‹ Le livre de guerre ou instruction elementaire sur les differentes parties de l'art de la guerre... par. A. M. PerrotChapitre 6 sur 26 · FORTIFICATIONS PASSAGÈRES · texte numérisé non relu

FORTIFICATIONS PASSAGÈRES

Les ouvrages que l’on exécute à la guerre pour défendre des positions, couvrir des troupes, et qui sont le plus souvent élevés à la bâte , en terre et peu solidement, sont dits fortifications passagères , ou de campagne , ou retranchemens.

Un retranchement ordinaire est composé d’un parapet et d’un fossé .

- Le parapet est une levée de terre , faite devant les positions que l’on veut défendre; son épaisseur doit être calculée de manière à ce qu’il puisse résister aux effets du canon, ét sa hautetir Varie de telle sorte que les troupes soient couvertes sur

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tous les points de la posilion, et dérobées aux vues et aux feux de l’ennemi.

Le fossé est une tranchée creusée en avant du parapet, du côté de l’ennemi, et qui fournit les terres nécessaires à l’élévation de ce parapet.

Le profil d’un retranchement offre donc les dispositions suivantes :

• A-R, sol naturel, pi. 5, fig. 3.

C, ligne couvrante y magistrale , ou crête intérieure du parapet.

D , crête extérieure du parapet.

La ligne C c‘ est la hauteur de la crête couvrante; l’espace c" d 1 est i’épaisseup du parapet.

Cette épaisseur doit être proportionnée aux armes qui doivent lui être opposées, et tirée, par exemple, à une distance de 3oo mètres. C’est-à-dire, contre un boulet de 4 qui s’enfonce dans les terres fraîchement remuées et damées, de i.3o, on donne au parapet une épaisseur de a", oo®.

Contre un boulet de 8, qui entre de a.oo, on donne 3 m ,

J'orfr/ù iifto/i . Jï.o.

oo r.

Contre un boulet de ia, qui entre de ?i.5o, on donne 4 m *

Contre un boulet de 24, qui entre de 3.6o, on donne 5 à 6 m .

L’obus de 6 pouces entre de 2.70, on donne 4-

Celle de 8 de 4-3o , on donne 5 à 6 m .

La balle de fusil, tiré à bout portant, pénètre de o.35 au plus. Il suffit donc de donner au plus un mètre d’épaisseur aux retranchemens qui ne peuvent être attaqués qu’avec de petites armes.

On donne le plus généralement 5 mètres d’épaisseur aux parapets qui doivent résister quelque temps à Tartillerie de campagne.

Un ouvrage est défilé , lorsqu’on n’est pas vu dans son intérieur. Pour qu’il soit ainsi on nivelle la surface du terrain derrière le parapet, que l’on nomme terre plain , et on donne à ce parapet une hauteur convenable.

Si le terrain est plat, une hauteur de a.3o. suffit à la crête intérieure du parapet.

Si ie terre-plain était plus bas que la surface du terrain, la hauteur de la crête pourrait être réduite à moins de 2.00.

Prenant pour hauteur moyenne a.40, et le soldat n’élevant son arme que de i. 3 o, au moment où il tire, il faut donc placer au bas du parapet une banquette E. F. G. qui a 1.10 d’élévation.

Le dessus de la banquette E-F doit avoir i.o 5 .pour recevoir deux rangs d’hommes, et seulement o .65 si elle n’en doit recevoir qu’un rang.

Le talus F. G. facilite la montée du terrain naturel ou terre-plain sur la banquette; on lui donne le double de sa hauteur, c’est-à-dire 2.10, ou 2.20.

Le talus intérieur du parapet C. E a une base E-e égale au tiers de la hauteur e-C.

Pour donner plus de solidité à ce talus qui est raide, on peut le monter en gazon, levé par parallélogramme et placé comme de la maçonnerie. *

La plongée C. D , ou dessus du parapet, est inclinée vers l’horizon, de manière que

le soldai puisse découvrir tout ce qui se présente en avant, à partir du bord extérieur du fossé H, on a environ i“. plus loin I, ce qui donne la crête intérieure D. une hauteur D. d'. de 1.90 à 2®.

Le talus extérieur D. f. doit avoir une base f. d'. égale à sa hauteur dans les terres ordinaires, dans les terres fortes et argileuses on peut réduire cette base.

Entre le pied des talus extérieurs du parapet et le bord du fossé, on laisse un espace f. g. d’environ 1.00. c’est la berne.

La profondeur du fossé est de 2. ou 3“.

La largeur est réglée de manière que les terres qui en sortent servent à élever le parapet.

En résumé le retranchement se compose donc :

D’une contrescarpe H - L.

Du fond du fossé L-K.

De V escarpe K - g.

De la berne g - f.

