‹ Le livre de familleChapitre 50 sur 197 · LES ENFANS · texte numérisé non relu

LES ENFANS

MBS CHERS A.MIS ,

La plupart des malheurs qui affligent les hommes, comme je vous le ferai voir dans la suite par mille exemplesfrappans, prennent leur source dans la mauvaise éducation qu'on leur a donnée. Une bonne éducation est donc un des plus grands

bienfaits que les hommes puissent recevoir.

On va bientôt établir des écoles dans tous les villages pour instruire vos enfans ; mais il est beaucoup de choses que vous pourrez leur apprendre vous-mêmes , et qui auront un grand effet dans votre bouche , parce que vous pourrez

BlliLIOillEOUE DliS MLI-AGKS.

loin- en donner, à chaque ioslaul, l'exemple avec la leçon.

Tous les principes d'une bonne éducalion peuvent se renfermer dans la connaissance de ce que nous devons à Dieu, et de ce que nous devons aux hommes, le vais vous exposer les règles que vous aurez à suivre dans les inslruclions que vous pourrez donner sur ces deux points à vosenfans.

La première idée que vous devez leur faire prendre de Dieu , est celle de sa puissance , parce qu'elle est la plus prol>reà les frapper. Pour cet effet, ne man- (juez jamais de leur faire observer tout ce qu'il y a de plus imposant dans le spectacle de la nature , comme la lumière éclatante du soleil dans un beau jour , et la magniflcence des cieux dans une belle nuit. Mais dites-leur aussitôt que celui qui a créé ces grandes merveilles , est aussi celui qui a fait naître le blé dont ils se nourrissent , et les fruits qu'ils mangent avec tant de plaisir. Lorsque vous les verrez se réjouir du chant des oiseaux, s'extasier à la vue d'une belle campagne , respirer avec délices le doux parfum des fleurs , dites-leur que c'est à Dieu qu'ils doivent ces jouissances. C'est ainsi qu'ils prendront l'habitude de lui rapporter loutes les émotions agréables dont ils seront saisis ; et leurs premiers sentimens seront des sentimens d'amour envers le Créateur.

Ne vous abstenez point de leur parler de bonne heure de Diwi , par la crainte qu'ils ne soient pas en état de s'en former une juste idée. Où sont les hommes qui puissent se le représenter dignement dans la maturité même de leur raison ? Ce qu'il importe le plus d'en connaître , c'est ce qu'il révèle à tous les regards par les actes de sa puissance , de sa sagesse et de sa bonté. Ils éclatent chaque jour aux yeux de vos enfans , et leur avide curiosité ne demande qn à s'en instruire. Pro

fitez de cette ardeur empressée, pour leur rendre sensibles, autant que vous le pourrez , les faveurs infinies que nous lui devons. Il est d'une extrême importance que ces impressions se lient aux premières idées qui se forment dans leur esprit , et aux premiers sentimens qui s'élèvent dans leur cœur. C'est à cet âge heureux , où tous les objets se peignent sous un aspect aimable, et avec toutes les couleurs de la joie et de l'espérance , qu'il convient de faire connaître un Dieu , l'ami des hommes , qui ne les a créés que pour être heureux , en leur rendant l'amour qu'il leur témoigne par ses bienfaits. On peut donner quelque idée du pouvoir filial à celui qui n'a jamais joui du bonheur de voir les auteurs de ses jours ; mais en aura-t-il jamais le sentiment , comme celui qui a reçu dans son berceau les caresses de son père et de sa mère , qui a vu son enfance couler entre leurs bras, qui leur doit ses premières paroles , ses premières pensées et ses premiers plaisirs ? Ah ! qu'il en soit eusuite séparé pendant une longue suite d'années , qu'il ait môme le malheur de les perdre à jamais , leur mémoire est gravée pour toujours au fond de son cœur. Dans chaque situation de sa vie , qui lui rappelle quelque circonstance des heureux jours passés auprès de ses parens , leur image chérie vient se retracer vivement à son souvenir. Il entend encore leur voix ; il sent encore sur ses lèvres leur bouche caressante ; il les appelle dans ses plaisirs , il les appelle dans ses peines ; et il craint surtout de troubler par quelque action digne de reproche la paix dont ils jouissent dans leur tombeau.

