‹ Le livre de familleChapitre 105 sur 197 · I SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

I SCÈNE XIII

! M. DE VERVILLE, THIBAUT, MARGUEi RITE, JEANNETTE, LOUISON.

' MARGUERITE. — Tencz , mcs chères filles, regardez bien. Tout ce que vous voyez là , vous savez que nous l'avions donné à monseigneur? Eh bien! monseigneur nous l'a rendu. Il ne veut ni de noire argent, ni de notre blé, ni de nos vaches. Il nous donne quittance pour rien

I de notre dette entière.

! LOUISON, allant chercher le chapeau, et le présentant à M. de Ven'ille. —

! Vous ne voulez donc pas de notre argent

I non plus?

: M. DE VERVILLE. — \on , mes chères

BIBLlOTIlEyLt: UF.S VILLAG1'>.

amies! L'ardeur que vous avez montrée à secourir vos parens, m'a appris combien vous méritez les uns et les autres qu'on vous soulage dans vos peines. Reprenez donc ce que vous m'avez donné pour eux ; mais faites-en l'usage que vous avait d'abord inspiré votre tendresse. Par exemple, Louison, puisque ton père a perdu !-on troupeau , ne serais-tu pas bien aise d'employer tes épargnes à lui en acheter UQ autre?

LOUISON, d'un air triste. — Hélas! il s'en faut que j'aie assez pour cela.

M. DE vERViLLE. — Mais si tu en avais assez , serais-tu bien contente de lui faire ce présent?

LOUISON. — Ah ! monseigneur, comme je serais joyeuse I

M. DE VERVILLE. — Je suis curieux de voir la mine que tu aurais , ainsi que Jeannette. Thibaut, comme tu t'y connais un peu mieux que tes tilles, je te charge d'aller demain pour elles au marché, et de leur acheter à chacune six jeunes vaches, les plus belles que tu pourras découvrir. Tu en trouveras l'argent toui prêt chez moi. C'est un petit cadeau que je fais à tes en fans , pour qu'ils aient le plaisir de te le faire à leur tour.

MARGUERITE. — Eh! monscigueur, ne vous Insserez-vous point de nous accabler de vos bienfaits? Remerciez-le donc avec moi , mes enfans. {Marguerite, Jeannette et Louison tombent aux genoux de monsieur de Verville, les embrassent , et baisent ses mains, en pleurant de joie, tandis que Thibaut immobile et muet, le considère dans une profonde surprise.)

M. DE VERVILLE , détournant la tête pour cacher ses larmes. — Relève -toi donc, Marguerite; relevez - vous , mes chères amies.

THIBAUT. — Monseigneur , je savais bien que vous étiez un homme, un digne homme , mais je ne vous connaissais pas encore; et je ne sais plus comment vous

traiter. ( .4 Marguerite. ) 0 ma bonne femme ! si nous pouvions rassembler dans un mot, en un seul mot, tout ce que nous dit notre cœur. {Se tournant avec vivacité vers M. de Verville.) Monseigneur, je prierai jour et nuit le ciel, non pas pour vous, car une de vos actions vaut mille de mes prières ; mais pour qu'il paraisse de temps en temps sur la terre des hommes tels que vous l'êtes , afin d'empêcher les malheureux de se désespérer. (// va prendre Jeannette et Louison^ et les mène devant une fenêtre.)

Mes enfans , voyez-vous cette colline du haut de laquelle on aperçoit la ville où demeure notre bienfaiteur? Nous y montons tous les dimanches en allant à l'église. Eh bien ! nous n'y monterons plus sans chercher des yeux le quartier qu'il habite, sans y envoyer sur lui nos bénédictions, sans prier le ciel pour lui, pour sa femme, pour tout ce qui le touche, avant d'aller prier pour nous-mêmes. Vous en souviendrez-vous?

JEANNETTE. — Ah! Diou père, si jamais je l'oublie! ...

Louisox. — Nous commencerons eiv partant de la maison.

THIBAUT. — Oh ! monseigneur, chaque jour, chaque minute, aux champs, dans notre cabane, partout où nous serons, nous vous donnerons nos premières pensées. Nous ne sentirons pas un seul instant la vie , sans songer que c'est par vous que nous en jouissons , sans être prêts a l'offrir à Dieu pour la moindre de vos prospérités. Vous pourrez, quand il vous plaira, nous demander notre sang.

Il est à vous. Ah ! que ne puis-je, en ce moment, verser tout le mien dans vos veines , pour vous donner une double vie!

M. DE VERVILLE. — SoiS hcurCUX ,

Thibaut , fais le bonheur de ta femme , élève toujours tes enfans à penser comme toi. Je viendrai quelquefois jouir de ce spectacle ; et je suis sûr de m'en porter

BIBLIOTHEQIK DES VILLAGES.

mieux. Mais voici uos affaires terminées; sais-tu bien que je vais ledeiuauderàdîner?

THIBAUT , lai tendant joyeusement la main. — Ah! tant mieux, tant mieux, nouvelle fête !

MARGUERITE, iCwi air plciu d'embarras et de confusion. — Mais, mon cher homme, que présenterons-nous à monseigneur ?

THIBAUT , d'wi air libre. — Le peu que nous avons , ma femme. Je le connais. Un morceau de pain sec lui fera plus de plaisir que s'il avait trouvé chez nous un grand rôti sans l'attendre.

MARGUERITE. — Maïs , Cependant....

M. DE VERViLLE , avec lin sourire. — Ne sois pas inquiète, Marguerite. {En lui montrant la corbeille que Champagne et Picard ont apportée.) Tu trouveras là-dedans de quoi nous régaler. Mais allons tous ensemble faire un tour de jardin. .\ous avons besoin, les uns autant que les autres , de prendre un peu l'air pour nous remettre. (// sort, en prenant Jeannette et Louison par la main. Thibaut et Marguerite le suivent en levant les yeux au ciel, et baisant les pans de son habit.)

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