Du talus extérieur ou naturel f- D.

La crèle extérieure du parapet D.

De la plongée D - C.

La crête intérieure du parapet C.

Le talus intérieur C - E.

Le dessus de la banquette E - F.

Le talus de la banquette F -G.

Le terrain naturel ou terre-plein B.

Il faut observer que l’arme ne doit pas incliner au-delà de 14 à 1 5° sous l’horizontale, et que l’angle que fait la plongée avec l’horizon se trouve compris dans cette limite.

Les pièces d’artillerie ne pouvant même pas être tirées au-delà de 9 a io° au-dessous de l’horizon, il convient de ne pas incliner la plongée des parapets destinés à l’artillerie au-dessous de l’angle 9 °. 3 o'.

Fig. 3. épaisseur du parapet de 4 mètres, ce profil peut servir de base pour la construction des autres.

Ces retranchemens sont en usage pour résister aux attaques ordinaires ; cependant le parapet a quelquefois plus d’épaisseur et plus de hauteur, le fossé est encore

précédé, vers la campagne, par d’autres moyens de défense.

Le profil, pl.5, fig. 4>est le produit du déblais de deux fossés, l’un extérieur l’autre intérieur au parapet, il a l’avantage de couvrir promptement les travailleurs placés en arrière du parapet, s’enfonçant audessous du niveau du sol, à mesure qu’ils élèvent entr’eux et l’ennemi la masse du parapet. Ce profil est donc préférable quand il s’agit de se retrancher dans le moment d’un combat , qui a pour but d’occuper de vive force une position.

On donne seulement 5o cent, de profondeur au fossé intérieur et une largeur d’environ 5 mètres. Un mètre seulement de profondeur au fossé extérieur.

PI. 5, fig. 5. On établit souvent un talus nommé Glacis , sur le bord extérieur du fossé, il a pour objet d’ajouter à la force des retranchcmens en rendant la descente du fossé plus difficile à effectuer, couvrant, par son élévation, la fraise que l’on place sur la berne

La hauteur de la crête du glacis Ii. doit être moindre que celle de la banquette afin que les défenseurs ne soient pas dominés par les assaillans.

L’inclinaison du glacis doit être telle que la droite C. B. prolongée vers le parapet, passe par le point D. de la crête.

Les terres du glacis sont fournies par un élargissement du fossé.

On peut établir un glacis , sans élargir le fossé, en creusant un avant-fossé pour en tirer les terres nécessaires; mais il faut que cet enfoncement soit vu du point D.

On place dans Pavanl-fossé un rang d’abatis ou de fortes branches d’arbres, mises à côté les unes des autres et entrelacées, leur souche tournée vers le parapet et assujettis par des piquets.

Il est urgent de couvrir ces abatis, par une masse de terre qui puisse les préserver du canon ennemi.

Nous ne pouvons entrer ici dans les calculs indispensables pour coordonner les déblais et les rembais, pour profiler

les angles des lignes de retranchemens qui sc rencontrent, ni pour fixer le temps nécessaire pour la confection de tels ou tels travaux; ces détails indispensables à l’ingénieur, offrent peu d’utilité à ceux qui doivent faire usage de ce livre, dans un cas pressé et extraordinaire. Nous nous contenterons donc de donner la marche la plus simple à suivre pour tracer les lignes de défense élever le parapet et creuser le fossé; l’intelligence et le bon sens indiqueront ce que notre cadre ne nous permet pas de traiter.

On conçoit que les feux étant perpendiculaires à la direction de la crête intérieure du parapet, si le retranchement était en ligne droite l’espace qui précède le fossé ne serait défendu que par des feux directs, et que l’ennemi serait à couvert en arrivant dans le fossé.

On retranchement en ligne droite est donc un ouvrage de peu de résistance , et J’pn a senti la nécessité d’interrompre les directions, de former des parties sail-

lantes , de manière que les feux, en se croisant en avant de la position qu'il faut défendre, puissent produire le plus grand effet possible, et que le passage du fossé soit pour l’ennemi très-difficile à exécuter.

Les différens systèmes de retranchement doivent avoir les conditions suivantes :

Ses parties doivent se flanquer ou se défendre réciproquement.

Une partie flanquée ne doit être éloignée de celle qui la défend que de i 5 o à 240 mètres , ou d’une bonne portée de fusil.

Les angles rentrans d’un retranchement doivent avoir à peu près 100 degrés.

Les angles saillans vers la campagne n’auront pas moins de 60 degrés d’ouverture.

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sont

Les différens tracés de retranchement

• ■ f. 1 y ’jo 'îi’J l! * !

i*Los redans, fig. 6, pl .5 (nous ’r?vons indiqué les dimensions sur cette figure et sur

les suivantes). Lorsque les laces du redan n’ont que vingt mètres, il prend le nom de flèche.

