales, Un jour après un jour, sans les pouvoir fixer!
Triste esclave du Temps, subir ses lois fatales,
Et sentir que tout passe !... et soi-même passer !
D’un regard impuissant voir s'effeuiller les heures Sans pouvoir revenir sur l’instant qui n’est plus, Quand une voix murmure : « Il faudra que tu meures! » Et qu’on sait les regrets et les pleurs superflus !...
Oh ! j’ai peur de vieillir, mais ce que je redoute.
Ce qui me fait songer, ce qui me fait pâlir,
Ce n’est pas de trouver des ronces sur ma route Et de n’avoir jamais une fleur à cueillir;
Non ! que mon horizon soit sombre ou bleu, qu’importe ! Tant que de vrais amis, en me tendant la main, Accourent à ma voix et franchissent ma porte,
Je trouve le ciel pur et riant le chemin !
Mais quand j’aurai vieilli, ceux qui m’auront aimée De mes cheveux blanchis détourneront les yeux ; Les serments les plus doux s’en iront en fumée,
Et tous mes rêves d’or, et ma joie avec eux !
Mes amis d’autrefois, avec indifférence,
Verront pâlir ma joue et se plisser mon front...
Et c’est là mon tourment, et c’est là ma souffrance De les aimer toujours tandis qu’ils m’oublieront !
Dites, quel est celui qui restera fidèle.'1 Est-ce vous, est-ce toi.'' — Nul ne répond. Hélas! Ils fuiront, à l’hiver, comme fait l’hirondelle... Mais V Avril de mes jours ne refleurira pas!
Léontine JACOUTOT.
Oh ! qu’elles m'apportaient de joie et de tendresse ! Quel souffle généreux de chaste passion !
Que ce rêve était doux !.. . Sa fraîche illusion Avait des fleurs d’été l’éclat et la richesse...
D’intime et pur bonheur, séduisante promesse,
Tu devais t’appeler, sitôt, déception !
Tu n’es plus qu’une chère et. folle vision,
Le triste et vain regret qu’un songe heureux nous laisse
Il me reste de toi ces feuillets consumés...
J’ai brûlé de ma main tous ces liens aimés. Dans leur flamme expirait la flamme de ma vie
Et quand le feu mourant, d’un dernier jet vainqueur, N’a laissé sous mes doigts qu’une poudre noircie,
Il m’a semblé toucher la cendre de mon cœur !
Emilie d’AGUILLON
S’- Anton in, 18S1