‹ Le livre de familleChapitre 91 sur 197 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

THIBAUT , MARGUERITE , LOUISON

LOuisoN , portant des hardes sur ses bras. — Tiens , mon père , voici mes habits des dimanches, et ceux de Jeannette. Vais-je les mettre sur la table?

THIBAUT. — Oui, malille, auprès de ceux de tes parens.

MARGUEUiTE , Ics lamics ttux ycux. — 0 mes pauvres enfans! que je suis affligée pour vous!

THIBAUT. — C'est delà joie, raafemme, et non du chagrin qu'ils nous donnent.

Faut-il pleurer de leur voir de l'honneur? ( Il embrasse tendrement Louison.) Dismoi donc, est-ce que tu voudrais garder tes habits?

LOUISON. — Sûrement, si vous pouviez aussi garder les vôtres. Mais puisque vous êtes obligés de les donner à monseigneur , je ne veux plus des miens. Ne lui devez-vous pas tout ce que vous avez?

THIBAUT. — Tout, ma fille.

Louisox. — J'aimerais mieux aller avec un sarrot déchiré, que si l'on disait : Voyez Louison, comme elle est pimpante ! C'est de l'argent d'un autre.

THIBAUT. — Bien , ma chère enfant.

Voilà comme il faut penser. Avec ces sentimens dans le cœur , jamais on n'est malheureux. On ne perd ni son estime ni son courage.

BIPIIOTIIKQIJE DES VILLAGES.

MARGUERITE. Tou pôie a raisoiî , ne crains pas de manquer. Nous travaillerons jour et nuit, pour que tu aies tous tes besoins ainsi que ta sœur.

LouisoN. — Et nous aussi, nous travaillerons de notre mieux pour tâcher de vous les rendre.

THIBAUT. — En nous aidant ainsi, j'espère que nous pourrons sortir de l'état fâcheux où nous sommes. Mais quand il nous faudrait, y rester , au moins nous n'aurons pas de reproches à nous faire. Aucun homme sur la terre n'osera nous mépriser, ni vous regarder de travers.

On pourra vous dire après notre mort : Vos païens étaient pauvres ; mais on ne pourra pas vous dire, ils étaient de malhonnêtes gens. Vous n'aurez pas à rougir d'aller répandre des larmes sur leur sépulture. Vous n'y trouverez personne qui vous en repousse , pour la fouler avec indignation sous vos yeux.

LOUISON , avec vivacité. — Mon père, j€ vais voir si je n'ai rien oublié. Quand Jeannette aura uni, nous aurons quelque autre chose à t'apporter encore.

Page 1