2° Bastion , fig. y. Lorsque les faces sont de quarante mètres, et les flancs de douze à quinze, le bastion prend le nom de lunette.

5° Les crémaillèi'es , fig. 8, pl. 6.

4° bonnet d prêtre , ou queue d’hirondelle simple , fig. îo, pl. 6.

Quand un retranchement se développe sans interruption , on lui donne le nom de ligne continue. Une ligne se distingue par les parties dont elle est composée : il y a des lignes à redans , fig. 6, à bastions , fig. y, à tenailles, fig. 9, à crémaillère , fig. 8.

Pour tracer une ligne à redan, fig. 6, pl. 5, sur une ligne A. B, gorge de retranchement, on prendra les parties A* C, CB, etc. , aux points de division A- C B , etc. On élèvera des perpendiculaires A. D., C-E, B-F, etc., qui sont fés capitales (1),

(1) Dana loua les outrages, la ligna qui divise rri dsfitf parties les

angles saiilana tat appelée fapHat*.

et qui doivent avoir quarante -quatre mètres, on porte ensuite trente mètres de À en G, de C en H, de C en I, de B en J, de B en K, etc.; ce qui donne les faces G-D.- H-E. I-E. J-F, etc.

On obtiendra un bien meilleur résultat en employant le tracé indiqué fig. 11 , pl. 6, où la courtine £st brisée; ce qui donne des feux croisés d’un grand effet ; mais il est plus difficile, et demande plus de temps.

Pour tracer la ligne bastionnée , il faut, sur une ligne A-B, fig. 12 , pl. 6, représentant la direction du front, prendre les parties À-C, Ç-B, etc. , de i5o mètres au moins, et de 25o mètres au plus. Les points A. C. B, etc., sont les sommets des angles flanqués des bastions ; par ces points, on mène perpendiculairement à À. B les capitales A- a, C. c, B. b., etc.

On élève ensuite au poiut E, sur le milieu de A-C, laperpendiculaire E-F, égale au sixième de A-C, et, tirant les lignes de défense A - F, et C-F, on marquera

de A el Je C, vers F les faces de bastion de 60 à 70 mètres, ou d’environ un tiers de A C.

Par les points G. H, on mène les flancs G-I, II I, perpendiculairement ù I-C et à J. Av enfin on joint I-J par une droite, qui est la courtine . Ce tracé sera répété sur les autres divisions de la ligne.

Le fossé ne suit pas partout le développement de la ligne, parce qu’alors les feux partant des flancs ne pourraient le défendre qu’imparfaitement vis-à-vis des faces; on établit un dégagement en forme de rampe, et allant de l’épaule vers le flanc, vis-à-vis, afin que le fossé puisse être défendu.

Les autres tracés étant plus simples se concevront plus facilement après l’instruction ci-dessus, et à la seule inspection des figures cotées qui les représentent.

«Les positions qu’il faut couvrir exirgent souvent que le retranchement, après s’être développé d’abord, suivant une certaine direction, soit dirigé ensuite selon

une autre ligne, formant, avec la première, un angle rentrant ou un angle saillant. Lorsqu’il est rentrant , son sommet est naturellement un point fort de la ligne; mais c’est le contraire si cetangleesl saillant, et surtout si le changement de direction occasione un angle aigu, l’ennemi, dirigeant alors ses efforts sur ce point d’attaque qui lui est offert. »

Si l’angle est rentrant, on laissera , entre les faces des ouvrages qui sont en regard, un intervalle A-B, fig. i3, pi. 6, en rapport avec la portée des armes, on tracera suivant cette figure i3, et l’on profilera entre ces deux points comme à l’ordinaire , si l’angle rentrant est droit; mais si l’angle A. C. B, fig. i3, pl. 6, est obtus ou aigu, les fronts A C.

C B devront être flanqués par un grand redan D-E-F. dont les faces seront respectivement perpendiculaires à A C et C. B.

« Si le changement de direction donne lieu à un angle saillant droit ou obtus

A-B C, fig. 14, pl. 6, on peut bastionner les parties voisines du sommet, afin que ce sommet, qui sera aussi celui d’un bastion, se trouve défendu ; ou bien encore établir des parties en saillie , telles que D, que l’on raccordera avec le tracé courant de la ligne. »

« Dans le eas où l’angle saillant serait aigu, on formerait au sommet un saillant isolé, tel qu’une lunette, et on en défendrait les faces et la gorge par un front bastionné , approprié à l’ouverture de l’angle, ou autrement par une simple tenaille, fig. i 5 , pl. 6 .