C'est ainsi que si vous savez de bonne heure présenter Dieu à vos enfans sous l'image d'un père bon et sensible , ils s'accoutumeront à le regarder comme leur guide le plus sûr et leur protecteur le plus puissant. Dans toutes les circon-

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Stances diflicilesde leur vie , ils le consulteront devant leur coDscieuce , avec le même empressement que l'on va consul- ! ter un ami de cœur. Ils lui adresseront leurs prières dans l'affliction ; ils feront monter vers lui dans la prospérité les | vives actions de grâces d'une ame reconnaissante. Si les passions les entraînent quel que fois hors du sentier delavertu, ils ne tarderont pas à ouvrir l'oreille à cette voix céleste qui les y rappelle. La crainte de trouver Dieu inflexible , n'étouffera point en eux le désir de se rejeter dans ses bras. Sans doute il est offensé de la mauvaise conduite des hommes ; mais un père n'est-il pas aussi offensé de la mauvaise conduite de ses enfans? et cesse-t-il pour cela de les chérir? Ils ne se formeront donc pas des idées effrayantes de Dieu , comme un enfant ne s'effraie point de son père , parce qu'il le punit de ses fautes. Ils regarderont même les rigueurs passagères de sa justice comme de nouvelles preuves de son amour.

Un autre avantage des douces impressions de la bouté divine, que vous aurez fait prendre à vos enfans , c'est qu'elles sont les plus propres aies conduire au bonheur par l'exercice de la bienfaisance et de toutes les vertus. En rendant grâce à Dieu chaque jour des bienfaits qu'il répand sur les hommes, il est tout naturel qu'ils attachent un grand prix à cette bonté , et qu'ils brûlent aussi de l'imiter envers leurs semblables. Ce sentiment ne peut éclore et se développer dans leurs âmes , sans les rendre heureux. 11 est un si grand charme attaché à toutes les inclinations généreuses ! Le plaisir de les satisfaire s'accroît par ridée d'en être plus agréable aux yeux de la Divinité. La vertu consacrée par la religion , devient a répreuve de tout par cette alliance.

Elle sait résister a l'injustice des hommes, et même à leur ingratitude.

Dieu qui est l'ami delà vertu, est aussi

lennemi du vice. Il est bien vrai qu'il punit les méchans de leur désobéissance à ses lois ; mais ne vous hâlez point de menacer vos enfans do sa colère. L'idée de la Divinité, représentée sous un appareil vengeur , ne peut produire que de fâcheuses impressions sur un enfant. Elle n'est propre qu'à faire naître une vile superstition dans un esprit faible, ou une révolte criminelle dans un esprit audacieux. Je frémis encore du funeste égarement où je l'ai vu entraîner, il y a quelques années, un jeune habitant de la campagne. Accoutumé à entendre nommer tour à tour l'être suprême le Dieu bon et le Dieu terrible, il se méprenait sur ces différens attributs de la justice divine , pour lui prêter l'injustice de ses passions. II se croyait le triste objet de S(m indifférence et de sa haine, tandis qu'il regardait les habitans des villes comme les objets de sa tendresse et de ses soins (I). Devenu insensible aux marques d'amour que le Créateur fait éclater si indistinctement envers toutes ses créatures , la magnificence de ses œuvres , l'ordre de l'univers, la fécondité de la nature , tout cela ne lui paraissait établi que pour les riches et les puissans de la terre. S'il participait comme eux à ces bienfaits, il croyait n'en user qu'à l'ombre de leurs jouissances. Il comparait sa misère avec leurs richesses, ses peines avec leurs plaisirs, ses rudes travaux avec leur molle oisiveté. Il ne voyait plus en Dieu qu'un père injuste et barbare , qui deshéritait la plus grande partie de ses enfans pour l'intérêt de quelques favoris. Tantôt il éclatait contre lui en blasphèmes , tantôt il se prostituait à toutes les bassesses par lesquelles il imaginait désarmer sa rigueur. Accablé du présent,

(1) J'espère, mes chers amis, vous faire convenir vous-mêmes, dans la suite de cet ouvrage, combien cette idée est iojuste et fausse

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tonrnionlé iK- iavonir, son esprit clail la proie dos plus incroyables supers li lions. Il recevait avec avidité toutes les craintes et toutes les espérances. Il passait sans cesse de l'agitation la plus violente au plus stupide abattement, et il maudissait la vie en s'épouvantanl de la mort, qu'il se donna bientôt dans un accès de désespoir.

