‹ Le livre de familleChapitre 69 sur 197 · IST · texte numérisé non relu

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conseils. De celte manière il acquit une intelligence très-étendue, en sorte qu'il devint bientôt en état d'aider, à son tour, les autres de ses réflexions et de ses lumières.

Julien ne tarda pas à acquérir dans tout le pays une extrême considération , qu'il ne voulut jamais faire tourner qu'à l'avantage du public,

Unjour que l'extrême cherté des grains avait occasioné un mécontentement dont les malintentionnés se servirent pour exciter une émeute, Julien courut se jeter au milieu des séditieux, et par des raisons fortes , exprimées en un langage touchant, il leur fit sentir le danger de ces violences, et eut le bonheur de ramener les plus emportés à leur devoir. Dans les incendies et les inondations , il était toujours le premier à porter des secours , et il ne ménageait ni ses peines, ni sa vie. On le voyait quelquefois s'élancer tout habillé dans la rivière, soit pour sauver des malheureux près d'être engloutis sous les eaux , soit pour rattraper des bestiaux ou des effets emportés par le courant. Il n'était peut-être pas une seule famille dans le village, à laquelle il n'eût rendu les services les plus essentiels.

Quoique sa fortune fût très-bornée , il n'y avait personne qui fit tant de bien aux pauvres , par la manière prudente dont il savait distribuer ses charités , et surtout par ses enconrageniens et ses consolations. il est vrai qu'il vivait avec une extrême économie : cependant rien ne sentait la mesquinerie dans son ménage. L'ordre et la propreté semblaient y tenir lieu de la

richesse, et le préservaient des embarras de la profusion. 11 recevait tous les jours les bénédictions de ses vieux parens qu'il nourrissait dans leur vieillesse, et qu'il soulageait dans leurs infirmités. Sa femme, quoiqu'elle eût été fort mal élevée , avait perdu auprès de lui son entêtement , son ignorance et sa vanité ridicule. Ses enfans étaient bien obéissans et bien instruits , ses valets dociles, honnêtes et laborieux ; et tous ceux qui se piquaient de quelque goût pour l'agriculture, venaient le consulter sur le succès de ses nouvelles expériences, et en admirer l'effet dans ses troupeaux , ses terres et ses jardins.

Je vous laisse maintenant à juger, mes chers amis , lequel de nos trois rivaux . René, Basile et Julien, a le mieux réussi dans ses prétentions, et si c'est ou la parure, ou la richesse, ou plutôt la probité, les lumières, la modération et le courage, qui conduisent à la véritable gloire et au vrai bonheur.

Comme je ne doute pas qu'il ne s'en trouve beaucoup parmi vous que son exemple anime déjà dune louable émulation , je vous recommande la lecture des deux morceaux que vous trouverez après le morceau qui va suivre , et dont Julien faisait son étude ordinaire, en avouant à ses amis qu'ils lui avaient été de la plus grande utilité pour sa conduite. Ces deux morceaux sont du célèbre Franklin , qui a tant contribué à la liberté de 1 Amérique , sa patrie, et qui a mérité par-là que sa mémoire soit honorée , et ses instructions suivies par fous les peuples qui savent jouir de la liberté.

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