Si les troupes que l’on doit retrancher sont destinées à passer de la défensive à l’offensive , on peut ne fortifierqu’un certain nombre de points espacés de 200 à 5 oo mètres, de manière que les intervalles soient défendus par des feux croisés.

On construit à cet effet des redans, des lunettes ou des redoutes.

Ces fortifications ont l’avantage de pouvoir être faites sur des emplacemens qu’il

serait difficile de couvrir par des ouvrages symétriques ; elles exigent moins do temps et de travail. La fig. 16, p!. 7, indique la disposition des redans ou lunettes.

Sur un front A-B, on placera des lunettes à 200 ou 5 oo mètres de distance l’une de l’autre. Sur le milieu de chaque distance , on élèvera des perpendiculaires à A-B. en C. D, etc., et l’on élèvera les lunettes intermédiaires, en ayant soin que la distance C-E soit plus grande que A. C.

On donne 40 mètres aux faces de lunettes.

On peut augmenter la ligne de défense en ajoutant encore des redans F, F sur une troisième ligne.

Pour que l’ennemi ne puisse attaquer les lunettes par derrière, en les tournant, il faut les fermer à la gorge; ce qui se pratique en élevant une banquette G de i m de large, o, 5 o c de haut, et garni d’une palissade (1). Au milieu delà gorge, on laisse

(1) Voyez le détail des palissades, pl. 12, fig. 28.

une ouverture qui, pendant l’attaque, est masquée par un abatis ou tout autre obstacle.

Souvent il est inutile d’élever des ouvrdges à grand développement, et l’on n’a besoin que de fortifier des positions isolées, un défilé, une. colline , etc.

Les petits corps qui doiventoccuper ces positions presque toujours avancées, pouvant être tournés, il est important que les ouvrages soient fermés de tous côtés. Ces ouvrages sont des redoutes , des fortins , ou forts de campagne.

Les redoutes sont des ouvrages dont la magistrale est un polygone, et ne jouissant que de la défense directe.

La forme la meilleure, et la plus en usage pour les redoutes, est le carré, fig.

17, pl. 7.

Les épaisseurs des parapets doivent, comme nous l’avons dit plus haut, être en rapport avec les armes auxquelles ils doivent résister, et avec la force des matériaux.

L’ouverture d’une redoute, pratiquée à travers le parapet, sur la partie moins exposée, est de 2 ou 4 mètres, selon qu’elle doit servir à l’infanterie ou à l’artillerie. Si le fossé est creusé vis-à-vis cette ouverture , il faut y construire un petit fort facile à détruire.

Une forte barrière (1) est placée à l’entrée du passage , dans la direction de la magistrale, et le pont est couvert par un petit redan élevé en avant, ou bien l’ouverture est gardée par une traverse intérieure A. fig. 17, pl. 7. Cette traverse peut être remplacée dans les petits ouvrages par un rang de palissades.

La grandeur de la redoute doit être calculée d’après le nombre d’hommes qu’elle doit contenir, et il faut compter un mètre courant de parapet pour chaque homme.

La largeur de la banquette, y compris le talus, doit être de 3 mètres.

Comme les angles saillans de la redoute restent sans défense du feu, il faut, autant

( 1 ) V. le détail des barrières, pl. ia, fig. 3o et 3i.

que cela est possible, les placer de manière à ce qu’ils soient protégés par des accidens de terrain.

Pour obvier aux inconvéniens des redoutes, qui n’ont que des feux directs, on a fait des forts à tenailles ou à étoiles , dont les côtés sont brisés intérieurement , fig. 18.

Les forts à demi-bastion , fig. 19, 20, pl. 6, ont de grands défauts ; les feux de flancs A croisent les capitales ; mais ceux B sont trop obliques pour défendre les faces; les saillans sont trop étroits pour les manœuvres.

Les forts à bastion , fig. 21, pl. 6, sont les meilleurs ouvrages; mais comme leur construction est plus longue et plus compliquée, elle doit être confiée aux ingénieurs, et sort du cadre que nous nous sommes tracé ici.

Pour tracer sur le terrain les ouvrages de défense, on plante, à tous les points de la crête, des perches ou gros piquets, A, fig. 22, pl. 6, de la hauteur que doit

avoir cette crête, on trace à la pioche des droites qui joignent ces points, et des perpendiculaires aux saillans.

Avec des planches étroites ou de fortes lattes, on construit des profils, fig. 22, pi.

6, par exemple. Entre ces profils, on trace encore à la pioche le pied du talus de la banquette, et le pied du talus extérieur • i du parapet; on établira des profils intermédiaires, quand les longures sont un peu considérables.

On tracera encore de même le bord de l’escarpe et le bord de la contrescarpe , et l’on plantera des piquets enfoncés à rasterre sur ces tracés.