Ah ! lorsque mon esprit ne peut se délivrer de cette horrible image, pardonnez, mes amis, si j'en reviens encore à vous conjurer avec les instances les plus vives, de ne jamais effaroucher vos eufans des terreurs d'un Dieu courroucé. C'est en se formant une fausse idée de ses vengeances , que les hommes ont eu l'impiété d'oser se charger pour lui de les remplir, eu tourmentant leurs frères. Si je vous disais tous les maux affreux que cette erreur fatale a répandus sur la terre! Dès que l'on prête à Dieu des sentimens de cruauté, qui peut arrêter les hommes dans leur barbarie? Souvenez- vous toujours que c'est pour vous avoir représentés vous-mêmes aux yeux des rois comme naturellement cruels et méchans , qu'on leur a fait croire que vous ne pouviez être gouvernés que par le despotisme le plus intolérable. Montrez -vous dignes de la liberté par les sentimens qui doivent honorer les hommes. Périsse à jamais l'exécrable fanatisme! Faites aimer à vos enfans la religion pour la douceur de ses lois. Qu'ils la préfèrent sans doute à toutes les autres, mais qu'ils pensent aussi que tous les gens de bien sont agréables à iKtre suprême, quelle que soit leur croyance. La religion la plus vraie est celle qui s'accorde avec l'humanité , pour faire régner sur la terre la paix et l'ordre qui nous viennent aussi de Dieu.

Il ne m'appartient pas de vous en dire davantage sur la religion. Ce soin regarde vos respectables pasteurs, dont le zèle est toujours prêt a vous instruire.

La première chose que vous devez ensuite apprendre à vos enfans sur leurs devoirs envers les hommes, est ce qu'ils vous doivent à vous-mêmes, c'est-à-dire l'amour, le respect et l'obéissance.

Il n'est rien qui paraisse d'abord si étrange dans le monde, que de voir ce grand nombre d'enfans qui n'ont aucune tendresse pour ceux dont ils ont reçu la vie. Mais on cesse bientôtde s'en étonner, lorsqu'on examine la manière dont ces parens agissent envers leurs enfans. On dirait à leur humeur sévère et à leur dureté, qu'ils ont résolu d'étouffer en eux les sentimens les plus doux de la nature. Si vous voulez porter vos enfans à vous chérir jusque dans la vieillesse la plus avancée , traitez-les avec douceur, laissezleur la liberté de se réjouir devant vous, prenez même part à leurs plaisirs , et ne craignez point de leur montrer votre tendresse. Par ce moyen , vous exciterez leur conliance , ils viendront porter dans votre sein leurs moindres secrets, ils voudront vous associer à toutes leurs joies; et j'ose vous promettre que vous en trouverez une bien vive dans ces épanchemens mutuels de vos affections.

Il est des parens qui réservant tout leur amour pour ceux de leurs enfans qui sont les plus beaux et les plus robustes, ou qui montrent le plus d'esprit et de vivacité, ne regardent qu'avec indifférence ceux qui ont reçu dans leur conformation quelque disgrâce de la nature, ou dont l'intelligence est moins étendue, l'imagination plus paresseuse. Pourquoi tiaiter ainsi ces pauvres enfans? ne sont-ils pas votre sang comme les autres? sont-ils coupables pour avoir été moins bien partagés? ne devez-vous pas au contraire chercher à les dédommaser par une pitié généreuse, de ce qui leur manque? vous le devez d'autant plus , que non-seulement eux-mêmes , mais encore leurs frères , leurs sœurs et tous les gens de bien vous

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tiendront compte de ce que vous ferez de plus en leur faveur. Cette prédilection dans vos soins ne fera naître aucune jalousie, au lieu que si vos préférences sont fondées sur des motifs contraires, vous exciterez l'envie et la haine contre vos favoris , et vous porterez vous-mêmes la division dans votre famille, où vous deviez entretenir la bonne intelligence et rattachement.

