T. II
ADRIEN. — Oui , mon papa; mais alors je le chasse et je lui dis : Va-t'en , iMinet ; je ne veux pjs que tu prennes les jolis oiseaux.
M. DE VERTEUIL. — C'cst fort bien fait ; le cliat n'est au logis que pour prendre les souris et les rats. Les oiseaux ont un si joli ramage et font tant de plaisir dans un jardiu ! Il ne faut pas que les chats les mangent.
ADRIEN. — Et puis , Minet n'est pas à plaindre. Je prends moi-même le soin de le bien nourrir.
M. DE VERTEUIL, — En effet, j'ai souvent observé qu'il va s'adresser à toi de préférence , pour avoir quelque chose à manger.
ADRIEN.— 0 mon papa! il est si gentil!
Et pour son adresse , elle est incroyable. Lorsqu'il saute sur une table où il y a des carafes , des bouteilles , des verres et des salières, pourvu qu'on ne lui fasse pas de peur, ou qu'on ne le chasse pas brusquement , il court au milieu de tout cela sans jamais rien casser.
M. DE VERTEUIL. — 11 est vrai. Je ne connais point d'animal plus souple. Mais croirais-tu que j'ai vu un chat boire du lait dans un vase où il ne pouvait pas fourrer le museau ?
IS
ADRIEN. — Apparemment qu'il prit le parti de le renverser ?
M. DE VERTELIL. — NOD , DOD ; il fit
encore mieux.
ADRIEN. — Et comment donc, je vous prie?
M. DE VERTEDiL. — Lorsqu'il vit qu'il ne pouvait pas faire entrer sa tête dans le col du vase , ni atteindre avec sa langue jusqu'au lait pour le laper, il plongea dans le vase une de ses pattes, qu'il retira aussitôt pour la lécher, et il continua cet
exercice jusqu'à ce qu'il eût entièrement apaisé sa soif.
ADRIEN. — Si] le renard du bon La Fontaine s'était avisé de cet expédient , il aurait bien attrapé la cigogne.
M. DE VERTEUIL. — Oui , tu as Taisou.
ADRIEN. — VoilU donc , malgré le proverbe , un chat plus fin qu'un renard. Oh ! tenez, mon papa, quand le lait aurait été pour mon déjeuner, j'aurais pardonné un si bon tour à Minet , en faveur de son industrie.