On peut remplacer les lattes par des cordeaux tendus. On tendra aussi des cordeaux par lesangles des profils, et on aura ainsi le relief figuré, de manière qu’il ne restera qu’à le remplir, et à le régaler avec les terres provenant du fossé.

«Il faut , pour tracer une lunette , par exemple, 2 doubles mètres, 10 jalons,

20 perches de 2 à 3 mètres , ou 20 gros pi-

quels d’un mètre, 100 petits piquais, 100 mètres courant de lattes, a cordeaux de a 5 mètres de longueur, 6 pioches , 4 niasses en bois ou en fer , un niveau de maçon, un fil à plomb; î scie, a marteaux de charpentier, 4 vrilles et 200 doux.

Aprèsavoir partagé la longueur du fossé en parties de deux mètres, divisant ensuite celle du parapet en un môme nombre de parties, et menant des droites par les divisions correspondantes, les directions des ateliers seront bien indiquées pourla pratique.

Le fossé sera creusé de telle manière que les terres enlevées en plusieurs fois et par sortes de marche, laissent à la fin du travail des saillies anguleuses qui disparaîtront ensuite et faciliteront la façon des talus.

Le parapet sera formé par couches de terre, é peu près d’égale épaisseur, les terres seront damées ou piélinées par les travailleurs.

La nature des terres dirigera dans Fin—

olinaison que l’on doit donner aux talus de l’escarpe et de la contrescarpe et à celui de l’extérieur du parapet. Dans les terres argileuses ou fortes , on peut réduire la base du talus de la contrescarpe au tiers de sa hauteur, à la moitié de sa hauteur celle du talus de l’escarpe, on peut aussi supprimer la berne; mais si le terrain est sabloneux , on donnera au talus de l’escarpe autant de base que de hauteur, et un peu plus d’inclinaison au talus de la contrescarpe : on laissera la berne de 1 mètre à i .3o. et l'on inclinera le talus extérieur du parapet, de manière que sa base soit égale à une fois et demie sa hauteur.

On peut consolider les talus du parapet avec un revêtement de gazons , surtout quand les retranchcmens doivent servir long -temps. On peut encore employer* dans les terrains meubles, des fagots nommés facines , fig. a5. pl. 8, et saucissons qui servent à revêtir les talus et à prévenir leur éboulement. Les claies , fig. 27, les gabions, fig. 28, des corps d’arbres ou des ma-

tîriers peuvent encore être employés aux mêmes usages.

Ces perfectionuemens sont rarement employés à la guerre, pour des travaux du moment, qui peuvent être exécutés sans le secours des ingénieurs.

Le nom de Batterie a été donné ù une réunion de bouches à feu destinées à tirer ensemble sur un même objet.

Souvent une batterie est couverte par un parapet, appelé èpaulement ou coffre de batteries.

L’épaulement a des embrasures ou bien est à barbette , quand les pièces tirent par dessus le parapet.

L’artillerie est chargée de la disposition et de la construction des batteries.

Les moyens employés pour augmenter Ja résistance des retranchemens, sont:

• Les chevaux de frise (i). *

Les palissades (2)

(1) Voyez pages 55 et 67.

(») Voyez page 73 et pl. ia, fig. a8.

Les abatis (i).

Les trous de loups. Ces trous ont la forme d’un cône tronqué renversé; le diamètre de la base supérieure est de 2 mètres, celui de la base inférieure de o, 60, la profondeur de 1,40, les terres provenant des déblais sont rejetées dans tous les sens sur les bords et forment les lèvres des puits , au fond du trou on plante un piquet pointu de 1 mètre de baut.

Les trous de loups sontdisposés en quinconce et établis à la queue des glacis.

Fig. 22 et 23, pi. 8.

Les chausse-trapes , fig. 24. PI. 8, sortes de clous à quatre pointes, disposés de manière que l’une des pointes est toujours en haut, on les sème à profusion sur les endroits par lesquels l’ennemi peut arriver

aux retranchemens. Elles sont aussi très-

bonnes pour rendre les gués Impraticables, surtout à la cavalerie.

Les petits piquets, longs de o,5o et poin-

(1) Voyez page 69 et pl. 11, fig. 16. 17, et 16.

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tus, plantés sans ordre en grandfe quantité, servent aux mêmes usages.

Les barrières (i), pour la fermeture des passages pratiqués dans les parties rentrantes des ouvrages et les entrées des portes fortifiées.

On peut tirer un excellent parti des eaux pour la défense des positions et des retranchemens , souvent on doit à leur disposition tous les avantages d’un établissement.

Les instructions suivantes, rédigées par ordre du ministre de la guerre lors des invasions de la France en 1814 et i8i5, serviront de complément à ce que nous venons de dire de la fortification passagère, donneront des exemples et des applications plus positives et seront consultées avec fruit, par un militaire étranger an corps du Génie , dans un moment pressant.

