PAULINE
n'en sais rien.
j^me jjj. YERjEuiL. — Et si Hous écoutions ce que l'on dit? Tu sais que les perroquets, suivant ton expression , n'ont jamais que les mêmes paroles au bec.
PAULINE. — Oui , maman.
j^rne pg VERTEUIL, Aiusi donC , si
nous prêtions l'oreille a ce que l'on dirait dans la salle à manger, et que nous entendissions constamment : Gratte, gratte, Jacquot ; as-tu déjeuné, Jacquot? qui pourrions-nous soupçonner de dire ces paroles ?
PAULINE. — Les perroquets, maman.
M™" DE VERTEUIL. — Tu as raison.
Les perroquets peuvent dire ces paroles, et ils les disent continuellement. H y a tout lieu de croire que les servantes ne s'occuperaient pas à se dire sans cesse l'une à l'autre : Gratte, gratte, Jacquot; as-tu déjeuné, Jacquot? car cela n'est pas trop amusant, n'est-il pas vrai?
PAULINE. — Non , certes, maman.
m""" DE VERTEUIL. — Mais si nous entendions dire : Marie , as-tu compté les
couverts? — Non, Fanchette, je ne les compterai qu'après avoir plié la nappe : si nous entendions encore une suite de propos de ce genre, concernant le ménage , pourrions - nous les attribuer de même aux perroquets?
PAULINE. — Non, maman; il vaudrait mieux penser que ce sont les servantes qui parleraient ainsi.
Jl"'" DE VERTEUIL. — C'cSt CC qUC UOUS
penserions en effet , et nous aurions employé notre raison à faire un raisonnement et à porter un jugement; car nous aurions comparé ce que disent ordinairement les perroquets avec ce que les servantes peuvent se dire en faisant leur ménage; et cette comparaison nous aurait conduites à juger, par la nature des discours , si ce sont les perroquets ou les servantes qui les auraient tenus.
PAULINE. — Je vous remercie, maman, de m'avoir appris l'usage de ma raison. Je m'en servirai pour raisonner , à moi seule, sur tout ce que je pourrai voir ou entendre, et je viendrai ensuite vous consulter sur le jugement que j'en aurai porté.