Je sais qu'il est difficile à des parens vertueux de se défendre d'une inclination plus marquée pour ceux de leurs enfans qui se distinguent par une sage conduite et de bonnes mœurs. S'il est quelque partialité excusable, c'est assurément celle qui tient à des motifs aussi justes j elle doit cependant avoir des bornes, et voici le conseil que je puis vous donner à ce sujet : Si vous voyez que vos témoignages particuliers de considération pour les bons enfans , fassent naître dans les autres le désir de la mériter à leur tour, continuez d'entretenir en eux ce principe d'émulation , surtout en encourageant leurs efforts, et en leur montrant chaque jour plus de tendresse à mesure qu'ils avancent vers le bien , afin de les convaincre que vos préférences pour leurs frères n'étaient qu'une justice rendue à leurs bonnes qualités. Si vous voyez au contraire qu'au lieu de produire un effet aussi heureux, votre prédilection n'excite dans ceux qui n'en sont pas l'objet, que de l'aigreur et de l'animosité , et ne sert qu'à les rendre plus méchans , gardez-vous de laisser éclater plus long-lemps à leurs yeux des sentimens qui peuvent achever de les perdre. Redoublez môme de soins et d'attention à leur égard; qu'ils ne puissent jamais se croire étrangers à votre affection ; montrez-vous toujours prêts à les recevoir au même degré que les autres dans vos bonnes grâces. Quelle joie pour vous , si vous parvenez enfin à les en rendre dignes ! Si vous ne pouvez

y réussir, du moins aurez-vous la consolation d'avoir rempli vos devoirs envers eux , et de les avoir peut-être empêchés de devenir entièrement endurcis pour la vertu.

La plus intime familiarité avec vos enfans ne les détournera point du respect qu'ils vous doivent, tant qu'ils vous verront sans faiblesse dans les marques que vous leur donnez de votre amour. Plus vous leur montrez de complaisance pour leurs désirs innocens, plus il faut vous armer de fermeté pour réprimer leurs désirs injustes. Sans les traiter avec rudesse, il ne faut ménager aucu-n de leurs défauts. De bonnes paroles peuvent opérer un grand bien ; mais votre bon exemple sera toujours la meilleure de vos leçons. En voyant leur père et leur mère vivre ensemiale dans une parfaite intelligence , se secourir dans leurs maladies , se consoler dans leurs chagrins , et chercher à se prévenir dans tous leurs vœux, les frères et les sœurs prennent naturellement entre eux les mêmes sentimens. Les actions dont la vue nous frappe tous les jours forment bientôt notre propre conduite ; celle de vos enfans sera donc toujours dans vos mains. Rendez-les témoins de votre constance dans les peines, de votre activité pour le travail, de votre piété pour les malheureux , de votre bienveillance envers tous les hommes , de votre indulgence pour leurs faiblesses, de votre droiture dans les affaires, de votre respect pour les lois et pour les bonnes mœurs, vous verrez les mêmes dispositions naître et se fortifier dans leurs jeunes âmes, et leur amour pour vous s'accroîtra de la vénération qu'ils porteront à vos vertus.

En exigeant l'obéissance de vos enfans , prenez garde qu'ils ne vous obéissent uniquement, par la crainte de quelque punition ou par l'espoir de quelque récompense. Il faut leur persuader

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de bonne heure que lonl ce qne vous leur ordonnez est pour leur propre avantage , parce que vous les aimez et que vous savez beauconpraieuxqu'eux-raôraes ce qui lenr convient. Yons ne laisserez passer aucune occasion de les en convaincre , lorsque la preuve sera de nature à leur faire une forte impression ; de cette manière , ils s'accoutumeront à vous obéir aveuglément , même lorsqu'ils ne verront pas du premier coup d'œil le motif de vos ordres. Cette considération doit vous engager à ne leur en donner que de justes. Mais alors faites-les exécuter dans toute leur étendue. Si au bout d'une heure vous retractez ce que vous venez de prescrire , ou si vos enfans , en s'adressant à leur mère , peuvent espérer d'être dispensés d'obéir , vous les rendrez nécessairement indociles et rebelles j et vous serez ensuite injustes envers eux toutes les fois que vous les punirez de leur désobéissance, puisque vous les y aurez vous-même encouragés.

INe leur donnez aucun ordre sans le bien expliquer auparavant , et sans vous être assurés qu'ils le comprennent , pour ne leur laisser aucun prétexte d'y manquer.

N'en donnez jamais par pure fantaisie; et lorsqu'ils seront justes , que ni prières, ni larmes ne vous les fassent révoquer.

Vos enfans doivent un jour obéir à la loi; donnez-leur l'habitude de cette soumission , en leur faisant plier leurs volontés à la vôtre. Mais, je vous le répète, que votre volonté soit toujours évidemment fondée sur la raison : vous leur rendrez ainsi la vertu aisée pour le reste de leur vie : car celui qui est instruit à faire céder ses pencbans à la raison qu'il reconnaît dans les autres , saura un jour commander 'a ses passions par sa propre raison.