( 1 ) Voyez page *5ei pl. ia, fig. 3o et 3u.

Pour la défense des villes ouvertes , des villages , des passages et des ponts , la démolition et la reconstruction des ponts , etc.

Si les travaux relatifs à la défense ou à l’attaque des places fortes sont réservés à des officiers spéciaux, monopole qui est bien certainement nuisible à l’avancement des sciences militaires, il est des cas où un officier de troupes peut employer des moyens de défense très-avantageux et qui ne demandent ni temps ni dépense, mais quelques connaissances, rares dans l’armée, parce qu’elles n’y trouvent pas de récompense et qu’une barrière , jusqu'à présent insurmontable, arrête les élans du géuie et les efforts de l’étude.

Nous allons présenter ici une série d’exemples d’une fréquente application en campagne , et que nous croyons pouvoir

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Être de la plus grande utilité aux militaires de tonte arme et de tout grade.

Défense d*une ville ouverte.

Une ville ouverte doit souvent être défendue , pour protéger un passage ou une retraite, assurer une communication, conserver un dépôt, des ambulances, ou pour servird’appui à des mouvemensde troupes.

Les moyens de défense doivent être en rapport avec les avantages que présente la position , et avec le temps dont on peut disposer pour s’y préparer.

On doit d’abord porter son attention sur les environs, examiner si la position à défendre n’est pas dominée de très-près, si les maisons ne sont pas trop faciles à incendier, on doit occuper les points dominans, éclairer les accès de la ville, détruire ‘les habitations, les haies, les vergers, les bouquets de bois qui ne peuvent être utiles à la défense, et qui pourraient au contraire favoriser l’attaque.

Les bois seront coupés à deux pieds de

terre, afin de gêner la marchp de l’ennemi, sans masquer les feûx des retranchemens.

On fermera l’enceinte de la ville, en profitant des maisons, des murs de clôture, des haies et des fossés. Les ouvertures, les séparations de propriétés et tous les points qui pourraient donner accès dans la place, seront fermés au moyen de palissades , de palanques ou de fossés couverts par des abatis.

La fig. 1, pl. 9, donnera une idée de la disposition de ces moyens de défense.

Les rues seront barricadées.

Les barricades seront formées avec les objets ou les matériaux qui se trouveront 6ur les lieux, et avoir assez d’épaisseur pour résister à l’artillerie de campagne et assez de hauteur pour ne pouvoir être franchies facilement.

Il faut éviter de les revêtir, du côté de ' l’ennemi , avec des matériaux dont les éclats peuvent blesser ou tuer les défenseurs, comme des pavés, par exemple.

Des pavés amoncelés et recouverts de

fumier, ou contenus dans des tonneaux aussi recouverts de fumier.

Des tonneaux remplis de terre.

Des voitures chargées de terre ou de fumier, dont on démonte les roues, et qu’on peut couvrir par des abatis , comme le représente le profil fig . 8, pl. 10.

Elles peuvent être construites en palissades ou palanques , fig . a, pl. 9, ou en coffrage, maintenues par des pieux et remplies de terre ou de fumier, fig. 3, pl. 9.

Des sacs de terre, des ballots de laine ou de coton, peuvent être aussi employés avantageusement au même usage.

Les barricades doivent être flanquées par les maisons voisines , qui seront crénelées. La fig. 4, pl . 9, indique cette disposition.

Les canaux ou égouts qui traversent la ville, seront barrés au moyen de grilles ou de pieux.

On couvrira par des tambours en palissades ou par des abatis, les ouvertures qu’on devra conserver pour les sorties, et

qui seront fermées , soit par une barrière, soit par un cheval de frise.

Les parties saillantes de la ville seront garnies de tambours (1), d’ouvrages de campagne, ou seulement par des créneaux.

Ces créneaux, pratiqués dans les murs des maisons ou des clôtures, doivent avoir é l’extérieur une hauteur de 3 o à 35 centimètres, une largeur de 8 à îo centimètres. Elles seront évasées à l’intérieur, pour faciliter l’obliquité des armes. On doit les percer à 1.70 de hauteur et placer au bas du mur intérieur une banquette pour élever les soldats. Fig. 5 , pl. 9.

Si l’on a de l’artillerie, on doit la disposer de manière qu’elle batte les avenues • et les points les plus susceptibles d’attaque. On la place derrière les parties saillantes du mur d’enceinte, dans lequel on pratique des embrâsures, ou on l’établit aux saillans des ouvrages en terre ou tambours.

