‹ Le livre de familleChapitre 11 sur 197 · LE TOL · texte numérisé non relu

LE TOL

Mad. DE LIMEUIL , MAXIMIN , sou fils, MINETTE , sa nièce.

MINETTE, en entrant. — Bonjour , ma chère tante. Bonjour , Maximin.

MAXIMIN , froidement. — Bonjour, ma cousine.

MINETTE. — Les jolies choses que lu as là , mon cousin ! Veux-tu que je joue avec toi ?

MAXIMIN. — Non , je te remercie. (// ramasse avec un air d'inquiétude tous ses jovjoux.

.MINETTE. — 0 mon cher Maximin ! je le prie, laisse-les-moi regarder. Nous nous amuserons bien joliment ensemble.

MAXIMIN. — Non, Minette; j'èu suis fâché, mais cela ne se peut pas. (Il met tous ses jotijonx dans un tiroir, le ferme avec précaution, et se tient debout devant la commode, en regardant Minette d'un œil soupçonneux.)

MINETTE. — Eh bien , mon cousin, pourquoi ne veux-tu pas me laisser jouer avec toi ? cela n'est pas joli , au moins. N'est-ce pas , ma tante 1 Oh ! dites-lui, je vous prie, de me laisser voir un moment ses joujoux.

M""" DE LIMEUIL. — Écoutc douc , ma chère nièce; Maximin n a pas si grand tort de ne vouloir pas te laisser jouer avev

LE LlVllb UE FAMILLE.

lui. Tu lui jn-Js hier sa petile clochette.

MINETTE, avec embarras. — Moi, ma tanle !

M™* DE LiMEUiL. — Oui , oui ; je sais que tu l'as prise sans qu'il s'en aperçût : je sais que tu remportas chez toi ; et ce matin, au lieu de la lui rendre, lorsqu'il te l'a envoyé demander , tu as répondu au domestique que tu ne savais ce qu'il voulait dire.

MINETTE , en rougissant. — Ma chère tante, je vous demande bien excuse; je ne le ferai plus; et demain, sans plus tarder, je rapporterai la clochette.

m""' dk LIMEUIL. — Je te le conseille, Minette; autrement je le dirai à ta maman, et tu seras sévèrement punie. C'est une chose épouvantable de prendre ce qui re nous appartient pas. Sais-tu que c'est là proprement ce qu'on appelle voler? ce qui est un des vices les plus honteux.

MINETTE. — Ah, ma chère tante ! combien vous me faites rougir !

M*"^ DE LIMEUIL. — 11 te sicd bien , à présent, d'être étonnée de ce que mon fils ne veut plus faire société avec toi ! î\'est-ce pas ta faute? Tu peux en juger toi-même. Lorsque ta cousine Adélaïde vient me voir, Maximin est tout joyeux. Il court a sa rencontre , il l'embrasse , il lui prête tous les joujoux qu'elle veut avoir, et ils jouent ensemble toute la soirée, tranquilles et contens. i\IaximiQ sait qu'Adélaïde est une petite fille bien née , qui rougirait d'emporter furtivement la moindre chose de chez un autre. 11 n'eu est pas de même lorsque tu viens ici. Mon fils est triste de te voir arriver. Tous ses plaisirs sont aussitôt interrompus , parce qu'il se défie de toi , et qu'il a peur que , sous prétexte de vouloir jouer avec lui , lu ne détournes ses joujoux pour les emporter.

MINETTE. — Mais, ma chère tante

M™^ DE LIMEUIL. — Quc pouriais-lu dire? Réponds-moi seulement. Te sou-

viens-tu du jour oîi Cécile te déroba les habits de ta poupée?

MINETTE. — Hélas ! oui , je me le rappelle. Elle me les prit , parce que sa poupée , disait-elle , avait perdu les siens.

M™" UE LIMEUIL. — Eu vérité, voilà une belle raison. Et comment fis-tu les autres jours, lorsqu'elle venait jouer avec toi?

