SCÈNE III
THIBAUT , MARGUERITE- THIBAUT. — Eh bien ! ma femme, encore un air abattu? Nos enfans auraientils plus de courage que nous-mêmes? Nous avons toute leur tendresse ; il ne faut pas la perdre, en leur donnant sujet de nous moins estimer. Ils savent que ce n'est pas la mauvaise conduite qui a fait notre malheur; mais nous pourrions leur en paraître coupables, en nous y laissant accabler par un lâche désespoir. Allons , ne regardons nos peines que pour y voir la consolation que nous donnent ces chers enfans.
MARGUERITE. — Oui , mou ami , il n'en est pas de plus douce pour une mère.
Aurais-je dû in'attendre "a leur trouver de
si bonne heure (ant de force et de raison?
THIBAUT. — Pourquoi non , Marguerite? Va, je n'ai jamais craint qu'une aussi brave femme ne me donnât pas des enfans comme elle. TIs seront le bâton do notre vieillesse. Nous pourrons nous y appuyer avec assurance , quand le grand âge nous aura courbés.... Mais j'entends la voix de Valentin. J'ai quelque chose d'important à lui dire. Marguerite , si j'osais te prier de me laisser seul avec lui !
MARGUERITE. — Quc mc deiîiandestu? Tout ce qui le regarde ne me touchet-il pas autant que toi-même ? Crois-tu qu'il me soit moins cher qu'à toi?
THIBAUT. — C'est précisément ta tendresse pour lui que je crains en ce moment.
MARGUERITE. — Tu me fais frémir.
Quel est donc ce secret ? Est-ce quelque malheur dont il soit menacé ?
THIBAUT. — Non, ma chère amie; c'est au contraire de son bien-être qu'il s'agit.
MARGUERITE. — Et lu craius de m'avoir pour témoin?
THIBAUT. — Eh bien ! reste , si tu le veux. Mais promets-moi , quelque chose que je puisse dire , de ne pas me démentir. Si tu l'aimes , si tu ne cherches que son bonheur , il faut que tu m'appuies dans ce que je vais lui annoncer.
MARGUERITE. — Pouiquoi ne m'avoir pas d'abord conflé tes desseins.
THIBAUT. — Le voici , tu vas les entendre en sa présence.