(0 Voyez la forme de ce tambour, fig. 6 et 7, pl. 9.

fi3

On creusera un fusse devant les parties de l’enceinte , fermées par des bâtimens ou clôtures, si le temps et les moyens le permettent, on continuera le fossé sur toute l’enceinte, et on en défendra les abords par des palissades ou des abatis.

Si la ville est placée près d’un ruisseau ou d’une rivière dont on puisse, au moyen d’un barrage, déverser les eaux en avant d’une partie de l’enceinte , on ne doit point négliger cette ressource précieuse pour la défense.

Lorsque le volume des eaux est peu considérable, on peut faire le barrage avec des fascines, maintenues par des pieux, fig. 9, pl. 10.

La fig. 10, pl. 10, indique un barrage construit en amont d’un port, avec des poutres, madriers et fascines.

S’il existe dans l’intérieur de la ville quelque château, église ou vaste bâtiment d’une construction solide , on pourra le disposer de manière à servir de réduit, en condamnant les ouvertures inutiles , cou-

vrant l’entrée par un tambour, crénelant les murs, et les entourant, s’il est possible, d’un fossé, avec palissades ou abatis.

Si la disposition du bâtiment ne permet pas d’avoir des feux de flunc, il sera nécessaire de construire , sur les faces privées de ces feux, de petits tambours auxquels on communiquera par des ouvertures pratiquées dans les murs.

On aura soin de barricader les rues inutiles pour les mouvemens des troupes, et par lesquelles l’ennemi pourrait couper leur retraite sur le réduit.

Dans le cas où la force de la garnison permettrait de faire une défense opiniâtre et plus étendue, on cherchera à tirer parti des bûtimens extérieurs avantageusement situés , en les retranchant et les liant entre eux ou à la ville par quelques ouvrages de campagne, fossés ou abatis.

La fig. 1 1 est un profil qui indique le parti que l’on peut tirer d’une roule pour établir une ligne de défense.

Retranchement des villages.

Les villages doivent être retranchés par des moyens analogues à ceux proposés pour les villes.

On remarquera seulement que , les villages étant ordinairement entourés de jardins clos de haies vives, on peut se servir de ces haies pour former l’enceinte : on creuse en avant un petit fossé, ou bien on y dispose des abalis pour en rendre les abords difficiles. Fig. 12 , pL 10.

Pour faciliter les communications intérieures, on doit abattre les haies ou clôtures qui pourraient s’opposer aux mouvemens des troupes.

Si l’on n’a point assez de troupes pour défendre le village , on n’en retranchera qu’une partie , et on la séparera du reste du village par des coupures ou des barri-

cades.

Si I on a tres-peu de troupes, on se bornera à défendre l’église et le cimetière.

qui ordinairement peuvent servir de réduit (1). La fig . i 3 , pl. 10, indique une église retranchée.

Défense et démolition des ponts en campagne»

Lorsque la route ou les routes qui aboutissent à tin pont, sont formées de chaussées élevées et bordées de larges fossés, souvent il fuffit, pour rendre l’accès du pont impossible à la cavalerie et difficile à 1 infanterie, de faire , sur la largeur de la chaussée , une coupure ou fossé , dont on rejette les terres en arrière, fig. 14, PI. II, on donne à ces fossés deux mètres de largeur dans le fond, sur autant de profondeur, et les déblais sont formés en parapet pour la fusillade, ou en épaulement couvrant une pièce de campagne, fig. i 5 .

Si la chaussée est plantée de grands arhres, on ajoute aux moyens de défense

( 1 ) Instruction pour la défense des villes ouverte» et dès' villages, rédigée par ordre du ministre de la guerre, mak 8j 5. .

dont on vient de parler, ou même on y supplée par des abatis.

Ces abatis sont de deux espèces. Les premiers, fig. 16, sont des arbres abattus transversalement sur la route, et coupés à la hauteur de 0,70 à 1 mètre de terre , mais de manière qu’ils tiennent encore au tronc. Les seconds, fig. 17, sont des arbres entièrement détachés de leur tronc, et qu’on place à côté les uns des autres, suivant la longueur de la chaussée : on affile les branches placées du côté par lequel doit venir l’ennemi, et on arrête les troncs par de forts piquets.

Des abatis tels qu’on vient de les décrire, peuvent arrêter de la cavalerie et meme de l’infanterie ; mais si on s’attend à être attaqué avec de l’artillerie, il faut masquer les abatis par un petit glacis en terre , comme on le voit fig. 18. PI. 11.

Au lieu d’abatis, et lorsqu’on n’a à sa disposition que des arbres de petites dimensions, on peut les remplacer par des chevaux de frise , maintenus par de forts

piquets, et couverts par un petit glacis,

fig. 19.