MINETTE. — J'avais bien soin qu'elle ne touchât pas à mes affaires. Aussitôt que je la voyais manier la moindre chose , je la lui retirais bien vite des mains , ou je la suivais continuellement des yeux aussi long-temps qu'elle la tenait.

m"'* de LIMEUIL. — Et , dis-moi , trouvais-tu quelque plaisir à jouer , avec la crainte de voir disparaître quelqu'un de les joujoux ? Pouvais-tu avoir un moment de repos, pendant tout le temps que Cécile était dans ta chambre?

MINETTE. — Non, certes, ma tante, il faut l'avouer. Je mourais d'inquiétude et d'ennui durant sa visite ; et je ne me sentais à mon aise que lorsqu'elle s'en était allée.

m""" DE LIMEUIL. — Eh bicu , Minette , je te le demande , n'en doit-il pas être de même pour Maximin ? Ne doit-il pas être aussi inquiet sur ton compte que tu l'étais sur celui de Cécile ? Ne doit-il pas se trouver mal à son aise avec toi, et désirer que tu te retires? Tu as vu comme à ton arrivée il s'est empressé de serrer tous ses joujoux. Tu vois maintenant combien il s'ennuie de rester debout en sentinelle devant sa commode , sans oser s'en écarter d'un seul pas, de peur que tu ne profites de ce moment pour lui emporter encore quelque chose. Cela est-il bien amusant pour lui?

MINETTE. — Non , ma tante , j'en conviens.

M™^ DE LIMEUIL. — Et si tcs amics viennent jamais à savoir que tu dérobes , ce qui ne peut manquer d'arriver un jour.

l.K LIVRK I)K I-A.MILLI-:.

neroionl-olles pas tontes comme Maximin y lui (]uelqiie endroit que In ailles, chacun aura soin de serrer toutes ses affaires, de veiller continuellement sur toi, pour voir si tn n'emportes rien. Personne neponrra te souffrirdanssasociélé. Tous les plaisirs cesseront a ton arrivée. Tu seras obligée de rester seule dans un coin , et de sécher d'ennui. Mais le plus fâcheux encore, c'est que personne n'aura d'estime ni d'amilic pour toi , et que l'on te montrera au doigt dans la rue comme une voleuse.

MINETTE. — 0 ma chère tante ! cela ne m'arrivera plus de la vie , je vous assure, et me voilà entièrement corrigée.

m"'" de LiMEoiL. — Fais-y bien attention à l'avenir. Pour cette fois , je ne le dirai pas à ta maman , et je recommanderai à Masirain de n'eu parler à aucun de ses camarades.

minette. — Oh ! oui , mon petit cousin , je t'en prie , ne le dis à personne. Je te rendrai fa clochette , et je te donnerai encore une jolie bourse pour serrer ton argent.

MAxiMiN. — Non , non , je ne veux pas

de ta bourse. Kends-moi seulement ma clocheKe.

M'"" DE i.iMEuir. — Sois tranquille , Minette, Maximin te gardera le secret.

dans l'espérance que tu ne manqueras pa.*; de le corriger. Mais s'il acceptait la bourse que tu lui offres pour acheter son silence , ce serait alors comme s'il était de moitié de ta faute , et je ne l'estimerais plus. C'est pourquoi je lui sais bon gré de t'avoir refusée. IMais , je te le répète encore , prends bien garde de ne plus te rendre coupable Si cela t'arri vai t une seconde fois , je ne pourrais m'empécher d'eu avertir la maman , et de l'engager même à te punir avec la plus grande rigueur ; car je ne voudrais, pour rien au monde, avoir une voleuse dans ma famille. Pour toi , Maximin , tu n'as plus rien à craindre maintenant de Minette, et tu peux jouer avec elle en toute sîîreté.

MAXIMIN. — Allons , maman ; je le veux bien sur votre parole. Je ne me défie plus de ma cousine , si elle a autant de peur de vous déplaire, que j'en aurais à sa place.

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