Après avoir instruit vos enfans de ce qu'ils vous doivent, vous les instruirez de ce qu'ils doivent aux autres.

Tous nos devoirs envers les hommes sont compris dans la justice et dans la bienfaisance ; et l'exercice de ces deux vertus porte également sur ce seul principe , de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fissent à nous-mêmes , et de faire pour eux ce que nous voudrions qu'ils lissent pour nous.

Cette maxime, qui nous vient de la bouche de Dieu, suffit pour vous guider dans toutes les instructions que vous pourrez donner sur ce point à vos enfans. Ûamenez-les toujours 'a ce principe , pour les rendre juges eux-mêmes de leurs propres actions , comme aussi de la peine ou de la récompense qu'elles méritent.

Ainsi lorsqu'ils vous feront de mauvais rapports de leurs camarades ou de leurs frères et sœurs , qu'ils leur diront des injures , qu'ils leur reprocheront leurs défauts , qu'ils les troubleront dans leurs plaisirs, qu'ils voudront les battre ou leur enlever ce qui leur appartient , demandez-leur s'ils seraient bien aises qu'on en fit autant à leur égard : et pour rendre la chose plus sensible , traitez-les exactement de la même manière qu'ils auront traité les autres. C'est le meilleur moyen de correction que vous puissiez employer.

Engagez-les de môme à consoler leurs amis dans leurs peines, à les aider dans leurs travaux , à les secourir dans leurs besoins , à les prévenir même dans leurs désirs ; et toutes les fois qu'ils l'auront fait, faites-en autant à leur égard, en leur disant que vous suivez l'exemple qu'ils vous ont donné. S'ils ont refusé de le faire , qu'ils éprouvent de votre part les mêmes refus : il n'est point de leçon d'un usage plus universel , parce qu'elle touche 'a des sentimens qui sont dans tous les cœurs.

Ne laissez jamais prendre a vos enfans un ton impérieux envers vos domesti-

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q^-es. Slls ont besoin de quelques-uns de leurs services , qu'ils les leur demandent avec douceur , et qu'ils les en remercient, lorsqu'ils les auront obtenus : il faut surtout leur faire sentir à chaque instant, que loin de pouvoir commander à qui que ce soit, leur faiblesse les met dans la dépendance de tout ce qui les entoure, qu'ils ne peuvent être utiles à personne , et qu'ils ont besoin de tout le monde.

Inspirez-leur de bonne heure des idées de désintéressement et de générosité.

Faites-leur partager avec leurs camarades, avec leurs frères et sœurs , les joujoux et les bonbons qu'on leur donne. Conduisezles même jusqu'à se priver d'une chose qui leur fait plaisir , pour en faire présent à leurs amis. Qu'un témoignage de reconnaissance et d'affection leur paraisse une jouissance au-dessus de toutes celles de leur satisfaction personnelle.

Accoutumez-les euQn à la pratique de la bienfaisance et de l'humanité. Si le mendiant qui se présente a la porte de votre ferme, vous paraît un fainéant indigne de vos secours , ne lui exprimez jamais vos refus et vos reproches par la bouche de vos cnfans , quoique vous les rendiez témoins delà leçon que vous donnez à ce malheureux. 11 est bon qu'un acte de rigueur , même nécessaire , leur

soit étranger. Si ce pauvre au contraire est accablé d'années ou d'inûrmités et hors d'état de gagner sa vie , que vos enfans soient chargés de lui porter votre aumône ; mais que ce ne soit pas comme un soin dont vous rejetez la peine sur eux. Il faut au contraire quils le considèrent comme un plaisir dont vous vous privez en leur faveur , et que vous leur refuseriez , si vous étiez mécontens de leur conduite.

N'instruisez pas seulement vos enfans h faire des charités passagères , apprenez-leur à se montrer toujours humains et compatissans. Pour exercer leur sensibilité naissante, faites-leur appliquer le premier exercice de leurs forces à des actions qui les rendent utiles aux hommes et agréables à leurs yeux. Accoutumez-les a des services prévenans , h des complaisances ofticieuses , à des attentions obligeantes. Lorsque vous serez parvenus par dégrés a leur faire éprouver que le spectacle le plus doux sur la terre , est celui d'un de nos semblables dont on vient de remplir le cœur d'un sentiment inespéré de joie , vous pourrez vous regarder vous-mêmes comme de véritables bienfaiteurs des hommes , puisque vous aurez transmis h la génération qui doit vous suivre les sentimens les plus précieux pour leur bonheur.

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