‹ Le livre de familleChapitre 36 sur 197 · RAISONNEMENT . JUGEMENT · texte numérisé non relu

RAISONNEMENT . JUGEMENT

Mad, DE VERTEUIL, PAULINE,

sa fille.

m'"^ DE VERTEUIL. — Pauliiie , saurais-tu bien me dire ce que c'est que la raison ? Je te l'ai déjà expliqué.

PAULINE. —Oui, maman. C'est

c'est.... je ne puis pas bien l'expliquer, mais je le sens. Par exemple , j'ai de la raison , et les animaux n'en ont point.

M*"^ DE VERTEUIL. — Pour uiicux te rappeler ce que l'on entend proprement par raison , je te dirai que tu montres do la raison lorsque tu comprends bien ce (lue je te dis , et que tu réponds à propos. Tu montres aussi de la raison, lorsque , dans toutes les occasions qui se présentent, tu réfléchis sur ce que tu dois faire. Veux-tu que je t'en donne un exemple?

PAULINE. — Je le veux bien, maman.

M™'' DE VERTEUIL. — Supposons que lu aies en ce moment la fantaisie de te promener dans la rue. La première chose que tu aies à faire est de descendre dans la rue , n'est-il p^s vrai ?

pAUiiNE. — Oh ! il n'est rien déplus

sûr.

M™'' DE VERTEUIL. — 11 faut donc commencer par réfléchir sur ce que tu dois faire pour aller dans la rue ?

PAULINE. — Cela est juste encore.

m"'' de VERTEUIL. — Nous somiucs ici près d'une fenêtre qui est ouverte, et qui donne sur la rue. Par cette fenêtre , il est aisé d'aller dans la rue , lorsqu'on le veut. Tiens , regarde : je vais y jeter ce morceau de papier; il y est déjà. On peut donc aller dans la rue en passant par la fenêtre, et il n'y a pas de chemin plus court.

PAULINE. — J'en convit ns.

m'"*' DE VERTEUIL. — Ce chemiu n'est cependant pas le seul ; il en est encot c un autre. Près de la porte de la chambre, il y a un escalier qui descend dans la cour ; puis en traversant la cour , on arrive à la porte de la maison qui s'ouvre sur la rue. Laquelle de ces deux manières te paraît la meilleure ?

PAULINE. — Mais , maman , je ne puis pas aller par la fenêtre.

M™" DE VERTEUIL. — Pourquoi non , puisqu'elle est ouverte ? Tu pourrais y sauter toi-même, ou je pourrais t'y jeter comme j'ai jeté tout à l'heure le chiffon de papier ; et certainement, en prenant ce chemin , tu serais beaucoup plus proraptement dans la rue , que si tu y allais par l'escalier , la cour et la porte de la maison.

PAULINE. — Mais, maman, je tomberais, si vous me jetiez par la fenêtre.

M™'' DE VERTEUIL. — Oui Vraiment, Pauline ; il y a même à parier que tu te casserais la jambe. Alors tu serais bien dans la rue , mais tu ne pourrais pas t'y promener ; il faudrait te porter dans ton lit , où tu resterais couchée pendant six semaines, sans pouvoir remuer. Tu peux maintenant me dire lequel vaut le mieux, d'aller très-promptement dans la rue par la fenêtre , en te cassant une ou deux jambes , ou d'y aller beaucoup plus lentement par l'escalier et par la cour , en conservant tous tes membres entiers?

PAULINE. — Il n'est pas difficile de choisir , maman ; il vaut mieux prendre le chemin le plus long.

M™^ DE VERTEUIL. — Et pourquoi , ma fille?

PAiLiNE. — C'est que si , pour arri-

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