Le cheval de frise, fig. 20, consiste en une poutre de 16 à 20 cent, de côté, lardée de pointes de bois appelées Lances , qui ont 1 ,80 à 2 mètres de hauteur, 5 à 6 cent, d’épaisseur. Ces chevaux de frise ont 2 mètres de longueur, pour pouvoir être manœuvrés facilement, et on les attache los uns aux autres, pour rendre les obstacles continus. Il y a des chevaux de frise qui présentent 6 pointes , d’autres qui n’en présentent que 4 : ces derniers sont plus solides : on les fait, lorsque l’on le peut, avec des bois écarris : maïs on peut, au besoin , y employer des bois en grume :

il suffit que les rayons ou lances soient établis sur la même ligne et d’égale longueur, afin que le cheval de frise ait de l’assiette.

Si les routes, au lieu d’étre en chaussées, sont en plaine, les moyens de défense qu’on vient d’indiquer peuvent également être employés; mais il faut alors continuer les mêmes obstacles dons l’inter-

valle des chaussées, de manière à former un retranchement continu qui s’appuie de part et d’autre à la rivière.

Souvent, au débouché des ponts, et dans l’intervalle des chaussées qui y aboutissent, on trouve des maisons ou auberges. On peut en tirer parti pour la défense en les liant par un palissadement, et en les crénelant comme nous l’avons indiqué • fjg. 4 9 pl»- 9» On ferme et masque toutes les issues du rez-de-chaussée de ces maisons du côté de l’ennemi , soit en y plaçant de fortes palissades, soit en les murant. On remplace les croisées du premier étage par une charpente, composée de deux épaisseurs de madrier.

Dans cet étage à i°,4° au-dessus des planchers, on pratique, dans les murs et dans les masques des croisées, des créneaux pour faire feu sur l’ennemi.

Au rez-de-chaussée on est obligé de tenir les créneaux plus élevés au-dessus du sol, afin que l’ennemi ne puisse pas tes emboucher du dehors. On construit.

comme nous l’avons dit dans l’article précédent, upe banquette en pierre sèche, en terre rapportée ou avec des madriers, sur laquelle doit se placer le fusilier.

Têtes de ponts.

Lorsqu’il n’existe aucun obstacle naturel en avant d’un pont qu’on veut couvrir, où lorsqu’on veut lui procurer une défense plus grande que celle qui résulte des moyens qu’on vient d’indiquer, on a recours aux ouvrages en terre appelés têtes de pont , ou aux tambours en palissades.

La forme des tètes de pont, leur étendue et leur profil diffèrent suivant les localités, le nombre d’hommes qu’on veut y placer, et l’espèce d’arme avec laquelle on doit être attaqué.

Dans le tracé de ces ouvrages, on doit avoir pour objet de bien éclairer et de bien battre les routes qui se dirigent sur le pont. Les fig. 21, 22, 2 5 et 2 ^, donnent des exemples les plus en usage.

L’expérience a fait connaître qu’une

pièce de 12, tirée île but en blanc, c’est-àdire à 5oo mètres de dislance, pénètre de 2 mètres dans les terres, de 4<> centimètres dans les maçonneries et de 5o centimètres dans le bois.

À 160 mètres de distance, la balle pénètre d’environ 4<> centimètres dans les terres, 12 à i5 centimètres dans le bois.

D’après ce qui précède, on a fixé à 4 mètres le maximum d’épaisseur à donner aux parapets qui doivent résister aux plus fortes pièces de campagne, et à i ro , 5o ou 55 d’épaisseur les parapets qui ne peuvent être attaques que par de l’infanterie ayant des pièces de 4-

La fig. 25 donne Je profil des têtes de pont à l’épreuve du canon de 12, et la fig. 26 celui des parapetsà l’épreuve du canon de 4-

Le premier de ces profils a une surface de 33 m ,5o, et exige un cube de 320 mètres.

En supposant les ateliers de travailleurs espacés de deux mètres, et composés

de quatre hommes, dont un a la pioche, etles trois autres employés ù jeter les terres ù la pelle, cet atelier remuera par jour i6o“ cubes de terre, et il lui faudra quatre jours pour chaque mètre courant de parapet.

Le second profil a une surface de 14 mètres, et exige un cube de 200 mètres par mètre courant. En supposant les ateliers composés et espacés de la môme manière, il faut à peu près un jour de travail T>our chaque mètre courant de parapet.

Dans ces têtes de pont, et sur les directions des roules, on dispose des plateformes pour recevoir de l’artillerie.

Ces plate-formes doivent être à quatrevingts centimètresencontre-basde la crête de parapet.

Chaque pièce exige pour sa manœuvre

5 à 6 mètres de largeur, etpourson recul

6 mètresde longueur. Chaque plate-forme doit avoir une rampe pour y monter de l’artillerie.

La fi g. 27 indique les plate-formes

Pefèrwe- Ponlr.

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